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La prophétie des Anciens, chapitre 11

Jean-Louis Ermine

Ce fut Jed qui émergea le premier de son inconscience.

Il se sentait cotonneux, comme au sortir d’un sommeil artificiel sous anesthésie. Il se tourna vers sa compagne, elle semblait dormir comme un enfant et commençait à bouger en s’éveillant. Il leur semblait avoir dormi quelques heures, mais en fait la capsule dématérialisée avait rejoint instantanément la planète Éden. Leur corps avait été suspendu biologiquement avant la dématérialisation.

Jed regarda Jiliane s’étirer langoureusement après son éveil. Cela lui rappela les félines des temps anciens qu’il avait vues maintes fois sur des documents filmés. Il lui adressa la parole.

Nous y sommes maintenant. Tu vas bien ?

En pleine forme, je me sens très reposée. Pourtant, il n’y pas eu de temps réel pour notre voyage.

Jiliane appuya sur la commande d’ouverture de la porte. Celle-ci s’ouvrit sans bruit, révélant un hall identique à celui qu’ils avaient quitté.

Pas très surprenant ce premier contact !

Regarde, quelqu’un vient vers nous.

Devant eux, un vieil homme, visiblement un prêtre, s’avançait calmement, sans se presser. Quand il fut près, Jed et Jiliane, méfiants, levèrent leurs armes.

L’autre, sans se défaire de son calme, leva les bras et les interpella.

Allons, allons. Vous ne risquez rien, n’ayez pas peur. Vous voyez bien que je ne suis pas armé.

L’attitude singulière de ce vieux monsieur déconcerta les deux classes quatre. Le prêtre reprit.

Je vous attendais. Vous vous doutez bien qu’on m’a envoyé un message instantané pour me prévenir. J’ai eu juste le temps d’arriver.

On ne vous a pas donné d’instructions nous concernant ?

Ah, je comprends ! Vous savez, cela fait très longtemps que je vis ici sur Éden, la planète mère est loin pour moi, autant en distance que dans mon cœur. Les quelques classes un qui vivent ici en permanence n’ont plus vraiment de contact avec tout ce qui se passe là-bas. Nous avons maintenant autant de libre-arbitre que nous voulons par rapport à la planète mère, dans notre vie comme dans notre pensée.

Jiliane secoua la tête. Elle ne comprenait pas très bien. Son interlocuteur ajouta :

Ils l’ont très bien compris là-bas. Nous ne recevons de leur part aucun ordre d’action, juste des informations. Et nous sommes libres d’agir à notre guise.

Mais vous savez que nous sommes des classes quatre.

Bien sûr, si vous êtes là ! Nous savons aussi que c’est un sacrilège.

Jed s’énerva.

Allons, dans quel piège nous entraînes-tu, vieil homme ?

Ne vous mettez pas en colère. Sur la planète mère, vous avez commis un certain nombre de choses qui sont reconnues comme des crimes. Ici, il y a si peu de gens – et surtout des gens si différents – que la notion de crime n’existe pas. Notre code moral est réduit au minimum, nous n’en avons pas besoin. Notre vie est entièrement dévouée au culte des Anciens, et à l’accueil des émissaires qui viennent de la planète mère. Pour nous, vous êtes des émissaires.

Vous savez très bien comment nous sommes arrivés ici. Nous n’avons rien de commun avec les prêtres.

Sur la planète mère, il y avait des tas de raisons pour vous empêcher de venir sur Éden. Il y a eu aussi beaucoup d’obstacles. Vous êtes venus quand même, vous êtes là. Pour nous, c’est la seule chose qui compte. C’est la volonté des Anciens. Vous êtes des émissaires de la planète mère, nous vous accueillons comme tels. Quand vous retournerez, vous vous expliquerez avec vos congénères, cela ne nous regardera plus.

Jed et Jiliane échangèrent un regard dubitatif. Ils se demandaient quand même si tout cela ne cachait pas un stratagème.

