En reprenant conscience, Jed vit d’abord les corps des prêtres, gisant pêle-mêle dans la salle. Ils montraient des visages grimaçant de douleur et de terreur, un filet de sang coulait de leur nez et de leur bouche. Jed essaya de bouger la tête. Une douleur fulgurante lui traversa le crâne. Il eut un rictus de souffrance. Il sentait qu’on lui enlevait le casque des hallucinateurs. Il entendit une voix lui souffler :
- Restez tranquille, on s’occupe de vous.
Puis la même voix reprit, en s’adressant à quelqu’un d’autre. - Le casque l’a bien protégé, mais il est quand même sonné !
Jed vit une main qui tendait une pilule devant ses lèvres. Sans réfléchir, il l’avala. Aussitôt, il se sentit beaucoup mieux. La douleur n’irradiait que faiblement dans sa tête. Il regarda celui qui l’avait aidé. L’homme sourit doucement.
Ça va mieux ?
Qui êtes-vous ?
Tout à l’heure, tout à l’heure. Pour l’instant, il faut vous remettre un peu.
Une femme s’approcha, et ajouta :
Oui, mais il vaut peut-être mieux ne pas traîner ici. D’autres vont sans doute arriver.
Jed se leva. La tête lui tourna un peu, mais il put se mettre sur ses pieds. Il esquissa quelques mouvements pour se remettre en train.
Ça va, dit-il, je peux partir.
Bon, dans ce cas, allons-y. Suivez-nous Jed. Et tenez, ça peut servir, on ne sait jamais.
Jed prit le thermo-laser qu’on lui tendait et suivit ses deux compagnons. Sur le pas de la porte, deux gardes étaient étendus, touchés mortellement par les thermo-lasers.
Ils n’eurent qu’un long couloir désert à traverser pour se retrouver devant une porte qui, visiblement, donnait sur l’extérieur. Au-dehors, un troisième homme attendait. Jed regarda ses deux acolytes, la femme lui fit un signe du menton.
Vous pouvez sortir sans crainte. Comme vous pouvez le constater, les prêtres n’avaient pas vraiment prévu de transformer leur repaire en prison ou en salle de tortures.
Pourquoi les combattez-vous ?
Nous n’aimons pas beaucoup ces gens-là !
La réponse était plutôt édulcorée, mais Jed n’eut pas le temps d’approfondir, car le troisième homme le tira par le bras.
Venez, il ne faut pas rester trop longtemps à découvert. Maintenant, des gens de toute sorte rôdent partout, et vous êtes plutôt repéré.
Ils longèrent quelques petites ruelles obscures et désertes. Puis ils rentrèrent dans une boutique où, visiblement, on les attendait.
Vous êtes des marchands ! S’exclama Jed
Décidément, vous êtes bien curieux. Qu’est-ce qui vous étonne ?
Boursault s’était refusé à toute participation.
Boursault a été assassiné. Les diverses factions de l’union ont éclaté. Plus rien n’est comme avant. Mais venez donc dans l’arrière-salle.
Il les suivit. La pièce était accueillante. De lourdes tentures étaient accrochées aux murs et donnaient une impression d’intimité feutrée. De larges fauteuils bas entouraient une petite table sur laquelle se trouvaient une bouteille et quelques verres.
Asseyez-vous donc un instant.
Il s’installa dans un des fauteuils. Deux hommes s’assirent avec lui. Ils n’étaient pas de ceux qui l’avaient accompagné jusqu’ici. L’un d’eux déboucha la bouteille, et emplit trois verres. Il en tendit un à Jed. Celui-ci but une gorgée, les larmes lui vinrent aux yeux. L’alcool était fort, mais réconfortant. Il se détendit.
- Nous allons ressortir, dit un de ses interlocuteurs, nous allons
vous mener en lieu sûr. Mais ça ne sera pas facile. Le voyage risque de ne pas être de tout repos. Même le réseau des arrière-boutiques n’est plus très sûr. Les prêtres semblent avoir misé sur vous. Et ils vont mettre tout en œuvre pour vous retrouver. A priori, ils ne connaissent rien au réseau. Mais les Brigades du Destin y rôdent de plus en plus, et elles semblent être leur allié maintenant.
