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Crazy lover, chapitre 6

Zoé Vernon

Mimi était épuisée. Il lui restait deux tableaux à assurer, mais elle s’obligea à appliquer un sourire sur ses lèvres. Elle avait dormi quelques heures, mieux que les nuits blanches des semaines précédentes. Mais à partir du moment où elle avait posé un pied dans la rue pour rejoindre le cabaret, l’angoisse lui avait noué le ventre, annihilant le bienfait que ses heures de sommeil lui avaient apporté. Encore cinq soirées avant trois de repos. Et à l’idée d’être livrée à elle-même pendant ses jours de congés, une angoisse d’un autre type lui noua un peu plus les entrailles. Lorsqu’elle dansait, Mimi maîtrisait son environnement, son corps, ses émotions. La danse lui permettait de compartimenter et d’organiser ses pensées. Elle évitait de se faire des films, de se perdre dans de sombres scénarios. Elle respira profondément. Le problème de son désœuvrement elle le réglerait en temps voulu. Pour le moment, elle se concentra sur les premières notes qui annonçaient l’ouverture du tableau, ignorant les picotements familiers, et qu’elle avait maintenant identifiés, qui lui parcoururent la colonne.

*

Mais si elle se doutait de sa présence, elle s’arrêta

net dans sa progression quand elle aperçut Daniel, dans une pose similaire à la veille. Nonchalamment adossé contre la carrosserie, il était l’image même de l’homme sûr de lui, d’une beauté à couper le souffle.

Elle entendit les murmures des filles derrière elle, et avant d’être prise dans les feux croisés de leurs questions, elle leur adressa un petit signe de la main et se dirigea vers Daniel qui ne la quittait pas des yeux. Même dans l’obscurité, Mimi décelait l’intensité de son regard. Un regard qui étrangement délia les muscles de ses épaules et les nœuds qui formaient une boule dans son estomac.

Daniel ne pouvait s’empêcher de la dévorer des yeux. À l’instant où elle l’avait aperçu, il avait pu constater que sa démarche avait perdu en rigidité, comme si le fait de le voir lui enlevait un poids des épaules. Elle restait sur la réserve, mais la tension qui l’habitait semblait se dissoudre à mesure qu’elle s’approchait de lui. Même les muscles de son visage paraissaient se détendre.

Elle s’arrêta devant lui, attendant qu’il prenne la parole. Daniel profita de cette proximité pour l’observer. La crispation de ses mâchoires se relâcha sans pour autant que sa jolie bouche esquisse un sourire même si la tension autour de celle-ci s’était dissipée. Daniel prit sur lui pour ne pas l’attirer contre lui et effacer toute trace de fatigue sur son adorable visage. Malgré ses traits tirés, elle restait belle. Belle dans une fragilité qui lui donnait envie d’envoyer tout au diable et de l’emmener loin de Paris. Loin de tout.

Mimi ignorait pourquoi elle s’était dirigée vers Daniel. C’était comme si elle était aimantée. La simple vue de cet homme lui permettait de souffler, de retrouver des repères et de rééquilibrer quelque peu

son monde dont l’axe de rotation avait été totalement modifié deux mois plus tôt. Elle ne comprenait pas comment Daniel par le simple pouvoir de sa présence parvenait à pondérer le désordre qu’était sa vie. Et Mimi avait plus que besoin de retrouver un instant de repos. Même s’il ne durait que le temps d’un trajet.

Daniel invita Mimi à monter dans la voiture dans un silence qu’eux seuls parvenaient à comprendre. Il l’entendit respirer profondément quand il s’installa à son tour et ferma la portière. Une inspiration qui ne traduisait pas la nervosité de se retrouver dans un espace confiné, mais un soulagement. La certitude d’être enfin en sécurité.

Il lui lança un regard en biais. Mimi avait fermé les yeux. Elle ne dormait pas, mais il pouvait voir ses traits se détendre un peu plus. Ils ne respiraient pas non plus la sérénité, mais ils reflétaient un apaisement certain. Et rien que pour cela, Daniel ne regretta pas d’avoir modifié toute l’organisation de la société pour se concentrer uniquement sur Mimi. Greg avait pris en charge les dossiers en cours.

— Pourquoi êtes-vous là ?

Elle lui avait posé exactement la même question la veille. Il utilisa le silence pour l’obliger à ouvrir les yeux et le regarder.

— Le hasard ?

