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La fin du monde, chapitre 14

Camille Flammarion

DERNIER JOUR

Amour, être de l’être ! Amour, âme de l’âme

LAMARTINE, Harmonies.

Il est doux de vivre… L’amour remplace tout, fait oublier tout. Musique ineffable des cœurs, ta divine mélodie enveloppe l’être dans l’extase des voluptés infinies ! Quels historiens illustres ont célébré les héros du Progrès, la gloire des armes, les conquêtes de l’Intelligence et les sciences de l’esprit ? Après tant. de siècles de travaux et de luttes, il ne restait plus sur la Terre que les palpitations de deux cœurs, les baisers de deux êtres ; il ne restait plus que l’amour. Et l’amour demeurait le sentiment suprême, dominant comme un phare inextinguible l’immense océan des âges disparus.

Mourir ! Ils n’y songeaient guère. Ne se suffisaient-ils pas à eux seuls ? L’envahissement du froid venait les pénétrer jusqu’aux moelles : ne portaient-ils pas dans leur sein une ardeur assez chaude pour vaincre la nature ? Le Soleil ne brillait-il pas toujours du plus radieux éclat, et la condamnation finale de la Terre ne pouvait-elle être retardée longtemps encore ? Omégar s’ingéniait à maintenir tout le merveilleux système organisé depuis longtemps pour l’extraction automatique des principes alimentaires tirés par la chimie de l’air, de l’eau et des plantes, et paraissait y réussir. Ainsi, autrefois, après la chute de l’empire romain, on vit pendant des siècles les barbares utiliser les aqueducs, les bains, les sources thermales et toutes les créations de la civilisation du temps des Césars et puiser en des industries disparues les éléments de leur vitalité.

Un jour ils virent arriver, dans ce dernier palais de la dernière capitale, un groupe d’êtres chétifs, malheureux, à demi sauvages, qui n’avaient presque plus rien d’humain et qui semblaient avoir rétrogradé vers les espèces simiennes primitives, depuis si longtemps disparues. C’était une famille errante, débris d’une race dégénérée, qui venait, chercher un refuge contre la mort. Par suite de l’appauvrissement séculaire des conditions de la vie sur la planète, l’humanité qui, pendant plusieurs millions d’années, avait régné en souveraine victorieuse de la nature, ayant atteint l’unité si longuement attendue, et n’ayant désormais formé qu’une seule espèce dans le sein de laquelle toutes les anciennes variétés s’étaient confondues, cette humanité supérieure et homogène avait graduellement perdu sa force et sa grandeur. Les influences locales de climats et de milieux n’avaient pas tardé à s’exercer et à disloquer l’unité acquise, et de nouvelles variétés, de nouvelles races s’étaient formées. C’est à grand’peine que les deux civilisations les plus solides et les plus énergiques avaient résisté et s’étaient maintenues, comme nous l’avons vu, dans les hauteurs de l’ordre intellectuel. Tout le reste de l’humanité avait subi le poids des années et s’était affaibli en se modifiant sous l’action des influences prépondérantes. L’antique loi du progrès avait fait place à une sorte de loi de décadence, la matière avait repris ses droits et l’homme retournait à l’animalité. Mais toutes ces races de la vieillesse du monde, caduques et désagrégées, avaient successivement succombé. Quelques groupes de spectres erraient, seuls dans les ruines du passé.

Omégar essaya d’appliquer ces serviteurs d’un nouveau genre à l’entretien des appareils de chimie culinaire qui fonctionnaient encore, et surtout à la conservation et à l’utilisation de la chaleur solaire. L’espérance rayonna au-dessus de l’amoureux séjour comme le brillant arc-en-ciel après la sombre pluie ; ils oublièrent le passé et devinrent insouciants de l’avenir, tout entiers au bonheur présent.

Ils vécurent ainsi plusieurs mois dans l’ivresse de cette irrésistible attraction qui les unissait. On a dit que l’amour est la poésie des sens et l’éternel baiser de deux âmes. On a dit aussi que gloire, science, esprit, beauté, jeunesse, fortune, tout est impuissant à donner le bonheur sans l’amour. Nous pourrions ajouter qu’en ce dernier jour du monde, cet amour seul brillait encore comme une étoile dans la nuit universelle. Les deux amants ne s’apercevaient pas qu’ils s’embrassaient dans un cercueil.

Parfois, le soir, à l’heure où le soleil venait de descendre derrière les ruines, Éva sentait son âme oppressée en contemplant l’immense désert qui les environnait et, tout en serrant son bien-aimé dans ses bras, elle ne pouvait refouler les larmes qui venaient obscurcir ses yeux. Oui, elle espérait en l’avenir. Mais quelle solitude et quel silence ! Quel étrange héritage d’une aussi radieuse humanité ! Les souvenirs étaient là. Les livres de la bibliothèque racontaient les gloires du passé, les gravures les faisaient revivre devant les yeux émerveillés, les appareils phonographiques faisaient entendre quand on le voulait les voix des morts illustres, et l’image elle-même de ces morts pouvait apparaître à volonté sur le translucide écran des projections téléphotiques. Dans les vieux coffres métalliques, grands comme des chambres, les mains pouvaient plonger à travers des milliards de monnaies d’or de tous poids et de toutes marques, stérile héritage de richesses inutilement accumulées. Les instruments de physique et d’astronomie qui avaient transformé le monde gisaient dans la poussière. Maîtres du monde, de toutes ses valeurs mobilières et immobilières, possesseurs de tout, ils étaient plus pauvres que les plus pauvres des anciens jours.

« À quoi donc tout a-t-il servi ? disait-elle, en laissant ses yeux errer sur tous ces brillants souvenirs de l’humanité défunte ; oui, à quoi ont servi tous les travaux, tous les efforts, toutes les découvertes, toutes les conquêtes, tous les crimes et toutes les vertus ? Tour à tour, chaque nation a grandi et disparu. Tour à tour, chaque cité a rayonné dans la gloire et dans le plaisir et s’est émiettée en poussière. Les voilà, ces ruines ; la Terre en est couverte. Les anciennes sont ensevelies sous les nouvelles : ruines sur ruines. Les dernières auront le même sort. Des milliards d’hommes qui ont vécu ici, que reste-t-il ? Rien. Et pourquoi donc, ô mon adoré, toi qui sais tout, pourquoi donc Dieu a-t-il créé la Terre ?… Et pourquoi avait-il créé l’humanité ?… Dieu n’est-il pas un peu fou, mon amour ? Tous ces milliards d’hommes qui sont venus pulluler et se quereller sur cette petite boule tournante, à quoi ont-ils servi, puisqu’il ne reste rien ? Est-ce que ce n’est pas exactement maintenant comme s’il n’y avait rien eu du tout ? Je sais bien que les habitants de Mars ont eu le même sort, et quand ceux de Vénus communiquaient encore avec nous, il y a quelques siècles, ils s’imaginaient aussi ne jamais mourir. Voici ceux de Jupiter qui commencent, et qui n’ont pas encore été capables de comprendre nos messages. Eux aussi subiront la même destinée. Dis-moi, est-ce une comédie que cette création là, ou bien est-ce un drame ? Le Créateur s’amuse-t-il de ses pantins ou aime-t-il les faire souffrir ? Est-il monstre, ou idiot, … dis, mon amour ?