Nous voulons parler aux Anciens, dit Jiliane, un peu à court de réplique.

Je m’en doute, je m’en doute. Mais avant, venez donc reprendre quelques forces, vous êtes nos invités.

Le vieil homme les convia, d’un geste cordial, à les suivre. Les deux autres, éberlués, lui emboîtèrent le pas. Ils n’allèrent pas bien loin. Une fois sortis du hall, ils se dirigèrent vers une petite pièce où un repas les attendait. Ils s’assirent tous les trois. Les voyageurs, épuisés et affamés, se ruèrent sur la nourriture, accompagnés par leur hôte, qui toucha à peine aux plats, et sans doute encore par pure politesse.

Sans doute, dit-il, vous ne vous attendiez pas à être reçus ainsi ?

C’est le moins qu’on puisse dire !

Laissez-moi essayer de vous expliquer. Nous vivons depuis longtemps loin de la planète mère, et, en quelque sorte, loin du pouvoir temporel. Les choses ici, pour nous, ne nous apparaissent pas comme à vous. Les Anciens l’ont bien compris, qui se sont retirés ici. Tant que cet isolement persistera – et nous le désirons -, nous saurons éviter toute passion, tout emportement. Bien sûr, nous gardons constamment le contact avec les prêtres de la planète mère, qui viennent puiser ici régulièrement un renouvellement de leurs enseignements. C’est la volonté des Anciens. Nous travaillons en liaison avec votre monde, les échanges sont très étroits et influent des deux côtés. Mais nous sommes le réceptacle du savoir de nos ancêtres, ici, c’est la demeure des Anciens, la base et la justification de notre existence. Et en toute chose, il y a un recul nécessaire pour faire les choses sereinement.

Mais vous ne connaissez même pas notre but.

Peu importe. Il ne m’appartient pas de juger ou de condamner. Les conflits se nouent sur la planète mère. Ici, ne se déroule que la volonté pure des Anciens.

Pourquoi alors tant d’acharnement contre nous là-bas ? Les Anciens ne régissent-ils pas ce qui se passe là-bas ?

Ce n’est pas à moi à vous répondre.

Mais qui alors ?

Vous vouliez parler aux Anciens, n’est-ce pas ?

Jed et Jiliane étaient en pleine confusion. La paix qui régnait ici leur paraissait trop artificielle, après toute la fureur qu’ils avaient rencontrée. Tout paraissait maintenant si simple, si facile. Ils se trouvaient à côté des Anciens, prêts à les voir, à leur parler. Un destin mythique qu’ils avaient osé espérer et dont l’aboutissement était proche.

Venez dit le vieil homme, je vais vous montrer où aller. Nous allons monter en haut de l’astroport.

Le spectacle qui s’offrit aux yeux des voyageurs, leur coupa le souffle. Devant eux s’étendait le paysage édénien dans toute sa splendeur sauvage. La lumière était diffuse, les rayons du soleil avaient de la peine à traverser une épaisse couche de nuages irisés, presque compacts, créant des ombres rougeoyantes, d’un sombre profond. Éden se montrait comme planète désertique, faite de sables et de roches aux formes bizarres, taillées par un vent qui soufflait sans cesse. Une féerie de jaune orangé, constellée des tâches noires des massifs caillouteux. La station construite par les humains s’étendait jusqu’à l’horizon, comme une monstrueuse toile d’araignée, avec une myriade de voies de communication, comme autant de tunnels, qui reliaient des points en forme de dômes de tailles différentes, abritées habilement derrière chaque masse rocheuse disponible.