La réponse fit apparaître un sourire sur les lèvres de Mimi. Daniel l’observait avec une intensité désarmante. Elle avait l’impression grisante de sombrer dans ses yeux chocolat que l’obscurité assombrissait. Et pourtant, elle y lisait une assurance et une tendresse qui la toucha profondément.

Le hasard. Précisément ce qu’il lui avait répondu hier. Sa vie professionnelle suivait des caractéristiques invariables. Les heures qu’elle

passait à s’entraîner, à travailler avec les filles lui permettaient de rester ancrée dans la réalité. Elle ne pouvait en dire autant de sa vie privée, totalement déstructurée. Et ce « hasard » si particulier devenait une constante aussi improbable que réconfortante.

Mimi détourna le regard. Elle n’était pas certaine d’aimer ce qu’elle voyait. Il n’y avait rien de hasardeux dans la présence de Daniel cette nuit encore. Il fouillait toujours son passé.

Elle savait qu’il cherchait, et lui, savait qu’elle cachait quelque chose.

Et pourtant, en deux soirs, ils venaient d’instaurer un jeu de pouvoir et de patience. Un jeu qui n’amusait pas Mimi, car il la rapprochait dangereusement du départ. Elle prit une profonde inspiration. Elle profiterait de la partie. Peu importe ce que cela impliquerait, quelle relation elle établirait réellement avec Daniel. Inconsciemment, en montant dans sa voiture, elle venait d’accepter la partie engagée par Daniel. Elle en acceptait les règles également. La partie pouvait continuer encore quelques semaines, mais guère plus. Elle pouvait aussi se stopper brutalement. Et si elle devait s’arrêter, Mimi voulait que ce soit de son fait. Elle voulait au moins maîtriser cette part de sa vie.

Daniel était dangereux sur un bon nombre de points. Il ne lui faudrait plus longtemps pour découvrir son secret. Et ce qu’elle redoutait le plus était elle-même. Elle était trop fragile émotionnellement pour s’impliquer dans une relation quelconque avec Daniel. Et a contrario, cette même fragilité pouvait la pousser à s’investir trop loin avec Daniel. Mais c’était un risque qu’elle souhaitait prendre. Car ce risque charriait avec lui cette petite bulle d’oxygène qu’elle avait découverte hier et qui cette nuit encore se formait à nouveau dans

l’habitacle. Une petite bulle. Un peu plus grosse que la veille et qui le temps d’un trajet, l’aidait à respirer plus facilement.

*

Daniel se posta à côté de Mimi et ensemble ils gravirent les six étages dans un silence quasi monastique. Sauf que ses pensées n’avaient rien de pur ni de chaste. Il chassa les images qui hantaient son esprit, mais à chaque mouvement de Mimi se libérait une odeur florale qui l’amenait à un cheveu de lui faire perdre la tête. Avec soulagement, ils atteignirent le palier. Et comme la veille, il attrapa les clés de Mimi et lui ouvrit. Et tout comme la veille, au moment où elle entrait dans son appartement, il se pencha, son torse se pressant contre son dos, son souffle se perdant sur la nuque délicate de la jeune femme.

— Bonne nuit, douce Mimi.

Elle ne put empêcher son corps de frissonner puis se raidir quand les lèvres de Daniel effleurèrent sa peau.

Quand elle se retourna quelques secondes plus tard, le couloir était vide.

*

Greg s’installa dans le fauteuil face à Daniel. La mine renfrognée de ce dernier aurait refroidi plus d’un et personne ne se serait risqué à entrer dans son bureau. Mais Greg n’était pas du genre à s’arrêter pour si peu. Au contraire. Sans être impulsif, il aimait les défis. Et le masque de contrariété, de frustration, rectifia -t-il après avoir regardé plus longuement Daniel, était une raison supplémentaire. Au-delà de ce

qui tracassait son ami, ils devaient aussi faire le point sur les affaires en cours. Même si celle qui occupait à plein temps l’esprit de Daniel était sa principale motivation devait-il l’admettre. Il n’était pas intrusif, mais le cas de la fameuse Mimi le laissait sur sa faim, et son instinct, tout comme celui de Daniel, le poussait

croire qu’il y avait quelque chose de lourd derrière l’apparence fragile de la jeune femme.

Les deux hommes s’observèrent, chacun tentant de percer les mystères de l’autre. Impassible, Greg prit la parole :

— Du nouveau ?