« – Pourquoi chercher, mon Éva ? Que tes beaux yeux ne s’égarent pas ainsi ! Viens t’asseoir sur mes genoux, viens reposer ta jolie tête près de mon cœur. Dieu n’a créé le monde que pour l’amour. Oublie le reste.

« – Mais comment l’oublier, comment fermer les yeux, comment faire taire sa raison et son cœur en ces heures solennelles ? Oui, notre amour, c’est tout, absolument tout. Mais, ma chère âme, comment ne pas penser aussi que tous les couples qui nous ont précédés sur cette Terre depuis le commencement du monde ont disparu, eux aussi, et que tous les amours enchanteurs qui ont bercé les visions humaines, toutes ces bouches sur lesquelles on croyait respirer une jouissance éternelle, tous ces divins baisers, tous ces enlacements éperdus, se sont évanouis en fumée, oui, en fumée, et qu’il n’en reste rien non plus, ni de ces amours, ni de leurs fruits adorés, rien, rien ! O mon Omégar, l’humanité a vécu dix millions d’années pour ne rien savoir ! La science merveilleuse entre toutes, la science de l’univers, la sublime astronomie, nous a tout appris, nous a donné la vraie religion, et ne nous a pas montré la logique de Dieu !

– Tu veux trop en savoir. Pourtant tu n’ignores pas que l’humanité terrestre a flotté dans l’inconnaissable. Nous ne pouvons pas connaître l’inconnaissable. Le rouage d’une montre sait-il pourquoi il a été fabriqué et pourquoi il tourne ? Il faut nous résigner à n’avoir été que des rouages. Nous sommes des êtres finis. Dieu est infini. Il n’y a pas de commune mesure entre le fini et l’infini. Nous sommes dans la situation d’une roue de montre qui raisonnerait dans sa boite sur l’industrie des horlogers. À coup sûr, elle pourrait raisonner aussi pendant dix millions d’années sans trouver que l’appareil dont elle fait partie a pour but de correspondre au mouvement diurne de notre planète. Chère bien-aimée, une roue de montre n’a qu’une fonction réelle à remplir : c’est de tourner.

L’humanité terrestre n’a eu, elle aussi, qu’à tourner. Toutes les doctrines philosophiques et religieuses ont été vaines dans la recherche de l’absolu.

« Cependant, la science n’est pas tout à fait illusoire. Nous savons que le monde visible, tangible, perceptible à nos sens, n’existe pas sous les formes mensongères qui nous frappent et n’est que le voile d’un monde réel invisible. Nous savons que l’atome constitutif de la matière est intangible ; que la lumière, la chaleur, le son, n’existent pas plus que la solidité apparente des corps. Nos sens, nos moyens de perception, nous donnent une fausse image de la réalité. C’est quelque chose que de savoir cela, et de savoir aussi que la réalité réside dans le monde invisible, que l’âme est une force psychique indestructible, qui devient personnellement immortelle, c’est-à-dire qui a conscience de son immortalité, du jour où elle vit intellectuellement, où elle est dégagée des lourdeurs matérielles. Sur les milliards d’êtres humains qui ont peuplé la Terre, la proportion des âmes ayant conscience de leur immortalité et gardant le souvenir de leurs existences passées est faible, même sur Jupiter, où elles vivent actuellement. Mais le progrès est la loi de la nature et toutes doivent atteindre un jour cette valeur consciente. C’est la force psychique qui meut le monde. L’univers est un dynamisme. Ce qui est visible pour l’œil du corps est composé d’éléments invisibles. Ce que l’on voit est fait de choses qui ne se voient pas. Les classifications scientifiques qui ont pendant tant de millions d’années constitué la science humaine ont été fondées sur des sensations superficielles ; mais l’humanité a appris, par l’analyse même de ces sensations, par l’observation et par l’expérience, que des forces immatérielles régissent l’univers, que les âmes sont des réalités, des êtres indestructibles, qu’elles peuvent communiquer et se manifester à distance, que l’espace n’est pas une séparation entre les mondes, mais un lien, que la petite Terre qui termine en ce moment son histoire est un astre du ciel, comme ses voisines, et que son humanité n’aura été qu’une province de l’immense création. Et comment cette humanité s’est-elle aussi longuement perpétuée ? Par la loi suprême de l’attraction amoureuse. C’est l’amour qui a jeté les âmes dans le creuset universel. C’est l’amour qui doit régner au-delà des temps, comme dans l’histoire humaine. C’est lui le créateur perpétuel, l’image sensible et charmante de la Puissance invisible et inconnaissable qui irradie éternellement dans l’insondable mystère… »

Ainsi, dans ces derniers jours du monde, les deux derniers descendants de l’humanité causaient encore entre eux des grands problèmes qui avaient, dans tous les âges, sollicité la curiosité humaine. Ils s’étaient rattachés à la vie et à l’espérance divine de l’au-delà, qui en cet instant suprême rayonna dans leurs cœurs comme une lumière éclatante et inextinguible. C’était là le vrai et réel soleil. Le soleil terrestre brillait et chauffait toujours. Ils se voyaient vivre longtemps encore. Le système de circulation des eaux et de l’extraction des principes alimentaires fonctionnait sous les efforts des serviteurs acharnés, et la dernière heure ne paraissait pas encore prête à sonner au cadran séculaire des destinées.

Mais un jour, quelque merveilleux qu’il fût, le système s’arrêta. Les eaux souterraines elles-mêmes ne coulèrent plus. Le sol fut gelé jusqu’à une grande profondeur. Les rayons du Soleil échauffaient toujours l’air dans les habitations aux toits de verre, mais aucune plante ne pouvait plus vivre : l’eau manquait.

Tous les efforts combinés de la science et de l’industrie n’avaient pu donner à l’atmosphère terrestre des qualités nutritives, comme en est naturellement douée l’atmosphère de certains mondes, et l’organisme humain réclamait toujours les principes reconstituants que ces efforts avaient obtenus, comme nous l’avons vu, de l’air, des eaux et des plantes. Désormais les sources étaient taries.

La condamnation était prononcée.

Après s’être heurté à tous les obstacles infranchissables et avoir reconnu l’inutilité de la lutte, le dernier couple humain ne se résigna point à attendre la mort. Autrefois, avant qu’ils se connussent, l’un et l’autre, séparément, l’attendait sans crainte. Mais maintenant chacun d’eux voulait disputer l’être aimé à l’impitoyable destinée. L’idée seule de voir Omégar gisant inanimé auprès d’elle frappait Éva d’un tel sentiment de douleur qu’elle ne pouvait en supporter l’image. Et lui se désespérait de ne pouvoir enlever sa bien-aimée de ce monde condamné au néant, s’envoler avec elle vers ce brillant Jupiter qui les attendait, et ne point laisser à la Terre ce beau corps adoré.

Il songea que peut-être il existait encore sur le globe quelque région gardant un peu de cette eau bienfaisante sans laquelle la vie s’évanouissait, et, quoique déjà sans forces l’un et l’autre, il prit la résolution suprême de partir à cette recherche. L’aéronef électrique fonctionnait encore. Abandonnant la dernière cité humaine, qui n’était plus qu’un tombeau ; les deux derniers descendants de l’humanité disparue oublièrent les régions inhospitalières et partirent à la recherche de quelque oasis inconnue.

