Le lendemain matin, en entrant dans l’église, l’abbé Guillemittes aperçut mademoiselle Isabelle qui l’attendait dans la chapelle où se trouvait son confessionnal. Il marcha vers elle :
— La messe au maître-autel, dit-il.
— Ce n’est pas pour la messe que je suis venue.
— Vous avez un projet à me communiquer ?
— Je vous prie de m’entendre.
— Comment donc ? vous savez que je ne suis jamais plus heureux que quand vous voulez bien me faire part de vos idées.
— Ce n’est pas de mes idées qu’il s’agit aujourd’hui ; je vous prie de m’entendre au confessionnal.
— Moi, votre confesseur !
— Ne suis-je point votre paroissienne ?
— Sans doute, mais ce n’est pas une raison.
— J’ai assisté dimanche au sermon de M. le vicaire.
— Oh ! l’abbé Colombe a été un peu loin ; dans l’ardeur de son zèle il a pu blesser certaines convenances.
— Pas envers moi : et je lui sais grand gré de ses paroles au contraire : elles m’ont rappelé une règle qui toujours avait dirigé ma vie et dont, en ces derniers temps, j’ai négligé l’exercice : ma position sociale doit profiter et non nuire à ceux que la fortune a placés au-dessous de moi.
— Si cette raison est la seule qui vous amène à mon confessionnal, permettez-moi de vous dire qu’elle n’est pas suffisante : nos actions n’ont de mérite qu’autant qu’elles nous sont inspirées par notre cœur et notre conscience.
— Si elle est pour le moment et accidentellement déterminante, elle n’est pas seule ; en m’écoutant vous le comprendrez.
— Assurément rien ne peut être plus agréable à mon cœur que de vous voir revenir enfin aux pratiques régulières de notre sainte religion ; mais ce m’est un grand effroi de penser que vous me voulez prendre pour votre guide spirituel. Parce que vous avez rencontré en moi une certaine intelligence pour les travaux de l’architecture et aussi quelques connaissances artistiques et archéologiques, il ne faut pas vous tromper sur mon compte. En réalité, je suis un esprit borné et un homme qui n’a aucun usage des choses du monde. Tandis que vous, mademoiselle, vous êtes un esprit élevé, une âme délicate habituée à des manières, à des ménagements qui ne se retrouveraient ni dans mon caractère ni dans mon éducation.
— Dans le confessionnal ce n’est point à l’homme qu’on s’adresse, mais au prêtre.
— Sans doute, et Notre-Seigneur lui-même a dit : « Celui qui vous entend, m’entend. » Mais, cependant, il n’en est pas moins vrai que l’homme reste toujours sous la robe du prêtre, et que la parole de Dieu, passant par notre bouche, emprunte fatalement notre langage ; elle est anglaise, si je suis Anglais, comme elle est dure, si je n’ai pas de tendresse dans le cœur. Vous étiez sous la direction du révérend père Labutte, et le père Labutte était une des lumières de la compagnie de Jésus. Que suis-je moi, simple curé de village, à côté de cet esprit remarquable ? Si vous deveniez ma pénitente, vous ne rencontreriez pas auprès de moi, les facilités et les douceurs que vous pouviez trouver près de lui. Je n’appartiens pas aux jésuites, je ne partage ni leurs idées ni leurs sentiments. Ma manière de comprendre et de pratiquer la foi ne ressemble en rien à la leur ; c’est celle d’un curé de campagne sans subtilités comme sans faiblesse. Ainsi, que je sois votre directeur, je m’occuperai peu de votre conduite, qui est celle d’une femme excellente et généreuse ; je n’aurai pas souci de votre intérieur, de votre domestique ou de votre fortune ; je n’interviendrai point dans vos relations pour vous conseiller telle personne on vous défendre telle autre ; je ne favoriserai point celui-ci ou celui-là des prétendants à votre main ; mais je m’occuperai beaucoup de votre esprit. Car c’est là qu’est le mal, dont vous souffrez. Au lieu de vous laisser chercher au delà de ce que notre sainte religion nous enseigne, je vous enfermerai dans le cercle rigoureux de la foi, et je vous y tiendrai d’une main ferme, rude comme celle d’un paysan ; je ne permettrai point à votre imagination de s’échapper en poursuites chimériques qui vous tourmentent et vous empêchent d’être la parfaite chrétienne que vous seriez sans ces curiosités maladives. Et je crois que vous trouveriez alors une tranquillité d’âme, un apaisement, une satisfaction que vous avez jusqu’à ce jour vainement cherchés, parce que vous les demandez à des courants divers qui ne pouvaient pas vous les donner. Mais je crois aussi que ce calme, ainsi obtenu, serait trop chèrement payé par vous. Voilà pourquoi j’hésite à vous recevoir à mon tribunal. D’autres que moi pourront vous le donner, ce calme, car il se trouve dans la foi, et ils le feront sans blesser en vous tous vos sentiments intimes. Adressez-vous donc à ceux-là.