Comment ! Ne put s’empêcher de s’exclamer Jed.
Eh oui ! Il se passe des choses de plus en plus bizarres. Tout évolue très vite, maintenant. On ne comprend plus grand-chose. On tente seulement de rester informé. De toute façon, le rôle des Brigades du destin a toujours été trouble. Ce sont des éléments incontrôlables. Leurs buts, leurs alliances peuvent se renverser d’un jour à l’autre. En fait, ça ne me plairait pas de m’acoquiner avec eux maintenant.
Vous êtes organisés ?
Pas vraiment. Mais on prête un coup de main quand on nous le demande. Nous sommes des marchands. On a rencontré beaucoup de gens, et participé à de nombreuses entreprises, plus ou moins régulières. J’ai même travaillé avec des personnes de votre organisation.
Qu’est-elle devenue, cette organisation ?
Ça alors, mon ami ! Quand on a déclenché un feu d’artifice comme vous en avez déclenché il y a un mois, il ne faut pas s’attendre à en ressortir frais et dispos.
Mais qui vous a demandé de me sortir de là ?
Vous allez bientôt le savoir. Mais assez parlé maintenant, il faut y aller.
Il souleva une tenture, dévoilant une porte.
Le réseau des arrière-boutiques. Je crois que vous connaissez
déjà.
Je vois que les informations circulent bien !
Votre coup d’éclat a fait beaucoup de bruit. Ça ne m’étonnerait pas que dans quelques années vous deveniez comme qui dirait, une légende vivante. Mais qu’est-ce vous êtes allé faire sur Éden ?
Cette fois-ci, c’est vous qui semblez bien curieux.
Bah, tant pis. De toute façon, nous autres marchands, tous ces
problèmes théologiques nous intéressent peu. Mais ils ressemblent à quoi les Anciens ? Vous les avez vus ?
Je croyais que ça ne vous intéressait pas ?
Bon, j’ai compris ! Allez, on y va.
Il s’engagea, suivit de son compagnon, puis de Jed. Le dédale commença. Couloirs obscurs, entrepôts encombrés de marchandise, ruelles désertes se succédèrent, égarant Jed très rapidement. Il avait l’impression de tourner en rond, mais ses guides allaient d’un pas ferme et décidé. Il leur emboîtait le pas avec confiance. Cependant, il était un peu mal à l’aise. Tous ces événements l’avaient bouleversé, et il ne savait plus trop où il en était.
Ils débouchèrent dans un vaste entrepôt encombré de caisses métalliques. L’homme de tête s’arrêta et s’adressa à son compagnon.
Ils devraient être là. Il n’y a personne !
Allons voir à l’atelier.
L’un d’eux se dirigea vers une petite cabane, adossée à un des murs. Il ouvrit la porte. Deux cadavres étaient à terre, recroquevillés par le feu des thermo-lasers. Il referma la porte et se mit à crier.
- Attention, c’est un piège…
Il n’eut pas le temps de terminer, un rayon brûlant le cueillit au vol, et il s’écroula.
D’un seul et même mouvement, Jed et son compagnon s’étaient jetés à terre et avaient roulé vers une gerbe de caisses. Un feu nourri se déclencha, ils sentirent le souffle brûlant passer près d’eux, puis les rayons s’attaquèrent aux caisses qui leur servaient d’abri.
- Les Brigades ! Hurla l’autre. Elles nous ont trouvés !
L’air fut vite surchauffé, l’odeur de métal en fusion devenait insupportable.
Il faut faire quelque chose, dans quelques secondes, on va être grillés.
Reculons !
Ils se ruèrent vers un autre amas de caisse derrière eux, disposée en quinconce. Ils évitèrent de justesse une salve de feu. Leur situation était toujours précaire. Ils ripostaient au jugé, forçant les hommes des Brigades à s’abriter, les empêchant d’avancer. Mais les autres étaient visiblement nombreux et se déployaient. Dans un délai
très court, ils allaient les déborder.
Il faut rebrousser chemin. Dans les couloirs, on pourra peut-être les semer.
