Lireunlivre

Un miracle, chapitre 4

Hector Malot

Parmi les grandes verrières du chœur de son église, il y en avait une qui avait été offerte par M. Charlard des Yveteaux, banquier à Condé, ou, pour parler plus justement, qui avait été arrachée à M. Charlard, peu dévot d’habitude et généralement mal disposé à faire des cadeaux qui ne devaient rien rapporter. Pour le décider, le curé avait du appeler à son aide les grands moyens, et mettre en jeu les séductions de la vanité et de l’orgueil ; les coups frappés à la conscience du chrétien, les appels à la fortune du financier avaient trouvé M. Charlard inébranlable ; seule la gloire de voir son nom de « des Yveteaux », qui ne lui appartenait pas, écrit d’une façon impérissable sur les verrières d’Hannebault, l’avait décidé. C’était une consécration de l’appellation nobiliaire qu’il s’était décernée, et pour cela il s’était engagé à payer cette verrière, mais seulement lorsqu’elle serait en place et qu’il aurait vu de ses yeux ses deux initiales C.Y. reproduites en caractères gothiques dans chaque médaillon. L’abbé Guillemittes avait protesté contre ce genre d’illustration, mais le banquier orgueilleux ayant tenu bon. Il avait dû faire les commandes à son peintre en se conformant à cette exigence. Si ridicule qu’elle fût, elle rapporterait dix mille francs au moment de la livraison, et l’on ne trouve pas tous les jours des gens qui consentent à donner dix mille francs rien que pour le plaisir de les donner. Par malheur, entre le moment de la commande faite, comme toutes les autres, par l’abbé Guillemittes, et celui de la mise en place, il s’était écoulé un temps assez long, et dans cet intervalle M. Charlard s’était suicidé pour cause de mauvaises affaires, si bien que le doyen se trouvait avoir sur les bras une verrière ornée avec une profusion déplorable du chiffre C.Y., et de plus, il lui fallait payer lui-même les dix mille francs, prix de ce joli morceau, car la succession Charlard ne donnerait pas dix pour cent à ses créanciers.

Que faire ? payer. Mais il n’avait pas dix mille francs. Trouver une bonne âme généreuse qui payerait a sa place ? Mais les bonnes âmes qui veulent bien prendre un engagement de dix mille francs sont rares, et plus rares encore sont celles qui le veulent alors que leur cadeau n’est qu’un cadeau d’occasion et rappelle un autre nom que le leur. Pour réussir à dénicher ce donateur, il faudrait commencer par enlever les initiales C.Y. des médaillons, ce qui n’était possible qu’en mutilant la verrière et en faisant des frais considérables.

Il en était à chercher la solution de ce problème difficile, lorsque la réponse de mademoiselle Pinto-Soulas lui arriva, et aussitôt son plan fut fait. Il découvrirait en France ou à l’étranger un chrétien généreux dont les initiales seraient celles du banquier suicidé, et il lui ferait donner la verrière, qui pourrait être mise en place telle qu’elle était en changeant seulement le médaillon où se voyait le portrait du donateur.

Comme conception, ce plan était d’une facilité enfantine ; comme exécution, il en était tout autrement, car les noms qui commencent par Y sont rares en France comme à l’étranger. Quelle sotte idée d’avoir été choisir le nom des Yveteaux quand on pouvait en prendre un tout simple dans les lettres de l’alphabet qui sont d’un usage général. Pourquoi des Yveteaux ? et pourquoi pas de la Grenouillère ou de la Briqueterie ? cela va tout aussi bien ; et au moins, dans le G et dans le B on a des chances pour trouver des gens honorables. Mais dans l’Y ? Qui diable peut bien avoir un nom commençant par cette lettre ? L’auteur du tableau représentant la prise de Malakoff et un astronome de l’Observatoire. Mais après ?

Afin de s’éclairer, il monta chez son vicaire. Celui-ci, toujours assidu à la besogne, en était au numéro 793 542 de sa correspondance, et précisément, il attendait avec impatience son curé pour lui demander quelques signatures.

— Connaissez-vous quelques personnes notables, dit le doyen, dont le nom commence par un Y ?

— Non, mais nous pouvons chercher. Voici l’almanach Didot.