Elle le regarda surprise de ce langage, dont le ton exagérait encore la brutalité. Il continua :
— Qui je vous conseille, n’est-ce pas ? Mon Dieu, je ne sais trop. Mais si vous voulez, nous chercherons ensemble, et je suis convaincu que nous rencontrerons dans le chapitre de la cathédrale de Condé, le directeur qui convient à votre conscience sensible ; un homme la fois ferme et doux, un esprit cultivé, un homme du monde qui vous comprenne toujours et ne vous blesse jamais : M. Marbœuf, par exemple, ou même M. de Sintis. Pardonnez-moi un mot qui au premier abord a quelque chose de choquant, mais qui cependant est bien juste, il me semble : évitez une mésalliance. Et s’en serait une de venir à moi qui ne suis qu’un rustre. Ah ! certes, pour diriger votre conscience vers le port où elle trouverait la paix et le bonheur, j’aurais une ardeur, une pieuse jalousie que n’auront peut-être pas ces excellents chanoines modérés en tout, mais je crois que leur modération vaudra beaucoup mieux pour vous que mon emportement. Je vous le répète, je crois que, pour vous guider, il faut une main gantée et je n’ai par malheur qu’une main nue et calleuse à vous offrir ; vous souffririez trop à son contact. Voilà pourquoi je vous dis : avant de vous agenouiller dans ce confessionnal, réfléchissez, prenez votre temps, cherchez un plus digne que moi. Bien entendu, je ne vous repousse pas.
— Il me semble cependant que vous ne m’encouragez pas.
— Je ne vous encourage pas, cela est vrai mais il est vrai encore que je n’ai ni le désir ni la volonté de vous repousser, je vous avertis, voilà tout. Rien ne presse, n’est-ce pas ? Dans huit jours, si votre intention n’a pas été modifiée par mes paroles, revenez à ce confessionnal, à cette même heure, et je vous écouterai.
Pendant ces huit jours, il évita de la voir, ou, quand il la vit, il évita de lui parler d’autres sujets que de ceux qui s’agitaient ordinairement entre eux, l’église et la maîtrise. Mais il savait bien que ces paroles, jetées comme au hasard dans cette âme ouverte, y fermenterait rapidement.
Quel attrait plus puissant, en effet, pour une femme que de poursuivre ce qui paraissait vouloir lui échapper ! Elle n’était venue au confessionnal de l’abbé Guillemittes qu’avec une certaine répugnance ; mais maintenant que son guichet ne s’ouvrait pas à son premier appel, elle attendait, impatiente, le moment où elle pourrait frapper un second coup. Elle voulait, il fallait qu’il s’ouvrît. Il n’y avait pas que la provocation du refus qui l’irritât, les explications aussi qui l’avaient accompagné l’avaient profondément troublée. Si l’homme se retrouve toujours, même sous la robe épaisse du prêtre, ainsi que l’avait dit l’abbé Guillemittes, la femme se retrouve aussi avec sa nature curieuse et capricieuse sous la robe montante de la dévote. Cette violence de sentiments, cette brutalité de volonté, qui ne ressemblaient en rien à l’indulgence commode du père Labutte, n’étaient point faites pour effrayer : il y a des femmes qui aiment à être battues.