Les anciens royaumes du monde passèrent sous leurs pieds. Ils reconnurent les vestiges des derniers foyers illustrés par les splendeurs de la civilisation et qui semaient çà et là des ruines le long de la zone équatoriale. Tout était mort. Omégar revit la vieille cité qu’il avait quittée naguère, mais il savait que là aussi la suprême ressource de vie manquait, et ils n’y descendirent point. Ils parcoururent ainsi, dans leur aéronef solitaire, les régions qui avaient reçu les dernières étapes de l’histoire ; mais partout les ruines et la mort, partout le silence, partout le désert glacé. Plus de prairies, plus de plantes, même polaires ; les derniers cours d’eau se dessinaient comme sur une carte géographique et l’on sentait que sur leur parcours la vie terrestre s’était prolongée ; mais ils s’étaient désormais desséchés pour toujours, et, lorsque parfois on distinguait dans les bas-fonds quelque lac immobilisé, ce lac était de pierre : le soleil, même à l’équateur, ne fondait plus les glaces éternelles. Les animaux, sortes d’ours à longs poils, que l’on voyait encore errant sur la terre gelée, trouvaient avec peine dans les anfractuosités une maigre nourriture végétale. On apercevait aussi de temps en temps des espèces de morses et de pingouins marchant sur les glaces, et de grands oiseaux polaires gris voletant gauchement et s’abattant tristement.

Les condamnés ne trouvèrent en aucun point l’oasis cherchée. La Terre était bien morte.

La nuit arrivait. Aucun nuage au ciel. Un courant moins froid, venant du sud, les avait portés au-dessus de l’ancienne Afrique, devenue terre glaciale. Le mécanisme de l’aéronef avait cessé de fonctionner. Le froid, plutôt que la faim encore, les jetait sans force au fond de leur nacelle construite en peaux d’ours polaires.

Ils crurent apercevoir une ruine et mirent pied à terre. C’était une immense base quadrangulaire montrant les vestiges d’assises d’énormes pierres. On pouvait encore reconnaître l’antique pyramide égyptienne. Construction séculaire fondée pour l’éternité, elle avait d’abord survécu au milieu du désert à la disparition de la civilisation qu’elle représentait ; plus tard elle était descendue au-dessous du niveau de la mer avec toute la terre d’Égypte, de Nubie et d’Abyssinie ; ensuite elle était remontée à la lumière et avait été luxueusement restaurée au sein d’une nouvelle capitale et d’une nouvelle civilisation plus éclatante que les splendeurs de Thèbes et de Memphis ; puis enfin elle avait été abandonnée au sein des solitudes. C’était le seul monument des premiers âges de l’humanité qui subsistât, et il le devait à la stabilité de sa forme géométrique.

« Reposons-nous, restons ici, dit Éva, s’abandonnant, souriante et plaintive. Puisque nous sommes condamnés à mort – et d’ailleurs qui ne l’a pas été ? – je veux mourir en repos dans tes bras. »

Ils cherchèrent une anfractuosité dans les ruines et s’assirent l’un près de l’autre en face de l’immense solitude. La jeune femme se blottissait fiévreusement, en serrant son époux dans ses bras, essayant encore de lutter par son énergie contre l’envahissement du froid qui la pénétrait. Lui l’avait attirée sur son cœur et la réchauffait de ses baisers.

« Je t’aime, et je meurs, fit-elle. Mais non, tu l’as dit, nous ne mourrons pas. Vois-tu l’étoile qui nous appelle ! »

Au même moment, ils entendirent derrière eux, sortant du tombeau de Khéops, un bruit léger, rappelant celui du vent dans les feuilles. Frémissants, ils se tournèrent d’un même mouvement vers le côté d’où venait le bruit. Une ombre blanche, qui semblait lumineuse par elle-même, car la nuit était déjà sombre, et il n’y avait pas de clair de lune, glissait plutôt qu’elle ne marchait, s’approchant d’eux. Elle vint s’arrêter devant leurs yeux effrayés et stupéfaits.

« Ne craignez rien, dit-elle, je viens vous recevoir. Non, vous ne mourrez point. Personne n’est jamais mort. Le temps tombe dans l’éternité. L’éternité demeure. Je fus Khéops, roi d’Égypte, et j’ai régné ici aux anciens jours du monde terrestre. Depuis j’ai expié mes crimes en plusieurs existences d’esclave, et, lorsque mon âme eut mérité l’immortalité, j’ai habité Neptune, Ganymède, Rhéa, Titan, Saturne, Mars, d’autres mondes, inconnus de vous. Jupiter est actuellement mon séjour. Aux temps de la grandeur de l’humanité terrestre, ce globe était inhabitable pour l’intelligence : il parcourait ses périodes de préparation. C’est ce monde immense qui reçoit maintenant l’héritage des progrès terrestres. Les mondes se succèdent dans le temps comme dans l’espace. Tout est éternel, tout se fond dans le Divin. Confiez-vous à moi. Venez ! »

Et, tandis que le vieux Pharaon parlait encore, ils sentirent un délicieux fluide pénétrer leur être mental, comme il arrive parfois lorsque l’oreille est entièrement séduite par une exquise mélodie. La sensation d’un bonheur calme et transcendant coula dans leurs veines. Jamais aucun songe, jamais aucune extase n’avait donné une telle jouissance.

Éva serra encore Omégar dans ses bras défaillants. « Je t’aime !… Je t’aime ! » répéta-t-elle. Sa voix n’était plus qu’un souffle. Il posa ses lèvres sur sa bouche déjà glacée et l’entendit encore qui murmurait en frissonnant : « Oh comme je l’aurais aimé !… »

L’astre de Jupiter étincelait au ciel.

Éva rouvrit les yeux, fixa son regard sur l’immense planète et parut s’abîmer dans sa lumière, comme fascinée par une vision. Tout à coup son visage s’illumina dans une rayonnante extase. On voit souvent, au moment du dernier soupir, une lueur d’ineffable tranquillité s’étendre sur la physionomie du mourant qui, délivré de ses souffrances, semble s’endormir dans un rêve enchanteur. Ainsi, et plus radieusement, en une illumination divine, fut transfiguré le visage de la dernière femme. Elle voulut parler. Elle étendit les bras vers Jupiter. Ranimée par une force nouvelle, elle s’écria, transportée d’admiration :

« Oui, c’est vrai. La voilà, la Vérité, celle que tu m’as fait pressentir. Qu’ils sont beaux ! Esprits immortels, je suis avec vous. Ah ! tu l’as dit, rien ne meurt. Je suis consolée. Omégar est avec moi. Nous continuons de vivre, nous vivons, nous vivons, toujours nous vivons ! »

Et elle s’exaltait encore. Illuminés d’enthousiasme, ses yeux se tournèrent vers Omégar. Mais elle ne le vit pas. « Oui, dit-elle, il est avec moi. Nous vivons, nous sentons, nous voyons. Le bonheur est dans la vie, dans la vie… éternelle. »

Poussée par une force surnaturelle, elle s’était levée, comme si elle avait voulu s’envoler dans l’immensité du ciel ; mais, tournoyant sur elle-même, elle était retombée clans les bras d’Omégar qui s’était précipité pour la recevoir. Elle était morte en prononçant le dernier mot.

