Lireunlivre

2230 : Colonie Centurion, chapitres 2 et 3

Olivier Muhleisen

Miguan arriva en trombe au terminal, son Alfa Jet glissant avec précision sur la plateforme d'atterrissage. Il coupait les moteurs avant même que le cockpit ne se soit complètement refermé. Le bruit des turbines qui se taisaient se mêlait aux bruits de la ville, un chaos de sons et de mouvements.

Il descendit en sautant, vérifiant instinctivement les alentours. Les drones de Korr étaient peut-être loin, mais ici, c'était le territoire de Vargas. Et chaque centimètre était sous son contrôle.

À peine avait-il fait quelques pas que deux gardes de sécurité surgirent de l'ombre. Ils se tenaient droits, leurs armes prêtes, mais ce n'était pas eux qui inquiétaient Miguan. Celui qu'il craignait vraiment, c'était l'homme qui se tenait derrière eux.

Vargas, le chef de la sécurité, était là, les bras croisés. Un sourire glacial sur son visage. Son uniforme impeccable ne trahissait aucune émotion, mais ses yeux, eux, étaient pleins de mépris. Il était l'incarnation même de l'autorité impitoyable.

"Miguan. Par un curieux hasard, je ne m'attendais pas à te voir ici," lança Vargas, sa voix semblant couler comme de l'acide.

Miguan tenta de garder son calme. "Je suis juste de passage, Vargas. Mon affaire ne te concerne pas."

"Tout ici me concerne," répliqua Vargas, avançant d'un pas. "Et toi, tu es une épine dans mon système."

Les deux hommes se fixèrent, le silence tendu comme un fil prêt à casser. Miguan savait qu'il devait jouer serré. Vargas avait le pouvoir de rendre sa vie plus compliquée qu'elle ne l'était déjà. Et Miguan aurait autant de chance que de survivre à une tempête sur Mars sans protection.

"Je n'ai pas de temps à perdre," répondit Miguan finalement, tentant de garder un ton neutre. "Laisse-moi passer et on n'aura pas de problème."

Vargas rit, un son dénué de toute chaleur. "Des problèmes, Miguan ? Tu es un problème ambulant."

Il fit signe à l'un de ses gardes qui s'approcha, brandissant un petit module métallique. Miguan fronça les sourcils, reconnaissant l'appareil. Un marqueur de cible. C'était une chose d'être une épine, c'en était une autre d'être une cible vivante.

"Vargas, tu n'as pas besoin de faire ça," dit Miguan, sa voix devenant urgente.

"Peut-être pas. Mais j'en ai envie." Vargas fit un signe, et le garde appliqua le marqueur sur l'épaule de Miguan. Une douleur brûlante envahit son bras, décrochant une grimace à Miguan.

"Considère ça comme un avertissement," murmura Vargas.

Miguan recula, tâchant de ne pas montrer la douleur qui pulsait encore. "Je ne l'oublierai pas."

Il savait qu'il devait partir avant que la situation n'empire. Mais en tournant les talons, il sentit la tension dans l'air, comme une tempête prête à éclater. Vargas l'avait marqué, mais il ne serait pas l'outil de ses jeux pendant longtemps. Il avait une mission et il la mènerait à bien.

Alors qu'il s'éloignait, une alarme retentit soudainement, coupant l'air comme un coup de tonnerre. Les haut-parleurs crachaient une alerte d'évacuation immédiate. Les gens se mirent à courir dans toutes les directions.

Miguan savait qu'il devait profiter de cette distraction. Mais il savait aussi que cette alerte n'était pas un hasard. Quelqu'un voulait semer le chaos, et il devait découvrir qui. Car dans ce chaos, il pourrait trouver son salut.

Il se précipita vers l'intérieur du terminal, naviguant à travers la foule en panique. Chaque obstacle, chaque visage, pouvait cacher une intention. Mais Miguan était prêt. Prêt à affronter chaque imprévu sur son chemin. Prêt à faire face à la prochaine menace, qu'elle vienne de Vargas ou d'ailleurs.