Le mercredi suivant, en arrivant à l’église, l’abbé Guillemittes trouva mademoiselle Pinto-Soulas dans la chapelle : sans dire un mot, sans faire un signe, il entra dans la sacristie, et presque aussitôt, il en ressortit avec le rochet à manches ouvertes : la porte du confessionnal se referma et derrière le grillage, le guichet glissa dans sa charnière : « Ma fille, je vous écoute. » – « Mon père… » Le lien était noué.
Mais ce fut lentement, doucement qu’il se serra ; l’abbé Guillemittes ayant pour principes de ne rien brusquer.
Tout d’abord, il ne permit point qu’elle vint souvent à son confessionnal.
— Pour l’exemple, dit-il, il suffit que vous y soyez venue ; pour vous, je trouve que vous ne devez pas vous reposer de tout sur moi, mais qu’il vous faut garder votre volonté, c’est-à-dire votre responsabilité.
En réalité, il voulait qu’elle désirât ces retours de la confession, et qu’elle les attendît impatiemment, sachant bien qu’en toute chose, ce qui est trop facile perd vite son prix et engendre la satiété.
Il avait parlé de sévérité, il montra, au contraire, dans les premiers temps, une grande douceur, beaucoup d’indulgence et même une certaine faiblesse.
Il se fit aussi petit, et en rien elle ne rencontra de ces supériorités tranchantes qui effraient et rebutent : son esprit ainsi que sa conscience paraissaient ouverts à tout étudier et à tout comprendre. Comme elle, il était faible ; comme elle il péchait ; sa seule supériorité était d’être l’homme de Dieu et de parler la langue de la foi, qui ne se trompe et ne trompe jamais.
Alors, insensiblement, et de jour en jour, elle se laissa prendre par cette volonté étrangère qui l’envahit, l’enveloppa, la noya comme l’eau qui, rencontrant un obstacle, monte goutte à goutte, contre lui, jusqu’au moment où elle le dépasse et le submerge. Cela se fit sans qu’elle en eût conscience : elle croyait encore être elle-même quand déjà depuis longtemps elle n’était plus que le reflet d’une lumière et l’écho d’une voix.
Lorsqu’elle reconnut en elle cet état spirituel, loin de s’en effrayer, elle appliqua son esprit à l’analyser et à le justifier. Cela devait être ainsi, se disait-elle ; et elle demanda à ses lectures la confirmation de ce sentiment. Au couvent elle avait eu entre les mains la correspondance de Saint François de Sales et de madame de Chantal ; mais elle n’avait parcouru ces lettres qu’avec une attention distraite ; pour la première fois, elle les comprit et les sentit dans toute leur profondeur. Lettre par lettre, elle vit comment madame de Chantal avait livré son âme et comment, après son vœu d’obéissance entre les mains du saint, elle avait pris dans son cœur « la première et la dernière place ».
C’était d’elle-même qu’elle avait fait cette lecture et sans demander conseil a son directeur. Lorsqu’il en fut informé, il se fâcha fort, et, pour la première fois, laissa paraître cette dureté dont il l’avait menacée.
— Ce ne sont pas ces lettres que je blâme, dit-il sans vouloir écouter ses excuses, car personne ne peut les blâmer ; c’est votre acte lui-même, car je démêle très bien le mobile qui vous a conseillé cette lecture. Dans la soumission et l’obéissance de madame de Chantal, vous avez voulu trouver un exemple illustre qui justifiât à vos yeux votre propre soumission. C’est encore votre esprit qui a péché. Ne saura-t-il donc jamais se plier docilement à la règle qu’il a demandée ? Si vous n’avez pas confiance dans ma direction, si vous ne voulez pas vous y livrer entièrement, quittez-la, mais tant que vous l’acceptez, ne cherchez pas au delà, car les sentiers détournés, que pourra vous conseiller votre imagination toujours inquiète, ne peuvent aboutir qu’au gouffre de l’erreur.