— Rien, soupira Daniel après un moment. Je ne suis pas parvenu à lui soutirer quoi que soit.

Greg lui lança un regard sardonique

— Le grand séducteur est tombé sur un os, on dirait.

Daniel grogna. Sa tchatche lui avait souvent permis d’obtenir des informations. Mais dans le cas de Mimi, il s’était retrouvé devant un mutisme plus grand encore que sa détermination à comprendre ce qui se passait en ce moment dans la vie de la jeune femme. Et la remarque de Greg ne faisait que souligner ses échecs des derniers jours… et augmenter sa volonté à chercher et trouver des réponses.

— Et de ton côté ? demanda Daniel.

Greg haussa un sourcil et esquissa un sourire. Son binôme le connaissait mieux que personne. Daniel savait qu’il ne resterait pas inactif et qu’il ferait appel

ses contacts pour en savoir un peu plus.

— Rien non plus, admit Greg. Ce qui ne fait aucun doute que ce que cache ta femme promet de déranger.

— Ce n’est pas ma femme, gronda Daniel ne retenant que ces seuls propos.

— Si tu le dis…

Bon sang ! Il n’avait pas envie de s’engager dans

cette voie avec Greg. Avec personne d’autre. Il rendait service à Mathilde pour la rassurer sur son amie. Par ricochet Logan serait moins inquiet pour la santé de sa femme qui poursuivrait une fin de grossesse loin de tout stress. Point. Et plus que tout, il détestait les sous-entendus de Greg.

— Je suis en train de me concentrer sur les deux ans durant lesquels elle a totalement disparu. J’avais un peu de temps libre, alors autant l’exploiter, poursuivit Greg face au silence de Daniel. Ce dernier regarda avec attention son ami, touché par ses mots. Greg n’était pas un sentimental, ce qui ne signifiait pas qu’il était dénué de sentiments ni d’empathie. Il observait, analysait, puis frappait. Et jamais Daniel ne l’avait vu manquer sa cible. Quelle qu’elle soit. Une personne, une idée. Alors qu’il s’investisse dans une enquête que Daniel estimait comme entrant dans sa sphère privée, même si paradoxalement, il avait recruté quelques-uns de leurs meilleurs hommes pour surveiller Mimi, offrait une perspective différente. Mais surtout, soulignait l’amitié que Greg lui témoignait. Et réciproquement.

Daniel hocha la tête de façon révérencieuse.

— Merci

— De rien. Par contre, reprit rapidement Greg pour, supposa Daniel, ôter l’aspect intimiste qui saturait l’atmosphère, je pense qu’il faut se concentrer sur la période qui a précédé le moment où elle s’est volatilisée.

Analyse que Daniel avait également abordée et dont les résultats rejoignaient ceux de Greg.

— Je suis plutôt d’accord avec toi. Ce n’est pas tant les deux ans pendant lesquels elle a disparu qui m’intéressent, mais ce qui s’est passé dans sa vie juste avant.

Car les deux hommes étaient certains d’une chose.

S’il découvrait le déclencheur, il trouverait la personne que Mimi fuyait.

— Je vais creuser du côté du père et de la sœur pendant que tu te penches sur le cœur du sujet, ajouta Greg, une lueur dans les yeux, qui, si Daniel ne le connaissait pas aussi bien, aurait pu paraître malicieuse.

Daniel ignora le sous-entendu de Greg, cachant la contrariété qui le mettait de plus en plus mal à l’aise.

Bon sang ! Il était attiré par Mimi, c’était un fait indiscutable. Mais cela ne signifiait pas qu’il avait l’intention de s’investir autre que sur le plan de sa sécurité !

Il grimaça devant son propre mensonge.

*

C’était sa dernière représentation avant trois jours de repos. En attrapant son sac, Mimi se demanda si Daniel serait dehors à l’attendre, comme il le faisait depuis cinq soirs… officiellement. Car si elle faisait le compte, il traînait dans le cabaret et ses alentours depuis plus longtemps que ça. Et il ne s’en était même pas caché puisqu’il l’avait avoué à demi-mot à Celyne le premier soir où il était venu la chercher à la sortie de leur représentation.

Elle s’obligea à ne pas s’arrêter et continuer sa progression jusqu’à sa voiture. Il avait troqué son costume hors de prix pour un jean noir qui descendait bas sur ses hanches étroites et moulait ses cuisses puissantes. Son blouson de cuir, lui, soulignait son air de mauvais garçon et la faisait littéralement craquer.