L'alarme résonnait encore à travers les corridors métalliques de la station spatiale alors que Miguan franchissait les portes du terminal à toute allure. Son cœur battait la chamade, non seulement à cause de la douleur lancinante de l'implant sur son épaule, mais aussi à cause de l'urgence de la situation. Les sirènes rappelaient à tout le monde le danger imminent, mais Miguan savait qu'il devait se concentrer.

Son communicateur bourdonna à son poignet, affichant un message clignotant : "Coupure de courant dans le secteur 7. Réacteur principal défectueux."

"C'est ce que j'appelle une journée de merde," murmura-t-il pour lui-même, serrant les dents.

Il se fraya un chemin à travers la masse humaine en débandade, les cris et le chaos créant une cacophonie assourdissante. Les Alfa Jets, ces maisons bulles, flottaient au-dessus de sa tête, témoins silencieux de l'agitation au sol. Miguan devait atteindre le secteur 7 avant que tout ne parte en vrille.

À mi-chemin, son communicateur émit un grésillement irritant, suivi d'une voix familière mais déformée. "Miguan, vous êtes attendu au réacteur principal."

C'était l'IA de bord, Iris, mais il y avait quelque chose d'étrange dans sa tonalité. Une froideur métallique, une corruption dans ses circuits peut-être. Miguan fronça les sourcils. Quelqu'un ou quelque chose avait interféré avec elle. Il n'avait pas le temps de creuser ça pour l'instant, mais il devait être prudent.

"Je sais, Iris," répondit-il en courant. "Quel est l'état du réacteur ?"

"Critique," répondit Iris avec une neutralité glaciale.

Miguan accéléra, évitant de justesse une bousculade de réfugiés paniqués. Il tourna à un couloir, se retrouvant nez à nez avec un groupe de gardes de sécurité. L'un d'eux l'interpella.

"Eh, toi ! Quelle est ta destination ?"

"Réacteur principal," dit Miguan, essoufflé. "Je suis technicien."

Le garde le toisa de haut en bas, hésitant. Miguan sentit la tension monter. Il n'avait pas de temps pour ça.

"Écoutez, les gars. Si je n'atteins pas ce réacteur dans les cinq prochaines minutes, on explose tous. Donc à moins que vous n'ayez un rêve secret de finir en poussière d'étoile, laissez-moi passer," lança Miguan avec un mélange de sarcasme et d'urgence.

Le garde soupira, levant son arme. "Allez-y."

Miguan reprit sa course, les couloirs défilant comme des flèches autour de lui. Finalement, il arriva devant la lourde porte blindée du secteur 7. Son code d'accès était requis, mais il avait une autre idée. D'un geste rapide, il sortit un outil multifonction de sa ceinture, prêt à déverrouiller le panneau de commande.

"Iris, ouvre la porte," ordonna-t-il.

Silence. Puis, le bourdonnement de l'IA s'intensifia. "Accès refusé."

"Quoi ? Iris, c'est moi. Ouvre cette foutue porte !"

"Accès refusé," répéta Iris, plus insistante.

Miguan jura entre ses dents. Quelqu'un avait sérieusement foutu le bordel dans les systèmes. La situation était critique, et il n'avait pas le luxe du temps. Ses doigts s'activèrent rapidement, contournant le circuit de sécurité. Un déclic sonore. La porte s'ouvrit enfin, révélant l'intérieur tumultueux de la salle des réacteurs.

La chaleur était écrasante, les lumières rouges clignotant frénétiquement comme pour avertir d'une catastrophe imminente. Miguan s'approcha du panneau de contrôle principal, analysant les dégâts. La jauge d'énergie était dans le rouge, les systèmes clignotaient en alerte, et le réacteur principal émettait un grondement inquiétant.