Elle courba la tête sans répliquer et ne s’appliqua plus qu’à redevenir l’enfant soumise et docile qu’elle était aux premières années de sa jeunesse, alors qu’elle était ignorante, ne sachant rien, s’en rapportant à ce qu’on lui disait, à ce qu’on voulait pour elle.
Elle laissa diriger sa vie, et se conforma scrupuleusement aux règles méticuleuses qui lui étaient fixées, heureuse de ne plus chercher, de ne plus vouloir, de ne plus savoir.
Le premier point qu’il lui avait imposé avait été de reconnaître que c’était son esprit qui, jusqu’à ce jour, avait causé tous ses tourments.
— Si vous avez été malheureuse en Italie, lui avait-il dit, c’est que votre esprit était inquiet, en proie, si je peux m’expliquer ainsi, à des appétits perversifs : vous avez voulu chercher ce qui n’est pas donné à l’homme de connaître ; vous avez voulu soulever des voiles que notre bras n’est pas assez long pour atteindre, et vous vous êtes fatiguée, usée, épuisée, dans des efforts stériles. C’est la même cause qui, plus tard, vous a fait subir l’influence du comte Nedopeouskine ; vous ayez cru en lui parce que vous avez eu l’espérance que son bras serait plus puissant que n’avait été le vôtre et qu’il vous ouvrirait la porte d’un monde où, seule, vous n’aviez pas pu pénétrer. Si vous voulez trouver le calme, c’est donc votre esprit que vous devez soigner ; et le seul traitement qui me paraisse efficace pour vous, c’est le repos : il faut faire ce que les médecins font pour un membre cassé, le condamner à l’immobilité. Ce que je vous demande donc tout d’abord, c’est que cet esprit abdique entre mes mains.
— Ne me trouvez-vous pas assez docile ?
— De volonté, de cœur, oui ; d’esprit, non. Si vous n’aviez pas la foi, si vous étiez une femme mondaine qu’il me fallût convertir, je ne vous parlerais pas ainsi. Je m’adresserais à votre intelligence et vous mettrais aux mains des livres de nos maîtres, qui, j’en suis certain, vous ouvriraient les yeux comme à tous ceux qui ont bien voulu les étudier de bonne foi. Mais vous n’êtes pas cette femme ; vous croyez, et, dans les dispositions où vous êtes, ces livres vous seraient mauvais, en ce sens qu’ils ne vous donneraient pas le repos, pour votre état indispensable. Ce serait une nourriture trop forte pour vous, car elle vous forcerait à réfléchir, à travailler, à chercher ce que précisément je veux éviter, et ce à quoi je pense arriver par une nourriture plus douce, mieux appropriée à vos besoins, qui vous occupera sans vous fatiguer.
— Ce que vous voudrez, dit-elle.
Ce fut en partant de ce principe, qu’il avait eu l’adresse de lui faire admettre, qu’elle se laissa enfermer dans le cercle étroit qu’il avait tracé : sa dévotion fut réglée comme une bonne horloge, et, petit à petit, elle en arriva à ce point qu’elle n’eut pas une seconde dans la journée pour penser librement : chaque heure, chaque minute étaient occupées et d’avance leur emploi était rigoureusement déterminé.
Aussitôt éveillée, prière du matin ; après la prière, une heure de lecture pieuse et une demi-heure d’oraison. Puis la messe arrivait, et, en rentrant au château, elle devait faire une nouvelle lecture. Le déjeuner était suivi de dévotions à la sainte Vierge et à sainte Anne qui prenaient deux heures. Ces dévotions terminées, c’était le tour des litanies, puis celui du chapelet. On atteignait ainsi le dîner. La soirée commençait par des dévotions au sacré cœur de Marie et au sein de Sainte-Anne ; elle se terminait par une méditation ou un exercice spirituel.