Il colla ses lèvres sur les siennes et, traversé d’un frisson glacial, sentit lui-même que sa propre vie s’évanouissait. Son cœur précipita ses battements, et, tout d’un coup, s’arrêta.

Leurs regards s’étaient éteints ensemble en recevant les rayons de Jupiter, et doucement leurs yeux se fermèrent.

L’ombre de Khéops s’éleva dans l’espace et disparut. Celui qui aurait pu la voir, non point avec les yeux du corps qui ne perçoivent que les vibrations physiques, mais avec ceux de l’esprit qui savent percevoir les vibrations psychiques, celui-là aurait vu, emportées par cette ombre, deux petites flammes brillant l’une près de l’autre et mariées dans une même attraction, montant ensemble dans les cieux.

Alors il ne resta plus sur la Terre que quelques groupes humains chétifs, mourant de froid et de faim, sortes d’Esquimaux sauvages vêtus de peaux de bêtes, cherchant dans les dernières cavernes leur dernier abri, leur suprême tombeau. La race humaine intelligente était bien finie. Des espèces animales dégénérées survécurent encore pendant quelques milliers, d’années. Puis, insensiblement, graduellement, toute la vie terrestre s’éteignit.

Ces événements se passèrent, comme nous l’avons vu, dix millions d’années après l’époque à laquelle nous vivons. Le Soleil brilla encore pendant vingt millions d’années, Jupiter et Saturne étant alors le siège de générations florissantes.

Mais la Terre était bien morte. Elle continua de rouler dans l’espace comme un morne cimetière sur lequel aucun oiseau ne chanta plus. Un silence éternel enveloppa les ruines de l’humanité défunte. Toute l’histoire humaine s’était évanouie comme une vaine fumée.

Et dans l’abîme céleste pas une pierre mortuaire, pas un souvenir ne marqua la place où notre pauvre planète avait rendu son dernier soupir.

ÉPILOGUE

APRÈS LA FIN DU MONDE TERRESTRE

Dissertation philosophique finale.

Alors l’ange jura, par Celui qui vit dans les siècles des siècles, qu’il n’y aurait plus de temps désormais.

APOCALYPSE, X, 6.

La Terre était morte. Les autres planètes étaient mortes l’une après l’autre. Le Soleil était éteint. Mais les étoiles brillaient toujours : il y avait toujours des soleils et des mondes.

Dans l’éternité sans mesure, le temps, essentiellement relatif, est déterminé par le mouvement de chacun des mondes, et même, en chaque monde il est apprécié diversement, selon les sensations personnelles des êtres. Chaque globe mesure sa propre durée. Les années de la Terre ne sont pas celles de Neptune. L’année de Neptune égale cent soixante-quatre des nôtres, et n’est pas plus longue dans l’absolu. Il n’y a pas de commune mesure entre le temps et l’éternité. Dans l’espace vide, il n’y a pas de temps : on n’est là en aucune année, en aucun siècle ; mais il y a cependant la possibilité d’une mesure qu’y déterminerait l’arrivée d’un globe tournant.

Sans mouvement périodique, on ne peut avoir aucune notion d’un temps quelconque.

La Terre n’existait plus. Ni la Terre, ni sa voisine céleste la petite île de Mars, ni le beau globe de Vénus, ni le monde colossal de Jupiter, ni l’univers étrange de Saturne qui avait perdu son auréole, ni les planètes lentes d’Uranus et de Neptune, ni même le sublime Soleil dont les feux avaient pendant tant de siècles fécondé les célestes patries gravitant dans sa lumière. Le Soleil était un boulet noir, les planètes étaient d’autres boulets noirs, et ce système invisible continuait de courir dans l’immensité étoilée, au sein du froid de l’espace obscur. Au point de vue de la vie, tous ces mondes étaient morts, n’existaient plus. Ils survivaient à leur antique histoire comme les ruines des villes mortes de l’Assyrie que l’archéologue découvre dans le désert sauvage, et roulaient obscurs dans l’invisible et dans l’inconnu. Tout cela était ultra-glacé, à 273 degrés au-dessous de zéro.

Nul génie, nul devin n’aurait pu reconstruire le temps évanoui, ressusciter les anciens jours où la Terre flottait ivre de lumière, avec ses belles plaines verdoyantes s’éveillant au soleil du matin, ses rivières ondulant comme de longs serpents le long des prés verts, ses bois animés du chant des oiseaux, ses forêts profondes aux ombres mystérieuses, ses mers se soulevant sous l’attraction des marées ou mugissant dans les tempêtes, ses montagnes dont les versants débordaient de sources et de cascades, ses sillons d’or, ses jardins émaillés de fleurs, ses nids d’oiseaux, ses berceaux d’enfants, ses populations humaines laborieuses dont l’activité l’avait transformée et qui avaient vécu si joyeusement au soleil de la vie, perpétuées par les ravissements d’un amour sans fin. Alors tout ce bonheur semblait éternel. Que sont devenus ces matins et ces soirs ? ces fleurs et ces amantes ? ces rayons et ces parfums ? ces harmonies et ces joies ? ces beautés et ces rêves ? Tout a disparu.

La Terre morte. Toutes les planètes mortes. Le Soleil éteint. Tout le système solaire annulé. Le temps lui-même suspendu !

Le temps s’écoule dans l’éternité. Mais l’éternité demeure et le temps ressuscite.

Avant l’existence de la Terre, pendant toute une éternité, il y a eu des soleils et des mondes, des humanités vivant et agissant comme la nôtre aujourd’hui. Elles vivaient ainsi dans le ciel il y a des millions et des millions d’années, et alors notre Terre n’existait pas. L’univers antérieur n’était pas moins brillant que le nôtre. Après nous, ce sera comme avant nous : notre époque n’a pas d’importance. En examinant l’histoire passée de la Terre, nous pourrions remonter d’abord à l’époque primitive où notre planète brillait dans l’espace, véritable soleil ; nous la verrions ensuite à l’époque où, semblable à Jupiter et à Saturne, elle a été enveloppée d’une atmosphère dense et chargée de vapeurs chaudes, et nous pourrions la suivre en ses transformations jusqu’à la période humaine. Nous venons de voir aussi que, lorsque sa chaleur fut entièrement dissipée, lorsque ses eaux furent absorbées, lorsque la vapeur d’eau de son atmosphère eut disparu et que cette atmosphère fut plus ou moins absorbée elle-même par la planète, notre globe dut offrir l’image de ces grands déserts lunaires révélés par le télescope, avec les différences individuelles de la nature terrestre régie par ses propres éléments, avec ses dernières configurations géographiques, ses derniers rivages et ses derniers cours d’eau desséchés. Cadavre planétaire ! Terre morte et glacée, elle emporte toutefois dans son sein une énergie non perdue, celle de son mouvement de translation autour du Soleil, laquelle énergie, transformée en chaleur par l’arrêt de ce mouvement, suffirait pour fondre le globe entier, en réduire une partie en vapeur et recommencer pour notre planète une nouvelle histoire, mais de bien courte durée ; car, si ce mouvement de translation venait à cesser, la Terre tomberait dans le Soleil et perdrait son existence propre. Arrêtée tout d’un coup, elle tomberait en ligne droite vers le Soleil, avec une vitesse croissante qui la précipiterait sur lui en soixante-cinq jours ; arrêtée graduellement, elle tomberait en spirale et viendrait après un temps plus long s’évanouir dans l’astre central.