Voici une de nos stations édéniennes, commenta le prêtre, la plus importante de la planète. Nous sommes une dizaine à y vivre en permanence, et malgré sa taille, la maintenance ne nous pose pas de problèmes. Quand les Anciens l’ont établie, leur technologie était suffisamment avancée pour que la plupart des contrôles soient automatiques, y compris l’autoréparation. Voyez, ici à droite, ce sont nos habitations. Là, ces immenses dômes transparents sont les serres où sont cultivés tous les végétaux édéniens que vous devez connaître. Elles ont été construites sur l’injonction des classes un, bien après l’installation des Anciens.

« Je m’en serais douté », pensa Jed. Pour éviter une polémique inutile, il posa une question banale.

Est-il possible de sortir à l’extérieur, sur le sol édénien ?

Oui, bien sûr, mais cela n’est ni utile, ni agréable. La chaleur est terrible, l’atmosphère irrespirable, il faut des équipements spéciaux. De plus, c’est assez dangereux, il y a beaucoup de vents, et les sables bougent très vite.

Où est la demeure des Anciens ?

Là-bas, voyez, pas très loin d’ici, le bâtiment un peu différent des autres, qui ressemble plus à un palais qu’à un dôme, avec des reflets verts. Il vous suffira d’y aller par la voie d’accès que vous voyez d’ici et qui part juste sous nos pieds.

Co… Comment vont-ils nous recevoir ? Comment sont-ils ?

Je n’en sais rien, ce n’est pas à moi de vous répondre. Mais vous avez la foi, vous n’avez pas à avoir peur. Vous saurez communiquer avec eux. Venez, il nous faut partir maintenant.

Le vieil homme les mena devant un sas d’entrée qu’il ouvrit pour eux.

Allez-y, ils vous attendent !

Il leur fit un petit signe, puis s’éloigna. Jed et Jiliane se regardèrent longuement. Ils avaient la gorge serrée. Puis d’un geste commun, ils s’engouffrèrent dans le couloir.

travers les cloisons translucides, ils pouvaient voir encore le désert édénien, plus proche d’eux. Des tourbillons de sable rougeoyant venaient lécher les parois, emportés par un vent d’une force incroyable. Les masses noires des rochers surplombaient les dunes et écrasaient le paysage, rendu encore plus inhumain par la mer de nuages denses qui obscurcissait le ciel. Fascinés, les deux compagnons marchaient sans dire un mot. Ils arrivèrent devant une porte qui coulissa sans bruit devant eux. Sans hésiter, ils s’avancèrent. C’était encore un couloir, opaque celui-ci, avec une opalescence verte, aux reflets étranges. Il y eut une autre porte coulissante, qui s’ouvrit sur une immense salle circulaire, entièrement vide, baignée de la même fluorescence verte, mais bien plus sombre, cette fois-ci. Jed et Jiliane restèrent cloués à quelques mètres de l’entrée.

- Avancez donc, nous vous attendions.

La voix venait de partout et nulle part à la fois. Elle semblait

résonner dans toute la pièce, mais elle n’était pas forte, plutôt douce et réconfortante. Les deux compagnons s’avancèrent jusqu’au milieu de la salle. La luminescence s’assombrit un peu.

N’ayez pas peur, reprit la voix, nous sommes les Anciens.

Un frisson parcourut l’échine de Jiliane, mais elle put articuler :

Mais où êtes-vous ?

Nous sommes là, avec vous.

Nous ne vous voyons pas !

Vous ne pouvez pas nous voir, c’est vrai. Mais nous sommes réellement là, présents à vos côtés. Quand nous sommes venus ici, nous étions des êtres humains, comme vous. Mais pour survivre et devenir - comment pourrions-nous dire ? -, pour devenir ce que vous appelleriez « immortels », il nous a fallu nous dépouiller de notre enveloppe charnelle et exister dans une forme de vie supérieure que vous auriez du mal à imaginer. Nous sommes ici partout et nulle part

la fois, mais nous pouvons communiquer avec vous et vous faire sentir notre présence.

Jed et Jiliane comprenaient. Ils se sentaient entourés d’une aura sensible. Ils étaient bien, en confiance. Toute appréhension avait disparu et ils avaient la possibilité d’un échange entier, en toute plénitude, avec l’entité qu’ils côtoyaient. Jed posa une question.