Mais on ne peut pas bouger. Ils sont trop nombreux, on va être pris sous leurs feux.
Tant pis, il faut tenter le coup.
Jed renversa d’un coup d’épaule la pile de caisses derrière laquelle ils s’étaient abrités. Elles étaient très lourdes, mais elles s’éparpillèrent devant eux. Interloqués, les autres arrêtèrent leurs tirs un bref instant. C’était plus qu’il n’en fallait aux deux hommes qui s’élancèrent vers l’arrière.
Ils évitèrent in extremis un tir meurtrier, renversèrent une autre pile et repartirent, quelque peu abrités par l’obstacle mis ainsi en place. Ils parcoururent tout l’entrepôt de cette façon, comme des boules dans un jeu de quilles, renversant toutes les gerbes qu’ils rencontraient. Cela coupait tous les tirs qui leur étaient destinés et ralentissait la progression de leurs poursuivants.
Ils arrivèrent bientôt dans le couloir qui les avait amenés ici, avec une avance suffisante. Ils s’y engouffrèrent comme des diables et se mirent à courir de toutes leurs forces. Les autres se mirent à les poursuivre en hurlant comme des forcenés. Jed suivait son compagnon qui virait brusquement à droite, puis à gauche, puis encore à droite. Ils commençaient à semer leurs attaquants. À bout de souffle, l’autre s’arrêta devant une porte métallique à code. Visiblement, il connaissait la procédure d’ouverture qu’il se hâta de composer. La porte s’ouvrit, alors qu’au loin, on entendait les poursuivants à leur recherche. Quand la porte se ferma sur eux, un silence bienfaisant s’établit. L’obscurité était totale.
Ouf, on s’en est sorti. Ils ne nous trouveront pas ici.
Où sommes-nous ?
Dans un conduit qui mène aux égouts.
Aux égouts ?
Oui, un ancien système d’évacuation des déchets. Une sorte de réseau souterrain qui sillonne la ville. Il n’est plus utilisé que par les grosses industries pour qui les incinérateurs sont insuffisants. Ce n’est ni très sain ni très agréable, mais on devrait pouvoir passer par
là.
Et comment va-t-on s’en sortir ?
On verra bien. Il n’est pas question de ressortir. Les Brigades vont infester les arrière-boutiques dans toute cette partie. Ils ne seraient pas longs à nous retrouver.
Que s’est-il passé ?
Je n’en sais rien. Les deux amis qui devaient prendre notre relais ont été abattus. On nous a tendu une embuscade. Ces gens sont diablement efficaces. Ils doivent avoir des informateurs partout. Ils doivent être plus nombreux qu’on ne le croit.
Vous connaissez un moyen de vous diriger dans les égouts ?
Pas vraiment, mais on va essayer. J’ai convoyé une fois des armes par cette voie. C’était la seule solution à ce moment, des dissidences dans l’union des marchands nous interdisaient de les transporter par le réseau habituel, et on m’avait offert une très grosse somme pour ce travail. Il n’y a plus qu’à tenter de nouveau le coup. De toute façon, je devais vous amener dans un repaire souterrain, on finira bien par trouver la jonction.
On n’y voit rien du tout. Il n’y a pas moyen de faire de la lumière ?
Ça ne va pas durer. Il y a une sorte de puits près de nos pieds, il conduit au réseau des égouts, et ceux-ci sont éclairés de manière permanente par une matière fluorescente incorporée aux parois. Les égoutiers ont besoin de ça pour travailler. Attention, ne bougez pas, je vais essayer de localiser la bouche d’entrée du puits.
Jed l’entendit s’agenouiller et chercher à tâtons.
Ça y est, je l’ai. Avancez tout doucement en vous guidant sur ma voix. Mettez-vous à genoux, il ne faut pas tomber dans le trou !
Jed obtempéra. Il sentit bientôt sous ses mains le rebord d’un trou.
Il y a des échelons encastrés dans le mur, suivez-moi.