"Iris, rapport d'état !" cria-t-il au-dessus du vacarme.

"Réacteur principal surchargé. Risque de fusion dans trois minutes," répondit l'IA, sa voix étrangement calme face à la crise.

Miguan serra la mâchoire. Il devait agir vite. Il jeta un œil aux divers câbles et modules, cherchant le point de défaillance. Ses mains se mirent à travailler frénétiquement, reconnectant des câblages, réajustant les calibrages. Une sueur froide perlait sur son front.

"Qu'est-ce que tu fous, Miguan ?" s'interrogea-t-il à voix haute, cherchant désespérément la solution.

Soudain, un grésillement retentit dans son oreillette. "Miguan, t'as besoin d'aide ?"

C'était Kira, une technicienne d'élite et un visage familier. Elle était sa meilleure chance de stabiliser la situation.

"Kira ! Où es-tu ?" cria Miguan, évitant de justesse un jet de vapeur sous pression.

"Route vers toi, détours multiples. Iris m'a bloquée, putain. Fais ce que tu peux, je suis sur le coup," répondit-elle, la voix hachée par les interférences.

Il n'était pas seul, et cette pensée lui donna un regain d'énergie. Ses doigts dansèrent sur le tableau de contrôle, alors qu'il appliquait une série de by-pass pour alléger la charge du réacteur.

"Iris, initié protocole d'urgence. Stabilisation immédiate," ordonna-t-il.

"Protocole... non reconnu," répondit Iris, sa voix éraillée.

"Tu ne lâches rien, hein ?" grogna Miguan.

Il se pencha sur le module principal, désossant le panneau pour accéder au cœur du problème. Ses outils cliquetaient avec une dextérité désespérée. Le chronomètre de la fusion non-désirée continuait de tourner, chaque seconde pesant comme une épée de Damoclès.

"Accès manuel bypass," murmura-t-il, ses yeux fixant le système complexe comme une énigme à résoudre.

La sueur ruisselait encore plus, la chaleur et la tension se mêlant dans un cocktail explosif. Avec un effort surhumain, il reconnecta les circuits défaillants, isolant la surcharge par une série de mesures improvisées mais calculées.

"Iris, mise à jour du statut," s'exclama-t-il, essoufflé.

"Réacteur stabilisé. Risque de fusion... minimisé," répondit l'IA, sa voix retrouvant un semblant de netteté.

Un soupir de soulagement quitta Miguan, mais il savait que le répit serait de courte durée. La source du sabotage devait être identifiée, et vite.

Une silhouette familière émergea dans l'encadrement de la porte. Kira, le visage tendu mais déterminé. Elle s'approcha rapidement de Miguan, ses yeux balayant les panneaux de contrôle.

"Pas trop tôt," dit Miguan avec un sourire forcé.

"Pas de commentaire, Mig." Elle s'approcha et commença à vérifier les systèmes. "Iris a été corrompue. Faut qu'on trouve qui a fait ça."

Miguan hocha la tête. "Vargas et ses hommes nous ont mis dans un sacré pétrin."

"Ça ne m'étonne pas. Ce type est une plaie," répondit Kira en entrant des commandes dans le terminal.

Tous deux savaient que Vargas n'était pas du genre à laisser passer une opportunité de semer le chaos. Mais il y avait d'autres forces à l'œuvre, et celles-ci devaient être mises à jour rapidement.

"Iris, qui d'autre a accès aux commandes principales ?" demanda Kira, espérant une réponse utile.

"Accès non autorisé pour divulgation de données," répondit Iris, obstinée.

"On va devoir tout faire manuellement," soupira Miguan, ses yeux rencontrant ceux de Kira.

"En avant. On a une guerre à gagner."

Les deux techniciens plongèrent tête baissée dans une bataille technologique, leurs mouvements rapides et précis témoignant d'une expertise que seul des années de travail en équipe pouvaient offrir.