Vous êtes donc immortels ?

Nous sommes là depuis le début de la civilisation que vous connaissez, et que nous avons fondée, et nous en avons suivi toutes les étapes, seconde après seconde, année après année.

Ce n’était pas une réponse directe. Jed continua.

Combien êtes-vous ?

Cette question n’a pas de sens. Nous sommes myriade et nous sommes un. Après notre stade incarné, la notion d’individualité a disparu. Nous sommes une entité, une conscience collective.

Comment les prêtres de la planète mère vous parlent-ils ?

Ils nous parlent comme vous nous parlez maintenant. Ils viennent se ressourcer régulièrement à nos enseignements.

Vous parlent-ils de la planète mère, de ce que s’y passe ?

Bien sûr, mais leurs discours sont vains. Ils ne les prononcent que pour se rassurer eux-mêmes. Nous sommes constamment en

contact avec ce que nous avons créé. Pas une seconde, nous n’abandonnons les peuples de la planète mère. Nous savons et nous voyons tout sans besoin d’intermédiaire. C’est assez difficile de vous expliquer. C’est comme si vous n’étiez chacun, en tant qu’individu, qu’une partie de nous-mêmes, sans en avoir conscience, ou si peu.

Donc, vous savez tout ce qui se passe ?

Nous savons tout ce qui s’est passé, ce qui se passe, et ce qui se passera. Mais pas dans le temps avec lequel vous avez l’habitude de raisonner. Le temps n’est qu’une illusion. Nous voyons dans un tout global, où le temps, et ce que vous appelez l’Histoire, n’est qu’un paramètre de peu d’importance. Notre compréhension est intégrale. Elle dépasse une conscience humaine, même celle d’une humanité.

Alors vous savez pourquoi nous sommes venus ?

Nous le savons. Votre quête n’est pas vaine, mais elle est sans but, dans le sens où elle ne peut pas nous impliquer.

Comment ça ?

Nous ne pouvons percevoir les choses comme vous. Nous ne pouvons pas analyser l’Histoire en termes de personnes, d’événements ou de conflits. Ces mots pour nous n’ont pas de sens. Il n’y a qu’un grand système qui suit une évolution uniquement interne, comme un organisme vivant isolé. Il n’y a pas de partie plus ou moins nécessaire, plus ou moins utile.

Mais la souffrance de notre peuple ?

L’Histoire n’est ni prédestinée, ni immanente. Ce que vous ressentez comme souffrance en tant qu’individus, nous le vivons comme une réaction interne. C’est un peu, pour prendre une comparaison imparfaite, comme si vous le viviez avec le recul du temps.

Mais alors, que pouvez-vous comprendre de nous ?

Au-delà de votre propre compréhension. Nous sommes vous, et bien d’autres choses encore. C’est la base que nous avons jetée, et que nous avons continuée jusqu’ici.

Vous ne pouvez donc agir ?

Notre action, c’est notre existence même. Il faut que vous compreniez ça avant de repartir. Nous sommes un peu comme des contemplatifs, mais nous contemplons notre propre développement

qui ne peut se faire que parce que nous existons. Vous faites partie intégrante, chacun de vous, de cette existence. Mais vous n’en avez que très partiellement conscience.

Que signifie alors, dans ce contexte, le réveil des Anciens ?

Pour essayer de vous faire comprendre, ce serait, en quelque sorte, une fusion de chaque individualité qui se reconnaîtrait dans l’entité. Nous, les Anciens, qui avons initialisé ce processus, nous retrouverions alors notre entité première, juste après notre désincarnation, mais considérablement enrichie… Mais tout ceci n’est qu’une explication approximative.

Et ce jour est-il arrivé ? Est-il proche ?

C’est une question qui n’a pas de sens, mais il vous est difficile de l’admettre.