Il s’engouffra dans la bouche d’entrée. Jed accrocha les barreaux avec ses mains et commença prudemment la descente. Celle-ci ne dura pas bien longtemps. Ils arrivèrent sur une plate-forme. Il y avait un autre puits, horizontal celui-là, très court et dont on pouvait voir la sortie, éclairée par une leur diaphane. Les deux hommes s’y engagèrent et débouchèrent dans le réseau même des égouts. L’odeur
était insupportable, et la fluorescence des parois baignait les conduits dans une lumière terne et lugubre.
C’est sinistre, prononça Jed avec un haut-le-corps.
On n’a pas le choix.
Ils sautèrent de la hauteur où ils se trouvaient. Ils arrivèrent dans une sorte de mélasse répugnante et visqueuse.
De mieux en mieux, grommela Jed.
Il vaut mieux s’y habituer, car on risque d’errer un bon bout de temps avant que je puisse me repérer.
Ils commencèrent à marcher. La puanteur était atroce, et le liquide dans lequel ils marchaient si gluant qu’ils glissèrent chacun plusieurs fois dans ce bouillon peu ragoûtant. Cette boue qui leur collait dessus et la lumière glauque leur donnait l’aspect de zombies. Ils en arrivèrent même à en rire.
Ils arrivèrent à un conduit plus vaste, où coulait un fluide plus liquide, mais tout aussi ignoble, qui charriait de nombreuses immondices. Les parois étaient lisses, sans promontoire ou rampe pour les longer. Ils durent marcher dans l’eau. Ils en avaient jusqu’aux genoux.
Quand j’ai fait les égouts, nous avions une petite embarcation spéciale qu’utilisent les égoutiers. C’était autrement plus confortable et plus rapide.
Et pour l’odeur ?
Alors là, pas moyen d’y échapper. À moins d’utiliser des masques très gênants. En fait, on utilise ces derniers que lorsqu’on est dans une zone à émanations nocives.
Eh bien, espérons que nous n’en rencontrerons pas.
Ni de déversoirs chimiques, sinon, nous allons attraper des boutons, ou nous dissoudre dans un bain d’acide !
C’est gai tout ça ! Et si nous…
Jed s’interrompit brusquement et poussa un cri de douleur.
J’ai dû marcher sur quelque chose qui m’a fait mal. Il se remit à crier.
Non, on dirait qu’une bestiole m’a mordu ! Aussitôt, son compagnon se mit à tirer dans l’eau.
C’est un charognard. Des sortes de serpents à pattes qui se
nourrissent des ordures. Ils sont très utiles pour nettoyer les égouts. Pour les éloigner, il suffit de tirer dans l’eau, celle-ci s’échauffe et ça les tient à l’écart.
J’espère qu’on ne va pas tomber sur un troupeau !
D’après ce que je sais, ils sont peu nombreux mais très voraces. Leur présence est un bon signe en fait, ça prouve que nous sommes loin d’une zone nocive.
On ne pourrait pas remonter et tenter notre chance à l’extérieur ?
je crois qu’il vaut mieux rester ici. Ça n’est peut-être pas agréable, mais nous sommes plus en sécurité. De plus, il faut que je trouve une jonction avec les égouts pour vous mener là où je dois conduire, dans le réseau souterrain.
Comment comptez-vous vous y prendre ?
Le réseau est très simple, c’est une sorte de quadrillage et il est numéroté en coordonnées cartésiennes. Donc, en lisant les indications qui sont gravées à chaque intersection, on peut savoir exactement où on est. Je sais à peu près où se trouve le lieu que nous cherchons. Avec un peu de tâtonnements, on finira par trouver.
Qu’est-ce que ce réseau souterrain ?
C’est une très vieille histoire. Quand il y avait des gens importants à protéger, en cas de désastre politique ou naturel, et que la Logisphère n’avait pas les capacités de réponse qu’on lui connaît aujourd’hui, on a construit une sorte d’abri souterrain aménagé, qui a été oublié par la suite. Très peu de gens, actuellement, connaissent son existence. C’est un lieu bien pratique.
Mais qui y va maintenant ?