Placées à cette heure, ces méditations avaient l’avantage de fournir un sujet de réflexion à la veille ou de rêves au sommeil. En effet, dans ces exercices de la méditation, qui sont inconnus de bien des gens du monde n’étant point dévots de profession, l’organisme est assez fortement ébranlé pour ne pas retrouver aussitôt son calme et sa fermeté.
Pour faire une bonne méditation, il faut, d’après les préceptes enseignés dans les livres spéciaux, se livrer à un travail qui met en jeu toutes les forces de l’attention, ce qui ne veut pas dire de la réflexion et de la raison. Ainsi on doit commencer à se figurer d’une façon matérielle le lieu où se passe le mystère qu’on veut contempler ; se représenter ensuite d’une façon corporelle les personnages qui ont un rôle dans ce mystère ; entendre par l’ouïe intérieure ce que disent ces personnages ; en un mot, jouer soi-même tous ces rôles en se donnant la sensation de leurs plaisirs ou de leurs douleurs, et comme eux, jouir ou souffrir par le goût, l’odorat ou le toucher.
Qu’une âme passionnée ait à faire une méditation sur la Conception de Jésus, qu’elle se représente la chambre étroite et pauvre de la sainte Vierge à minuit, alors qu’elle n’est éclairée que par la clarté de la lune, et que Marie, agenouillée, attend l’arrivée de l’ange Gabriel, elle n’aura certes pas d’autres idées que celles des personnages qu’elle vient de jouer.
Qu’elle ait à se figurer l’enfer en longueur, largeur et profondeur, avec le bruit des gémissements, des cris aigus, des hurlements et des blasphèmes ; avec l’odeur de la fumée, du soufre et de la poix ; avec le goût amer des larmes des réprouvés ; avec l’impression brûlante de ces feux qu’il faut toucher, et elle sortira de cet exercice anéantie si elle n’est pas hallucinée.
Bien que l’abbé Guillemittes n’appartînt pas aux jésuites, comme il l’avait dit sincèrement, et qu’il ne partageât pas leurs idées, il leur avait pris ce système des exercices spirituels qui sont « l’âme et la source de leur société », selon l’expression d’un de leurs pères, car, pour la direction méthodique et mécanique des consciences, ils seront toujours les maîtres. Il lui avait été commode d’appliquer des règles toutes faites, et il avait agi comme ces médecins qui, malgré eux, font de l’empirisme pour que leurs malades ne s’adressent pas aux charlatans.
Au reste, la méthode avait produit sur mademoiselle Isabelle son effet ordinaire, et celle-ci s’était petit à petit si bien pliée à ce joug qu’elle n’avait même plus la pensée d’aller au delà de la limite qui lui était tracée : elle tournait dans son manège, sans avancer, sans s’écarter à droite ou à gauche, les yeux bandés.
On lui disait de lire la vie de Marie-Alacoque, elle la lisait sans réfléchir, sans s’étonner de rien, sans ennui comme sans plaisir. Et de même elle lisait la Passion de la sœur Emerick, sainte Thérèse, la Mystique de Goerrez et les quinze volumes qui ont été écrits sur les litanies de la sainte Vierge, par un chanoine polonais. Elle n’avait souci que d’une chose : accomplir ce qui lui avait été prescrit.
Avec un homme, ce système de direction n’eût point eu peut-être les mêmes résultats ; il se fût sans doute révolté et échappé. Mais il y a dans le cœur des femmes, quoi qu’on dise, un besoin de soumission à une volonté supérieure qui les livre toujours à celui qui sait les dominer. Depuis son enfance, mademoiselle Pinto-Soulas avait toujours commandé, elle n’avait jamais obéi : obéir était pour elle une nouveauté, et par cela seul un plaisir, quel que fût le commandement. Elle était fière de sa soumission, glorieuse de son abaissement.
Mais mieux que cela encore, le vide qu’elle avait depuis si longtemps dans le cœur et dans l’esprit était rempli : plus de soucis, plus d’inquiétude ; vivant par un autre, elle ne se sentait plus vivre et ne souffrait plus.