Malheureusement le Didot ne donnait alphabétiquement que les noms de Paris, et l’abbé Guillemittes eût préféré les noms de la province ; comment aller demander une verrière de dix mille francs à M. Yon, limonadier, ou à M. Yvert, charcutier ?

— Pour la province, dit l’abbé Colombe, le travail alphabétique n’a pas été fait, mais on pourrait le faire.

— Ce serait une œuvre interminable.

— Sans doute, si l’on voulait qu’elle fût complète, mais en se contentant d’un à peu près, on pourrait y arriver.

— Comment cela ?

— Le Didot donne les adresses des personnes qui habitent la province en les classant par département et par arrondissement ; donc si je veux chercher un nom commençant par Y, je suis obligé de lire tout le volume consacré à la province ; c’est long, j’en conviens.

— Trop long.

— Aussi pour abréger voici comment je procède : je prends le Dictionnaire des communes de la France, de Joanne, qui suit l’ordre alphabétique : je l’ouvre à la lettre Y ; je choisis tous les noms de village commençant par cette lettre et, cela fait, sachant le département et l’arrondissement, je retourne au Didot ; alors je trouve qu’à Yèvres (Loiret), au château des Vaux, habite la comtesse d’Yèvres ; à Yerville (Seine-Inférieure) habite le marquis d’Yerville. Nous n’avons ainsi que les noms nobiliaires, cela est vrai, mais enfin nous avons les noms de quelques personnes notables.

L’abbé Guillemittes fut sur le point de répondre que ce procédé n’était guère pratique, mais en voyant la satisfaction de son vicaire, il se retint ; à quoi bon le peiner et lui enlever la joie d’avoir fait une découverte remarquable ?

— Si vous voulez me relever ce travail, dit-il en se retirant, vous m’obligerez.

L’abbé Colombe était trop discret pour se permettre de se demander à lui-même ce que son curé voulait faire de ce renseignement étrange. Il en avait besoin, cela suffisait. Sans doute il s’agissait d’une de ces combinaisons profondes qui, comme toutes les précédentes, aboutirait à la gloire de l’église. Ah c’était vraiment un homme extraordinaire, et comme lui, misérable, malade de corps, faible d’esprit, était indigne d’être son collaborateur !

Pendant plusieurs jours l’abbé Guillemittes examina les unes après les autres toutes les combinaisons possibles et impossibles qui pouvaient le sortir de cette difficulté. Et précisément parce qu’il n’en trouva pas une seule satisfaisante, il s’obstina dans cette recherche ; c’était une occupation, une distraction qui l’empêchait de penser à Lobligeois et à madame Prétavoine. S’il réussissait, ce serait une consolation qui vaudrait bien le triomphe de son rival. Être battu était dur, mais gagner 10,000 francs était doux. Ah s’il pouvait s’en aller droit devant lui, dans sa voiture comme un commis voyageur, il finirait bien par trouver le phénix merveilleux marqué de ces initiales cabalistiques. Mais comment abandonner sa paroisse et s’en aller ainsi au hasard peut-être pour longtemps ; si Yèvres est dans le Loiret, Youcq est dans les Ardennes, Yffiniac dans les Côtes-du-Nord, Ydes dans le Cantal, Yvrac dans la Gironde ; les quatre coins de la France ! En arrivant à Ydes, n’était-il pas exposé à trouver le mortel généreux qu’il cherchait, dans une masure croulante, et plus disposé à tendre la main qu’à donner 10,000 francs.

Il en était là de ses recherches, c’est-à-dire n’arrivant à rien, lorsqu’un matin, en lisant le Journal de Condé, ses yeux tombèrent sur un entrefilet ainsi conçu :

« Nous avons le plaisir d’apprendre que M. Yves Arnaudet, notre nouveau receveur général, va épouser mademoiselle Clotilde Duchemin, fille de M. Duchemin, le riche propriétaire des usines de Rouvre ; nous espérons que ce mariage sera un lien puissant qui attachera M. Arnaudet à notre contrée ! »

Instantanément la lumière se fit dans son esprit embarrassé, et n’ayant pris que le temps de s’habiller, il partit pour le chef-lieu du département.

En arrivant, il courut à la recette générale et demanda à voir M. Arnaudet lui-même pour une affaire personnelle.