L’autre ne sembla pas avoir entendu. Il observait une inscription à une intersection, et décida de tourner. Le canal était encore plus grand que le précédent, l’eau qui y coulait était moins profonde, mais le courant était très fort et les deux hommes avaient du mal à grader leur équilibre. Une sorte de tronc à armature métallique, charrié par le courant, entrava les jambes de Jed qui bascula. Il fut emporté sur une centaine de mètres avant de pouvoir s’arrêter. L’eau avait pénétré dans sa gorge et il avait un goût de pourri dans la bouche. Il se retint de vomir, et fut pris d’une violente quinte de toux. Il se mit à pester, mais le sourire goguenard de son compère le rasséréna. Ils avaient
traversé, il est vrai, des épreuves bien plus graves.
Au bout d’un temps qui parut interminable, ils arrivèrent devant une bouche d’entrée.
- Ce doit être par là, essayons donc.
Ils grimpèrent le long du puits, identique à celui qu’ils avaient emprunté pour descendre.
- Restez là. Je vais essayer d’ouvrir la porte.
Jed s’appuya contre la paroi en s’accrochant aux barreaux. Il entendit l’autre s’escrimer sur la commande de la porte puis se mettre
grogner. Il revint.
Rien à faire, je ne connais pas le code de cette porte. Pourtant, nous ne sommes pas loin. Mais peut-être n’aurons-nous pas besoin de remonter en surface. Redescendons.
Ils se retrouvèrent à leur point de départ, et se remirent à marcher. Ils changèrent de direction à la première intersection et avisèrent aussitôt une autre bouche d’entrée.
Bizarre ! C’est rare qu’elles soient aussi rapprochées.
Ils s’approchèrent et s’y hissèrent. Ils sentirent un petit courant d’air frais.
- Il doit y avoir quelque chose par là.
Ils empruntèrent le couloir horizontal. Juste en dessous du puits, il y avait une ouverture qui ressemblait à une bouche d’aération.
Un refouloir, dit l’autre, je crois que nous y sommes. Nous allons passer par là.
Il s’affaira, dans la faible lumière, à desceller la grille qui obstruait la bouche. Puis, avec beaucoup de précautions, il dévissa puis retira un petit appareil. Il tira d’un coup sec, et le fil d’alimentation se sectionna dans une gerbe d’étincelles. Un courant d’air frais afflua.
Ça va puer un peu de l’autre côté, mais tant pis ! Venez.
Ils s’allongèrent dans l’étroit tuyau et ce fut en rampant qu’ils avancèrent. Bientôt, comme des animaux sortant du ventre de leur mère, ils s’éjectèrent dans un couloir, fluorescent lui aussi, mais dont le sol était recouvert d’une grille métallique à quelques centimètres du sol.
- Nous y sommes. C’est bien là. Allez, on continue.
Jed regarda ce couloir cylindrique. Une main courante était scellée
tout au long, et d’énormes câbles d’énergie étaient fixés au plafond. La lumière diffusée n’était guère plus forte que dans les égouts et provenait également des matériaux des parois. Ils se remirent en route. Le bruit de leurs pas résonnait sur la grille métallique.
Au bout de quelques centaines de mètres, la lumière devint plus intense et bientôt un éclairage au sodium prit le relais de la fluorescence. Le couloir s’agrandit, et devint presqu’aussi grand qu’un hall.
- On arrive, indiqua simplement l’homme.
Sur les bords du corridor, il y avait d’étranges machines, qui devenaient de plus en plus nombreuses. Jed les regarda avec étonnement.
Qu’est-ce que c’est ?
Des instruments de travail.
Incrédule, Jed contempla des enchevêtrements de fils qui reliaient ces machines, d’une électronique sophistiquée, ces terminaux multiples, ces cadrans multiples, ces claviers de commande. À quoi tout cela pouvait-il bien servir ? Qui avait besoin de tout ça ?
- Voilà. C’est cette porte.
Jed était tellement fasciné par ces richesses technologiques qu’il en avait oublié un moment le but de son voyage. Puis, avant que la porte ne s’ouvre, un éclair lui traversa l’esprit. Mais bien sûr ! Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Ces machines, ce son totalement maîtrisé qui lui avait sauvé la vie et tué les prêtres tortionnaires, comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Il ne pouvait s’agir que de…