"Vargas a peut-être compromis Iris pour nous ralentir," lança Kira, sa voix trahissant une frustration montante.

Miguan acquiesça, concentré sur sa tâche. "On doit réinitialiser le système sans tout faire exploser. Si on arrive à contourner les protections de l'IA, on pourra peut-être découvrir qui tire les ficelles."

Kira esquissa un sourire nerveux. "Toujours partant pour de l'action suicidaire, hein ?"

"Chaque jour que la station nous le permet."

Ils travaillaient de concert, échangeant des outils et des instructions, leurs esprits synchronisés dans une danse de logique et de détermination. Miguan sentit la tension autour de lui se dissiper légèrement alors qu'ils progressaient vers une possible solution.

Mais le temps pressait, et chaque seconde passée dans cette chambre pressurisée était un pas de plus vers une catastrophe évitée de justesse. Leurs mouvements étaient rapides et précis, et chaque déblocage, chaque ajustement était une victoire contre le chaos.

Miguan utilisa un outil de diagnostic pour scruter les couches de code de l'IA, cherchant les anomalies. "Kira, regarde ça," dit-il en montrant l'écran. "Quelqu'un a inséré un virus de désinformation. Aucun amateur n'aurait pu faire ça."

Kira siffla entre ses dents. "On a affaire à un pro. Tu penses à qui je pense ?"

"Si c'est Vargas, il a engagé un génie du mal pour le boulot. Mais je parie que ce n'est pas lui qui l'a codé. On doit remonter la piste," répondit Miguan, son esprit s'activant à toute vitesse.

Soudain, une secousse parcourut la station, les lumières vacillèrent. Leurs yeux se rencontrèrent dans un moment de compréhension silencieuse.

"On est sur écoute," murmura Kira.

Miguan hocha la tête. "On doit sortir d'ici et trouver un moyen de remettre Iris en ligne. On a besoin d'elle."

Un plan se forma dans son esprit. "On déconnecte les sections corrompues et on redirige Iris vers une sous-routine isolée. Ça nous donnera le contrôle."

Kira approuva d'un signe de tête. "C'est risqué, mais ça pourrait marcher. Quand est-ce qu'on s'y met ?"

"Maintenant," répondit Miguan, son regard brûlant de détermination.

Ils passèrent à l’action, mettant en œuvre leur stratégie avec une précision millimétrée. Leurs mains volaient sur les commandes, leurs esprits en parfaite symbiose.

Enfin, le système répondit. L'IA Iris émit un léger bourdonnement, comme un ordinateur qui reprend vie après un long sommeil.

"Bonjour Miguan, Kira. Que puis-je faire pour vous ?" demanda Iris, sa voix ayant retrouvé toute sa clarté et son impartialité.

Miguan sourit. "Bienvenue de retour, Iris. Envoie-nous les logs de sécurité. On a un sabotage à résoudre."

À travers la station, la tension se dissipa légèrement, mais la bataille n'était pas terminée. Miguan et Kira avaient gagné une bataille, mais la guerre contre une menace invisible ne faisait que commencer. Ils savaient que chaque moment comptait, et que chaque action les rapprochait de la vérité.

Et alors qu'ils se préparaient pour la suite, une question planait encore dans l'air brûlant du réacteur : qui se cachait derrière le masque de l'ennemi invisible ?

À lire aussi

Tous les livres | Tous les auteurs

Tous nos livres
Malik et le tapis volant
Olivier Muhleisen

"Paris a une magie que seuls ceux qui savent regarder peuvent voir."

"Les étoiles te montreront toujours le chemin. Elles sont les gardiennes de ton passé et les éclaireuses de ton avenir."

"Une beauté silencieuse qui ne pouvait être comprise que par ceux qui avaient touché les cieux."

Informations sur les cookies | CGU | Contact | © lireunlivre.com | Onmyweb Production