Le receveur général était un jeune homme de trente à trente-deux ans, neveu d’un ministre, qui, après avoir exhibé pendant dix ans sa nullité à Paris, avait été réexporté en province dans une bonne recette, où, pour se faire un revenu de cent mille francs, il n’avait qu’à laisser agir son fondé de pouvoirs. Vain, vide, ennuyé, il avait de la politesse et d’honnêtes principes. Il reçut l’abbé Guillemittes avec la déférence due à un curé-doyen ; il était doué du talent des nuances, et il y avait sur le tapis de son cabinet des lignes rigoureuses qu’il observait respectueusement ; pour un maire il allait jusqu’à la première, pour un magistrat ou un ingénieur jusqu’à la seconde, pour un curé jusqu’à la troisième, pour un évêque ou un général jusqu’à la dernière.

— Monsieur le doyen, dit-il, avant de savoir ce qui me vaut l’honneur de votre visite, je vous demande la permission de vous présenter mes excuses.

— À moi, monsieur ?

— Et vous prier d’agréer mes regrets. Depuis que je suis arrivé dans votre beau département, je veux chaque jour aller faire un pèlerinage à votre église, dont j’ai entendu parler avec enthousiasme, et jusqu’à présent j’en ai été empêché. Ne m’en veuillez pas, et n’attribuez ma faute qu’au fardeau des affaires qui m’a retenu sur ce fauteuil.

— Puisque vous connaissez notre église, au moins de réputation, dit l’abbé Guillemittes, heureux de voir comment l’entretien se présentait, c’est d’elle que je viens vous parler. Vous savez qu’elle est un monument de la charité publique, et que toutes les personnes notables de la contrée, toutes les âmes pieuses de la France et même de la chrétienté entière, ont tenu à honneur de contribuer à son érection. Je viens vous demander votre offrande.

— Comment donc, monsieur le doyen, je serais heureux de…

Mais comme il allait prendre une plume sans doute pour signer un bon, le doyen l’arrêta :

— Permettez, dit-il, si j’avais voulu vous demander une offrande toute simple, je ne me serais pas permis de vous déranger, je vous aurais écrit, et, connaissant vos principes, j’aurais attendu votre réponse espérant et confiant. Mais ce n’est point d’une offrande de ce genre que je désire vous entretenir.

Jusque-là M. Arnaudet avait écouté l’abbé Guillemittes avec une certaine tranquillité d’esprit ; depuis qu’il était arrivé dans le département il attendait cette visite, et d’avance il avait fait son deuil des cinq cents francs qu’elle devait lui coûter c’était une bienvenue à payer, une nécessité de position. Mais à ces derniers mots il commença à s’inquiéter, se demandant s’il n’avait pas commis une sottise en se montrant si gracieux. Ses idées sur le clergé étaient à peu près les mêmes que celles de son gouvernement, c’est-à-dire que son respect apparent était fait, pour une grande partie, de peur.

— Notre église, continua l’abbé Guillemittes, est en bonne voie d’achèvement ; cependant il reste encore à faire. Ainsi, dans le chœur, il nous manque une grande verrière. C’est une place d’honneur et dans la meilleure compagnie ; les autres verrières ses voisines ont été offertes par les personnes les plus considérables de la contrée, soit par leur nom, soit par leur position ; si l’expression n’avait pas quelque chose de prétentieux, je dirais que c’est le livre d’or de la contrée ; on n’y lit que les noms les plus purs et les plus élevés. Aussi ces verrières ont-elles été demandées avec un empressement incroyable, et pour leur conserver leur caractère, j’ai été obligé de faire un choix rigoureux parmi les donateurs. Si je vous disais que ç’a été là une des parties les plus difficiles de ma tâche, cela vous étonnerait, n’est-ce pas ? Cependant cela est ainsi. Eh bien, monsieur le receveur général, cette verrière, je viens vous l’offrir.