L’histoire entière de la vie terrestre est là devant nos yeux, elle a son commencement et sa fin : sa durée, quelque soit le nombre des siècles qui la composent, est précédée par une éternité, suivie par une éternité, de telle sorte qu’elle ne représente, en définitive, qu’un instant perdu dans l’infini, une vague imperceptible sur l’immense océan des âges.

Longtemps après que la Terre eut cessé d’être le séjour de la, vie, les mondes gigantesques de Jupiter et de Saturne, arrivés plus lentement de la phase solaire à la phase planétaire, régnèrent à leur tour au sein du système solaire, dans le rayonnement d’une vitalité incomparablement supérieure à toute l’histoire organique de notre globe. Mais pour eux aussi les jours de la vieillesse arrivèrent, et eux aussi descendirent dans la nuit du tombeau.

Navigateurs lancés pour n’atteindre aucun port !

SULLY PRUDHOMME, Le Zénith.

Si la Terre avait conservé assez longtemps ses éléments de vitalité, comme Jupiter, par exemple, elle ne serait morte que par l’extinction du Soleil mère. Mais la durée de la vie des mondes est en proportion de leur grandeur et de leurs éléments de vitalité.

La chaleur solaire est due à deux sources principales : la condensation de la nébuleuse primitive et la chute des météores. La première cause a produit, d’après les calculs les mieux établis de la thermodynamique, une chaleur surpassant de dix-huit millions de fois celle que le Soleil rayonne par an, en supposant que la nébuleuse primitive ait été froide, ce qui n’est pas probable. En continuant de se condenser, le Soleil peut rayonner sans rien perdre pendant des siècles et des siècles.

La chaleur émise à chaque seconde est égale à celle qui résulterait, de la combustion de onze quatrillions six cent mille milliards de tonnes de charbon de terre brûlant ensemble ! La Terre n’arrête au passage que la demi-milliardième partie de ce rayonnement, et ce demi-milliardième suffit pour entretenir l’immense feu de la vie terrestre tout entière. Sur soixante-sept millions de rayons de lumière et de chaleur que le Soleil envoie dans l’espace, un seul est reçu et utilisé par les planètes.

Eh bien, pour conserver cette source de chaleur, il suffirait que le globe solaire continuât de se condenser de telle sorte que son diamètre ne diminuât que de 77 mètres par an, soit de 1 kilomètre en treize ans. Cette contraction est si lente qu’elle serait tout à fait imperceptible à l’observation. Il faudrait neuf mille cinq cents ans pour réduire le diamètre d’une seule seconde d’arc.

Si même le Soleil était encore actuellement gazeux, sa chaleur, loin de diminuer ou même de rester stationnaire, s’accroîtrait encore par la contraction seule ; car, si un corps gazeux se condense, d’une part, en se refroidissant, d’autre part, la chaleur engendrée par la contraction est plus que suffisante pour empêcher la température de s’abaisser, et la chaleur augmente jusqu’à ce que la condensation commence sous forme liquide. Le Soleil semble arrivé à ce point.

La condensation du globe solaire, dont la densité n’est encore que le quart de celle du globe terrestre, peut donc à elle seule entretenir pendant bien des siècles (au moins dix millions d’années) la chaleur et la lumière de l’astre radieux. Mais nous venons de parler d’une seconde source d’entretien de cette température : la chute des météores. Il en tombe constamment sur la Terre : cent quarante-six milliards d’étoiles filantes par an. Il en tombe incomparablement plus sur le Soleil, à cause de son attraction prépondérante. S’il en recevait par an environ la centième partie de la masse de la Terre, cette chute suffirait pour entretenir son rayonnement, non point par la combustion de ces météores, – car, si le Soleil se consumait lui-même, il n’aurait pas duré plus de six mille ans, – mais par la transformation en chaleur du mouvement subitement arrêté, et égal à 650 000 mètres dans la dernière seconde de chute, tant l’attraction solaire est intense.

La Terre tombant sur le Soleil entretiendrait pendant 95 ans la dépense actuelle d’énergie du Soleil ;

Vénus pendant 84 ans ;

Mercure pendant 7 ans ;

Mars pendant 13 ans ;

Jupiter pendant 32254 ans ;

Saturne pendant 9652 ans ;

Uranus pendant 1610 ans ;

Et Neptune pendant 1890 ans.

C’est-à-dire que la chute de toutes les planètes dans le Soleil produirait assez de chaleur pour entretenir sa production pendant près de quarante-six mille ans.

Il est donc certain que la chute des météores ajoute une longue durée à l’entretien de la chaleur solaire. Un trente-trois-millionième de la masse solaire ajouté chaque année suffirait pour compenser la perte, et la moitié seulement si l’on admettait que la condensation ait une part égale à celle de la chute des météores dans l’entretien de la chaleur solaire ; il faudrait des siècles pour que les astronomes s’en aperçussent par l’accélération des révolutions planétaires.

Nous pouvons donc admettre, au minimum, vingt millions d’années à l’avenir solaire par ces deux causes seules. Il ne serait point exagéré d’aller jusqu’à trente. Et cette durée peut encore être augmentée par la réserve des causes inconnues, sans même songer à la rencontre d’un essaim météorique.

Le Soleil resta donc le dernier vivant de son système, le dernier animé du feu vital.

Mais lui aussi s’éteignit. Après avoir si longtemps versé sur ses filles célestes les rayons vivificateurs de sa lumière, il vit ses taches augmenter en nombre et en étendue, sa brillante photosphère se ternir, et sa surface jadis étincelante s’assombrir et se figer. Un énorme boulet rouge remplaça dans l’espace l’éblouissant foyer des mondes disparus.

Longtemps l’astre énorme conserva à sa surface une température élevée et une sorte d’atmosphère phosphorescente ; son sol vierge donna naissance à des flores merveilleuses, à des faunes inconnues, à des êtres absolument différents en organisation de tous ceux qui s’étaient succédé sur les mondes de son système, éclairés par la lumière stellaire et par des effluves électriques formant une sorte d’atmosphère autour de l’antique foyer.

Pour lui aussi, la dernière fin arriva, et l’heure sonna à l’horloge éternelle des destinées, où le système solaire tout entier fut rayé du livre de vie. Et successivement toutes les étoiles, dont chacune est un soleil, tous les systèmes solaires, tous les mondes eurent le même sort…

Et pourtant l’univers continua d’exister comme aujourd’hui.

Tout sera, tout semble être, et tout n’est que néant.

BOUDDHA.

La science mathématique nous dit : « Le système solaire ne parait plus posséder actuellement que la quatre cent cinquante-quatrième partie de l’énergie transformable qu’il avait lorsqu’il était à l’état de nébuleuse. Bien que ce résidu constitue encore un approvisionnement dont l’énormité confond notre imagination, il sera un jour dépensé aussi. Plus tard, la transformation sera accomplie pour l’univers entier, et il finira par s’établir un équilibre général de température comme de pression.