Que devient le gouvernement des Unis, la Logisphère, ce mode de pensée qu’on croyait enseignée par vous-mêmes ? Tout cela est contradictoire !

Non, pas du tout. L’esprit humain progresse par étapes nécessaires. Vous ne voyez qu’une marche, nous, nous connaissons l’escalier tout entier. Cela ne vous empêchera pas de le gravir.

Je ne comprends rien de tout ça ! J’ai l’impression que notre mission est un échec, qu’elle ne mène à rien !

Là encore, ça n’a pas de sens. Mais les paroles sont trompeuses. Nous avons parlé, et les idées passent mal par les mots. Nous avons d’autres moyens pour communiquer. Et quand vous sortirez d’ici, vous saurez que vous avez fait un pas décisif dans la compréhension de l’Histoire. Vous êtes à la veille de monter une nouvelle marche.

Que devons-nous faire maintenant ?

D’abord, l’un de vous doit rester ici.

Jed et Jiliane échangèrent immédiatement un regard étonné, voire effrayé. La voix reprit.

L’un de vous deviendra un Ancien dans votre sens. Nous avons besoin à chaque étape d’un élément nouveau dans notre conscience collective, jusqu’à l’étape finale – ce réveil des Anciens – où nous ne serons plus qu’une seule mémoire. Nous avons que l’un d’entre vous restera.

Et l’autre ?

Il retournera sur la planète mère. De grands bouleversements l’attendent. Un jour nouveau se lève. Lui et d’autres, qu’il rencontrera et qui œuvrent dans le même sens que lui, ont un immense travail à accomplir.

Il y eut un silence qui sembla durer une éternité.

Et maintenant, Allez !

La lumière verte s’intensifia. Jed et Jiliane sentirent une présence disparaître, et se retrouvèrent comme au sortir d’un rêve. Ils échangèrent un regard. Ils n’avaient pas besoin de parler. Comme leur avaient dit les Anciens, ils avaient compris. Leur destinée, leur but, la raison de leur existence, de leur lutte, tout ça avait maintenant une cohésion, un sens global. Ce court épisode les avait fait accéder à un stade supérieur de conscience. Plus que l’échange verbal, il s’était effectivement établi une communication différente, une sorte de connaissance instantanée, de révélation, réalisée dans l’égrégore que leur avait fait partager l’entité que formaient les Anciens.

Ils rebroussèrent chemin, toujours en silence. Éden, au-dehors, leur paraissait moins inhospitalier que tout à l’heure. À l’extrémité du couloir, un prêtre les accueillit, qui n’était pas celui qui les avait accueillis. Il ne leur posa pas de question et se contenta uniquement de dire :

Nous vous avons réservé des appartements. Vous pourrez y vivre le temps qu’il vous plaira avant de repartir. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous y mener.

Comment saviez-vous que nous aimerions rester encore quelque temps ici ?

C’est l’usage, vous savez. La méditation est fondamentale après le contact avec les Anciens. Elle n’est bien sûr, pas obligatoire, mais tout le monde en ressent le besoin profond. Nous ne faisons qu’accéder à ce désir.

C’est juste, et nous vous en remercions.

Ils le suivirent jusqu’à un magnifique appartement. Une seule et immense pièce, avec une mezzanine, un lit en bas et un lit en haut, quelques meubles de goût et surtout une gigantesque baie vitrée qui s’ouvrait sur la paysage torturé d’Éden et ses furies chatoyantes.

Jed et Jiliane ne virent même pas le prêtre s’éloigner, tant ils

étaient absorbés par la contemplation du désert sauvage qui était devant leurs yeux. Il sembla qu’une heure au moins fût écoulée quand ils détournèrent la tête l’un vers l’autre. Jed plongea son regard dans les yeux verts de Jiliane.

Alors, tu vas rester ici, dit-il

Tu le sais bien, répondit-elle dans un sourire.

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