M. Arnaudet fit un signe que l’abbé Guillemittes ne laissa pas préciser.

— Votre haute position, continua-t-il, votre nom, votre famille, tout me forçait à cette démarche, qui n’est que le juste hommage que je devais rendre, non-seulement à vous, monsieur le receveur général, mais encore à la famille éminente dans laquelle vous allez entrer. Voici donc comment je comprendrais la mise en œuvre de votre don, si toutefois vous avez la générosité d’accepter ma proposition. Dans ces verrières on a l’habitude de mettre le portrait du donateur avec une inscription rappelant son nom et son offrande. C’est au moins ainsi qu’on a procédé pour plusieurs, un peu malgré moi, j’en conviens, car je trouve que cette manière d’afficher sa générosité, manque jusqu’à un certain point de la discrétion et de la délicatesse qui se trouvent toujours dans la pure charité. Ce n’est donc point cela que je vous proposerais, à vous, jeune, à vous, Parisien, qui, dans cet ordre d’idées, devez sentir autrement que nos bons provinciaux, toujours un peu trop positifs. En apprenant votre mariage avec mademoiselle Duchemin, voici l’idée qui m’est venue : je vous demande pardon de vous la communiquer, mais j’ai été un peu l’architecte de notre église, et j’ai pris ainsi l’habitude de faire des plans.

— Comment donc, monsieur le doyen mais je vous suis reconnaissant, au contraire.

— Si j’étais jeune, me suis-je dit, si j’étais riche, si j’avais des principes religieux et si j’aimais, je voudrais, il me semble, élever un monument impérissable où je pourrais mettre tout cela : ma jeunesse, ma richesse, ma foi et mon amour. Bien entendu, je suppose le cas où vous auriez le désir d’offrir la verrière. Alors, au lieu d’y mettre mon portrait et mon nom, voici ce que je ferais : divisant la verrière en deux, je voudrais que le peintre me représentât aux pieds de saint Yves d’un côté, et de l’autre je voudrais qu’il représentât mademoiselle Duchemin aux pieds de sainte Clotilde ; puis, dans des médaillons, je voudrais qu’on inscrivit les initiales de vos deux patrons, C. et Y. Il y aurait là, il me semble, quelque chose de délicat et d’élevé, qui irait au cœur de ma fiancée, lorsque, la menant un jour, par hasard, visiter l’église d’Hannebault, je la mettrais en face de cette verrière. Voulez-vous me permettre une question ?

— Parfaitement.

— Dans combien de temps doit se célébrer votre mariage ?

— Dans six semaines.

— Eh bien, dans cinq semaines la verrière pourrait être en place, j’en prends l’engagement, et d’aujourd’hui en cinq semaines, la visite dont je parle pourrait avoir lieu.

— Je croyais que la peinture sur verre demandait beaucoup de temps.

— Autrefois, mais aujourd’hui elle a fait de grands progrès ; et d’ailleurs, mon peintre, j’en suis certain, ferait l’impossible pour une œuvre offerte dans ces conditions ; avec un portrait-carte de vous et de mademoiselle Duchemin, je réponds du succès. Ce sera une curiosité que cette verrière sans nom de donateur, et il me semble entendre la légende qui va se former et qui se transmettra de siècle en siècle (car ce genre de décoration est éternel), sur le chrétien généreux, sur le fiancé délicat qui n’a voulu rappeler son souvenir et celui de la femme qu’il aimait que par de simples initiales.

— Sans doute, et je trouve votre idée séduisante.

— Elle sera vôtre, si vous l’adoptez, car après m’être montré difficile sur le choix du donateur de cette verrière, je ne pourrais jamais avouer que je suis venu vous l’offrir. Si donc vous acceptez, je vous demande le secret comme un véritable service.

— Et combien coûte cette verrière ?

— Pour tout autre que pour un receveur général et pour le gendre de M. Duchemin, ce serait peut-être un peu cher.

— Combien donc ?

— Dix mille francs.

Le chiffre arracha une grimace significative au receveur général, car, malgré les lenteurs habilement calculées du doyen, il ne s’attendait pas à cette somme. Mais il s’était si imprudemment avancé qu’il ne pouvait guère reculer. Sans doute dix mille francs étaient une grosse somme, mais c’était le prix qu’avaient payé MM. tel et tel, qui n’étaient pas receveurs généraux ; la verrière était magnifique, d’un dessin parfait, d’une couleur splendide, et le pourpre de Cassius était très coûteux à employer. Et puis, à côté des arguments du curé d’Hannebault s’en pressaient d’autres qui avaient leur poids : la famille Duchemin était pieuse, ce don lui serait agréable, et peut-être même servirait-il à faire passer quelques grosses dettes de jeunesse restées en souffrance en attendant une dot.