L’énergie ne sera plus alors susceptible de transformation. Ce sera non pas l’immobilité absolue, puisque la même somme d’énergie existera toujours sous forme de mouvements atomiques, mais l’absence de tout mouvement sensible, de toute différence et de toute tendance, c’est-à-dire la mort définitive. »

Voilà, ce que dit notre science mathématique actuelle.

L’observation établit, en effet, que d’une part la quantité de matière reste constante, que d’autre part la quantité de force ou d’énergie reste aussi constante, à travers toutes les transformations des corps et des positions, mais que l’univers tend à un état d’équilibre, à l’état de la chaleur uniformément répartie. La chaleur du Soleil et de tous les astres, paraît due à la transformation des mouvements initiaux, aux chocs des molécules, et la chaleur actuelle provenant de cette transformation de mouvement rayonne constamment dans l’espace, ce qui durera jusqu’à ce que tous les astres soient refroidis à la température de l’espace même. Si nous considérons nos sciences actuelles, la mécanique, la physique et les mathématiques, comme valables, et si nous admettons la permanence des lois qui régissent aujourd’hui la nature et notre raisonnement humain, tel est le sort réservé à l’univers.

Loin d’être éternelle, la Terre où nous vivons a commencé. Dans l’éternité, cent millions d’années, un milliard d’années ou de siècles sont comme un jour : il y a l’éternité avant et l’éternité après, et la longueur apparente de la durée s’évanouit pour se réduire à un point. L’étude scientifique de la nature et la connaissance de ses lois nous ramènent donc à la question autrefois posée par les théologiens, qu’ils s’appellent Zoroastre, Platon, saint Augustin ou saint Thomas d’Aquin, ou que ce soit un naïf séminariste tonsuré de la veille : « Qu’est-ce que Dieu faisait avant la création du monde et que fera-t-il après sa fin ? » ou, sous une forme moins anthropomorphique, puisque Dieu est inconnaissable : « Quel était l’état de l’univers antérieurement à l’ordre actuel des choses et que sera-t-il après ? »

La question est la même, soit que l’on admette un Dieu personnel, raisonnant et agissant dans un certain but, soit que l’on n’admette l’existence d’aucun esprit dans la nature, mais seulement des atomes indestructibles et des forces représentant une quantité d’énergie invariable et non moins indestructible. Dans le premier cas, pourquoi Dieu, puissance éternelle et non créée, serait-il resté d’abord inactif, ou, étant resté inactif, satisfait de son immensité absolue que rien ne peut accroître, pourquoi aurait-il changé cet état et aurait-il créé la matière et les forces ? Le théologien peut répondre : « Parce que cela lui a fait plaisir. » Mais le philosophe n’est pas satisfait de cette variation dans l’idée divine. Dans la seconde conception du monde, puisque l’origine de l’ordre actuel des choses ne remonte qu’à une certaine date et qu’il n’y a pas d’effet sans cause, nous avons le droit de demander quel était l’état antérieur à la formation de l’univers actuel.

Il n’est pas contestable, certainement, que, quoique l’énergie soit indestructible, il y a une tendance universelle à sa dissipation, qui doit amener un état de repos universel et de mort, et le raisonnement mathématique est impeccable.

Cependant nous ne l’admettons pas.

Pourquoi ?

Parce que l’univers n’est pas une quantité, finie.

Devant l’éternité tout siècle est du même âge.

LAMARTINE, Harmonies.

Il est impossible de concevoir une limite à l’étendue de la matière. Nous avons devant nous, à travers un espace sans fin, la source intarissable de la transformation, de l’énergie potentielle en mouvement sensible, et de là en chaleur et en autres forces, et non pas un simple mécanisme fini marchant comme une horloge et s’arrêtant pour toujours.

L’avenir de l’univers, c’est son passé. Si l’univers devait un jour avoir une fin, il y a longtemps qu’elle serait arrivée, et nous ne serions pas ici pour étudier ce problème.

C’est parce que nos conceptions sont finies que nous voyons aux choses un commencement et une fin. Nous ne concevons pas qu’une série absolument sans fin de transformations puisse exister dans l’avenir ou dans le passé, ni que des séries également sans fin de combinaisons matérielles puissent se succéder de planètes en soleils, de soleils en systèmes de soleils, de ceux-ci en voies lactées, en univers stellaires, etc., etc. Le spectacle actuel du ciel est pourtant là pour nous montrer l’infini. Nous ne comprenons pas davantage l’infinité de l’espace ni l’infinité du temps, et pourtant nous comprenons encore moins une limite quelconque à l’espace ou au temps, car notre pensée saute au delà de cette limite et continue de voir. On marcherait toujours dans une direction quelconque de l’espace sans en trouver la fin, et toujours aussi on peut imaginer un ordre de succession dans les choses futures.

Absolument parlant, ce n’est ni l’espace ni le temps que nous devons dire, sans doute, mais l’infini et l’éternité, dans le sein desquels toute mesure, quelque longue qu’elle soit, n’est plus qu’un point.

Nous ne concevons pas, nous ne comprenons pas l’infini, dans l’espace ou dans la durée, parce que nous en sommes incapables, mais cette incapacité ne prouve rien contre l’absolu. Tout en avouant que nous ne comprenons pas, nous sentons que l’infini nous environne et qu’un espace limité par un mur, par une barrière quelconque, est une idée absurde en soi, de même qu’à un moment quelconque de l’éternité nous ne pouvons pas ne pas admettre la possibilité de l’existence d’un système de mondes dont les mouvements mesureraient le temps sans le créer. Est-ce que nos horloges créent le temps ? Non. Elles ne font que le mesurer. Nos mesures de temps et d’espace s’évanouissent devant l’absolu. Mais l’absolu demeure.

Nous vivons dans l’infini sans nous en douter. La main qui tient cette plume est composée d’éléments éternels et indestructibles, et les atomes qui la constituent existaient déjà dans la nébuleuse solaire dont notre planète est sortie, et au delà des siècles ils existeront toujours. Vos poitrines respirent, vos cerveaux pensent, avec des matériaux et des forces qui agissaient déjà il y a des millions d’années, et qui agiront sans fin. Et le petit globule que nous habitons est au fond de l’infini, – non point au centre d’un univers borné, – au fond de l’infini, aussi bien que l’étoile la plus lointaine que le télescope puisse découvrir.

La meilleure définition de l’univers qui ait été donnée est encore celle que Pascal a répétée et à laquelle il n’y avait et il n’y a rien à ajouter : « Une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part »

C’est cet infini qui assure l’éternité de l’univers.

Étoiles après étoiles, systèmes après systèmes, myriades après myriades, milliards après milliards, univers après univers, se succèdent sans fin dans tous les sens. Nous n’habitons pas vers un centre qui n’existe point, et aussi bien que l’étoile la plus lointaine dont nous venons de parler, la Terre gît au fond de l’infini.