— Et quand faut-il ces dix mille francs ?

— Mais quand vous voudrez, à votre entière convenance, dans trois mois, par exemple.

L’abbé Guillemittes revint à Condé si heureux de cette négociation, qu’il reçut en souriant la nouvelle que Monseigneur avait accepté une invitation à dîner chez les Prétavoine pour le jour de la confirmation.

— Eh quoi, dit M. Fichon en voyant son sourire, c’est ainsi que vous recevez ce coup ? et je prenais toutes sortes de précautions pour vous l’adoucir.

— C’est qu’à vrai dire je l’attendais un jour ou l’autre.

— Vous n’avez rien fait pour l’éviter ?

— Que pouvais-je contre Monseigneur, contre mon cher confrère M. Lobligeois, contre madame Prétavoine réunis ? J’étais sans défense. Je ne me suis pas défendu. Je trouve que la lutte n’est honorable à entreprendre que lorsqu’on a des chances de réussir ; si au bout la défaite est certaine, c’est une niaiserie ou une folie de s’y exposer ; mieux vaut céder tout de suite, dignement si l’on peut.

— Vous êtes philosophe, aujourd’hui.

— Je suis résigné. D’ailleurs je crois qu’en ne me défendant pas j’enlève à mes ennemis la gloire du triomphe en même temps que je m’épargne l’humiliation de la défaite. Je ne suis pas tué les armes à la main, je suis égorgé sans m’être défendu ; c’est une nuance qui assombrit, croyez-le bien, la victoire de mes ennemis.

— Ma foi, mon cher doyen, puisque vous le prenez ainsi, vous me faites plaisir. Allez donc voir Monseigneur ; si vous étiez tombé dans la colère ou la douleur, je vous aurais dit de rentrer à Hannebault ; mais vous êtes calme, maître de vous ; je crois que vous goûterez des consolations à recevoir cette nouvelle de la propre bouche de Sa Grandeur.

Entre prêtres on se comprend à demi-mot ; l’abbé Guillemittes se conforma à l’avis charitable du vicaire général.

— Monsieur le doyen, dit l’évêque en le recevant, j’allais vous écrire.

— Je suis heureux d’éviter cette peine à Votre Grandeur.

— J’ai reçu la visite d’un de vos paroissiens, M. Prétavoine.

— Mon paroissien bien peu, mais beaucoup plus celui de M. le curé de Rougemare.

— Oui, je sais, je sais ; il venait m’adresser une invitation que j’ai acceptée ; je dînerai chez lui le jour de la confirmation dans votre paroisse ; il doit vous inviter lui-même aujourd’hui.

La réponse à cette communication était préparée depuis longtemps ; l’abbé Guillemittes la débita avec un sang-froid imperturbable.

— Je savais que mes ennemis arrangeaient cette invitation dans l’ombre, mais je croyais si peu à l’acceptation de Votre Grandeur, que je n’ai rien fait pour la prévenir. Je crois n’avoir pas mérité l’humiliation qu’on m’inflige ; mais je la subirai sans me plaindre.

— Monsieur le doyen !

— Que Votre Grandeur se rassure ; je vais aller en rentrant dire à M. Prétavoine que j’accepte son invitation ; je porterai à son dîner une attitude résignée. Je regrette ce triomphe pour M. Lobligeois lui-même.

— Que voulez-vous dire ?

— Une seule chose. On a trompé Votre Grandeur : je m’incline : l’erreur est dans les mains du temps.

À lire aussi

Tous les livres | Tous les auteurs

Tous nos livres
Malik et le tapis volant
Olivier Muhleisen

"Paris a une magie que seuls ceux qui savent regarder peuvent voir."

"Les étoiles te montreront toujours le chemin. Elles sont les gardiennes de ton passé et les éclaireuses de ton avenir."

"Une beauté silencieuse qui ne pouvait être comprise que par ceux qui avaient touché les cieux."

Informations sur les cookies | CGU | Contact | © lireunlivre.com | Onmyweb Production