Sans fin dans l’espace. Volons par la pensée dans une direction quelconque du ciel, avec une vitesse quelconque, pendant des mois, des années, des siècles, toujours, toujours, jamais nous ne serons arrêtés par une limite, jamais nous n’approcherons d’une frontière : toujours nous resterons au vestibule de l’infini ouvert devant nous…

Sans fin dans le temps. Vivons par la pensée au delà des âges futurs, ajoutons les siècles aux siècles, les périodes séculaires aux périodes séculaires, jamais nous n’atteindrons la fin : toujours nous resterons au vestibule de l’éternité ouverte devant nous…

Dans notre petite sphère d’observation terrestre, nous constatons que, à travers tous les changements d’aspects de matière et de mouvement, la même quantité de matière et de mouvement demeure, sous d’autres formes. Matière et forces se transforment, mais la même quantité de masse et de puissance subsiste. Les êtres vivants nous donnent cet exemple perpétuel : ils naissent, grandissent en s’agrégeant des substances puisées dans le monde extérieur et, lorsqu’ils meurent, se désagrègent et rendent à la nature tous les éléments dont leur corps avait été formé. Une loi permanente reconstitue perpétuellement d’autres corps avec ces mêmes éléments. Tout astre est comparable à un être organisé, même au point de vue de sa chaleur intérieure. Un corps reste vivant tant que les diverses énergies de ses organes fonctionnent par suite des mouvements de la respiration et de la circulation. Lorsque l’équilibre et le repos arrivent, la mort en est la conséquence ; mais, après la mort, toutes les substances dont le corps a été formé vont reconstituer d’autres êtres. La dissolution est le prélude d’un renouvellement et de la formation d’êtres nouveaux. L’analogie nous porte à croire qu’il en est de même dans le système cosmique. Rien ne peut être détruit. Ce qui subsiste, invariable en quantité, mais toujours changeant de forme sous les apparences sensibles que l’univers nous présente, c’est une Puissance incommensurable que nous sommes obligés de reconnaître comme sans limite dans l’espace et sans commencement ni fin dans le temps.

Voilà pourquoi il y aura toujours des soleils et des mondes, qui ne seront ni nos soleils ni nos mondes actuels, qui seront autres, mais qui toujours se succéderont durant l’interminable éternité.

Et cet univers visible ne doit représenter pour notre esprit que les apparences variables et changeantes de la RÉALITÉ absolue et éternelle constituée par l’univers invisible.

Il mit l’Éternité par delà tous les Ages ;

Par delà tous les cieux il jeta l’infini.

V. Hugo. Jéhovah.

C’est en vertu de cette loi transcendante que, longtemps après la mort de la Terre, des planètes géantes et de l’astre central lui-même, tandis que notre vieux soleil noir voguait toujours dans l’immensité sans bornes, emportant avec lui les mondes défunts où les humanités terrestres et planétaires avaient autrefois lutté dans les futiles combats de la vie quotidienne, un autre soleil éteint, venant aussi des profondeurs de l’infini, le rencontra presque de face… et l’arrêta !

Alors, dans la nuit profonde de l’espace, ces deux, boulets formidables créèrent tout d’un coup par ce choc prodigieux un feu céleste immense, une vaste nébuleuse gazeuse, qui oscilla d’abord comme une flamme folle, et s’envola ensuite vers des cieux inconnus. Sa température était de plusieurs millions de degrés. Tout ce qui avait été terre, eaux, air, minéraux, plantes, hommes ici-bas, tout ce qui avait été chair, regards, cœurs palpitants d’amour, beautés séductrices, cerveaux pensants, mains tenant le glaive, vainqueurs ou vaincus, bourreaux ou victimes, atomes et âmes inférieures non dégagées de la matière, tout était devenu feu. Et ainsi des mondes de Mars, Vénus, Jupiter, Saturne et leurs frères. C’était la résurrection de la nature visible, tandis que les âmes supérieures qui avaient acquis l’immortalité continuaient de vivre sans fin dans les hiérarchies de l’univers psychique invisible. La conscience de tous les êtres humains qui avaient vécu sur la Terre s’était élevée dans l’idéal ; les êtres avaient progressé par leurs transmigrations à travers les mondes, et tous revivaient en Dieu, dégagés des lourdeurs de la matière, planant dans la lumière éternelle, progressant toujours. L’univers apparent, le monde visible est le creuset dans lequel s’élabore incessamment l’univers psychique, le seul réel et définitif.

L’effroyable choc des deux soleils éteints créa une immense nébuleuse gazeuse, qui absorba tous les anciens mondes, transformés en vapeur, et qui, superbe, gigantesque, planant dans l’espace infini, se mit à tourner sur elle-même.

Et dans les zones de condensation de cette nébuleuse primordiale, de nouveaux globes commencèrent à naître, comme autrefois à l’aurore de la Terre.

Et ce fut là un recommencement du monde, une genèse que de futurs Moïse et de futurs Laplace racontèrent.

Et la création se continua, nouvelle, diverse, non terrestre, non martienne, non saturnienne, non solaire, autre, extra-terrestre, surhumaine, intarissable.

Et il y eut d’autres humanités, d’autres civilisations, d’autres vanités ; d’autres Babylones, d’autres Thèbes, d’autres Athènes, d’autres Romes, d’autres Paris ; d’autres palais, d’autres temples ; d’autres gloires, d’autres amours, d’autres lumières. Mais toutes ces choses n’eurent plus rien de la Terre, dont les effigies s’étaient effacées comme des ombres spectrales.

Et ces univers passèrent à leur tour.

Et d’autres leur succédèrent. À une certaine époque perdue dans l’éternité future, toutes les étoiles de la voie lactée tombèrent vers un centre commun de gravité et constituèrent un immense et formidable soleil, centre d’un système dont les mondes énormes furent peuplés d’êtres organisés en une température incandescente pour nous, et dont les sens vibrant sous d’autres radiations, en une autre chimie, en une autre physique, leur montrèrent l’univers sous des aspects absolument inconnaissables pour nos yeux terrestres… Autres créations, autres êtres, autres pensées.

Et toujours l’espace infini resta peuplé de mondes et d’étoiles, d’âmes et de soleils ; et toujours l’éternité dura.

CAR IL NE PEUT Y AVOIR NI FIN, NI COMMENCEMENT.

[1] Depuis trois cents ans environ, l’Observatoire de Paris n’était plus que le siège de l’administration centrale de l’astronomie française. Les observations astronomiques se faisaient en des conditions incomparablement préférables à celles des cités basses, populeuses et poussiéreuses, sur des montagnes émergeant dans une atmosphère pure et isolées des distractions mondaines. Des fils téléphoniques reliaient constamment les observateurs avec l’administration centrale. Les instruments que l’on y conservait n’étaient plus guère appliqués qu’à satisfaire la curiosité de quelques savants fixés à Paris par leurs fonctions sédentaires, ou à la vérification de certaines découvertes.

[2] Il serait superflu de faire remarquer pour nos lecteurs que la langue du vingt-cinquième siècle est ici traduite en celle du dix-neuvième.

[3] Ancienne physique du globe.

[4] Thessaloniciens, IV, 16: « Aussitôt que le signal aura été donné par la voix de l’archange et par le son de la trompette de Dieu, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui seront morts en Jésus-Christ ressusciteront d’abord. Puis nous, qui sommes vivants et qui aurons été réservés jusqu’alors, nous serons emportés avec eux dans les nuées, pour aller au-devant du Seigneur au milieu de l’air, et ainsi nous serons pour jamais avec le Seigneur. Consolez-vous donc les uns les autres par ces vérités. »

[5] En 1033, l’année de la grande famine, les comtes de Tusculum avaient fait pape un enfant de douze ans, Benoît IX, très avancé pour son âge, déjà débauché, voleur et assassin. Il n’avait pas seize ans que le scandale était à son comble et que les capitaines de Rome jurèrent de l’étrangler à l’autel, au moment où il tiendrait Dieu dans ses mains impures. L’éclipse de soleil dont il vient d’être question le sauva; les conjurés, épouvantés, n’osèrent toucher au pape. Néanmoins, il dut s’enfuir et se réfugia à Crémone, prés de l’empereur Conrad. Henri III le rétablit en 1038, et on le vit régner encore pendant six ans à la façon d’un sultan, au milieu d’un harem. On crut qu’il allait abdiquer pour épouser la fille d’un baron romain; mais il resta pape, et le peuple le chassa de Rome en 1044 pour le remplacer par un pontife plus sérieux, Silvestre III. Quarante-neuf jours après, Benoît revenait, à la tête d’une troupe de brigands. Enfin il abdiqua l’année suivante, en échange de la rente du denier de Saint-Pierre des Anglais promis par contrat avec son successeur Grégoire VI. En l’an 1045, il y avait trois papes: Benoît IX, reconnu par le parti féodal, qui n’avait pas désarmé; Silvestre III, qui pontifiait dans un château fort des monts de la Sabine, et Grégoire VI, curé de Rome, au Vatican. L’empereur Henri III fit du même coup déposer et cloîtrer, par un concile, Grégoire et Silvestre et nomma un quatrième pape, Clément II, qui fut consacré dans la nuit de Noël 1046. Mais Benoît ne dormait pas. L’année suivante, il se précipita sur Rome comme un vautour, fit empoisonner le pape allemand, et régna encore huit mois sur le trône de Saint-Pierre. L’armée du comte de Toscane arriva à Rome avec un nouveau pape, et le fit disparaître définitivement. Il avait alors vingt-six ans. Tel fut l’un des pontifes de cette époque. Le moine Raoul Glaber ose à peine en parler; il se contente de dire: « Ce serait une chose trop horrible de rapporter l’infamie de sa vie. »

[6] Dès l’année 1893, les divers Etats de l’Europe étaient déjà endettés de cent vingt et un milliards, qui se partageaient comme il suit. Dette publique : France, 32 milliards ; Russie, 20 milliards ; Angleterre, 18 milliards; Italie,11 milliards ; Autriche-Hongrie, 10 milliards; Allemagne, 9 milliards; les quinze autres Etats, 21 milliards. Tout citoyen en naissant était grevé dans la proportion suivante: Français, 987 francs; Anglais, 505 francs; Italien, 375 francs; Autrichien, 275 francs; Russe, 220 francs; Allemand, 200 francs. Les habitants des États-Unis n’étaient, au contraire, grevés que d’une dette de 18 dollars ou 90 francs. L’imposition par tête s’élevait aux chiffres suivants: France, 104 francs; Angleterre, 57 francs; États-Unis, 50 francs; Belgique, 46 francs; Allemagne, 44 francs; Autriche, 40 francs; Russie, 36 francs; Espagne, 33 francs. L’accroissement de la dette publique, en France seulement, a été:

1869....13 414 972 937 fr

1871....19 297 205 447 fr

1873....23 274 496 972 fr

1815....24 579 854 314 fr

1880....25 925 189 094 fr

1885....29 216 648 501 fr

1890....31 090 251 051 fr

1891....31 660 747 872 fr

La France fait à elle seule, actuellement, 600 millions de nouvelles dettes chaque année. Il est vrai que des habitudes très distinguées sont spécialement vouées à l’entretien du budget: le tabac seul donne un million par jour à l’État. L’organisation sociale du monde est vraiment une chose merveilleuse!

Les dépenses exclusivement militaires suivent pour l’Europe la progression suivante :

1865....2715 millions

1870....2748 millions

1880....3981 millions.

1893....4758 millions

L’Europe a actuellement une armée de 3300000 hommes. Chacun de ces militaires coûte en moyenne 1442 francs. Chacun d’eux pourrait produire un travail utile valant, au minimum, 1000 francs par an. La barbarie européenne actuelle représente donc une perte brute d’environ 8 milliards par an, soit 22 millions par jour!… Il faudrait encore ajouter à ce chiffre le capital immobilisé et improductif du matériel de guerre, d’environ 30 milliards.

(Note de l’auteur, 4893.)

[7] Le gouvernement de lia France seule coûte, par heure, aux contribuables une somme qui augmente d’année en année dans la proportion suivante:

En 1810...115 000 francs

En 1860...250 000 francs

En 1840...150 000 francs

En 1820...119 000 francs

En 1880...395 000 francs

En 1890...404 000 Francs

Le budget annuel de la France s’élève à 3 milliards 538 millions.

[8] Dès le dix-neuvième siècle, les études des historiens de la nature avaient découvert les oscillations verticales séculaires de la croûte terrestre, variant suivant les régions, et constaté le lent abaissement du sol occidental et septentrional de la France, et l’envahissement progressif de la mer, depuis l’origine des traditions historiques. On avait vu successivement la mer détacher du continent les îles de Jersey, des Minquiers, de Chausey, des Ecrehous, de Cézembre, du Mont-Saint-Michel, et engloutir les villes d’Is, d’Hélion, de Tommen, Portzmeûr, Harbour, Saint-Louis, Monny, Bourgneuf, la Feillette, Paluel, Nazado, et la presqu’île armoricaine reculer lentement devant l’invasion des flots. De siècle en siècle, l’heure du déluge océanique avait sonné aussi pour Herbavilla, à l’ouest de Nantes; pour SaintDenis-Chef-de-Caux, au nord du Havre; pour Saint-Étienne-de-Paluel et Gardoine, au nord de Dol; pour Tolente, à l’ouest de Brest; plus de quatre-vingts lieux habités de la hollande avaient été engloutis au quinzième siècle, etc., etc. En d’autres régions, la modification s’était effectuée en sens contraire et la mer avait reculé. Mais à l’ouest et au nord de Paris, la double action de l’abaissement lent du sol et de la dégradation des rivages avait en huit mille ans amené l’océan à Paris, avec une épaisseur d’eau navigable pour les navires du plus fort tonnage.

[9] Plus d’un lecteur considérera ce climat comme très supportable, attendu que dès notre époque on peut citer sur le globe des contrées dont la température moyenne est fort inférieure à celle-là, et qui sont néanmoins habitées. Exemple Verchnoiansk, dont la température moyenne annuelle est de -19°,3. Mais, en ces contrées, il y a un été dans lequel la glace dégèle, et, s’ils ont en janvier des froids de 6o degrés et même davantage, ils ont en juillet des chaleurs de 15 et 20 degrés au-dessus de zéro. Au point où nous sommes arrivés dans l’histoire du’ monde, au contraire, cette température moyenne de la zone équatoriale était constante, et plus jamais les glaces ne pouvaient fondre.

source : Ebooks gratuits

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