Bon sang ! S’admonesta-t-elle. Un peu de tenue, ma fille.

Daniel resta le regard braqué sur la fine silhouette qui s’approchait. Il y avait quelque chose d’aérien dans sa façon de se déplacer, contrairement au premier soir. Mimi ne semblait pas plus détendue. Elle l’était. Il savait rien qu’en observant son attitude qu’elle avait baissé le niveau de ses défenses. Mimi restait prudente, mais n’abordait plus ce masque de méfiance. Il accrocha son regard quand il ouvrit la portière et ne le lâcha pas jusqu’à ce qu’il la claque.

Mimi profita de ce que Daniel a fait le tour de la voiture pour reprendre son souffle. Seigneur ! Une seconde de plus à soutenir son regard et elle frôlait la combustion spontanée.

Quelque chose avait changé dans leur rapport. Elle ne parvenait pas à dire quoi avec précision. Uniquement que, plus elle passait de temps aux côtés de Daniel, plus il prenait de place dans sa vie. En cinq petits jours seulement, il était parvenu à trouver une brèche dans la carapace qu’elle s’était bâtie en plus de dix ans et avec une facilité déconcertante s’y était introduit. Le pire était qu’elle ne souhaitait pas le chasser.

Mimi ferma les yeux, laissant ses sens prendre le dessus. La petite bulle d’oxygène dans laquelle elle respirait plus librement se chargea d’effluve sauvage, de musc et de cette odeur particulière qui n’appartenaient qu’à Daniel lorsqu’il referma sa portière. Elle entendit distinctement le cuir de son blouson craquer quand elle le devina se tourner vers elle. Elle sentit son souffle régulier et puissant. Celui d’un homme sûr de lui. Et c’était ce dont elle avait besoin. De quelqu’un qui l’espace de quelques minutes dans sa journée lui apporte ce sentiment puissant et libérateur qu’était la sécurité.

— Pourquoi êtes-vous là ? demanda-t-elle dans un murmure, connaissant déjà la réponse.

— Le hasard ?…

Daniel vit avec plaisir les lèvres de Mimi frémir timidement, puis esquisser un sourire. Impulsivement, il attrapa la main de la jeune femme. Mimi se raidit avant de se détendre. Daniel ne lui ferait pas de mal. Elle ignorait quel était son but, mais elle lui faisait confiance.

Il sentit sans peine qu’elle se crispait avant de se relâcher. Alors, il embrassa chacun de ses doigts avec lenteur, appréciant les frisons qui la parcouraient dès que sa bouche rencontrait sa peau douce et soyeuse.

Et bon sang ! Ce n’était que ses doigts.

Il puisa sur sa volonté pour ne pas empoigner la jeune femme par la taille, la soulever, la poser sur ses genoux et ravager sa bouche.

la place, il relâcha doucement sa main, démarra et engagea la voiture dans les rues de Paris.

Les battements de son cœur résonnaient lourdement. Mimi inspira profondément, mais ce n’était pas assez. L’air qui les entourait semblait s’être raréfié. La présence de Daniel dans l’étroit couloir semblait-elle prendre toute la place et aspirer l’oxygène. Ils n’avaient pas échangé un mot durant le trajet, mais les silences qui circulaient entre eux étaient chargés de promesses que Mimi ne pouvait espérer voir se réaliser.

Daniel lui attrapa ses clés quand elle les sortit de son sac. Elle sentit son torse se rapprocher de son dos, son souffle se perdre dans sa nuque quand il se pencha pour ouvrir sa porte. Le bruit du penne résonna dans le silence et Mimi retint son souffle. La présence de Daniel dans son dos la brûlait presque, mais elle était prête à subir ce supplice encore

quelques secondes rien que pour sentir sa chaleur et les ondes de désirs que le corps de Daniel émanait avec force..

La déception lui noua le ventre quand elle sentit qu’il se dégageait.

Bon sang !

Elle devait arrêter de faire l’idiote et de penser que

Daniel partageait ses fantasmes de midinette.

Visiblement, il était prêt à rentrer chez lui.

Elle se retourna lentement, certaine de ne trouver qu’un couloir vide. Mais quand ses yeux se posèrent sur un torse puissant, moulé dans un t-shirt qui soulignant chacun de ses muscles, Mimi se figea. Il était proche. Au point qu’elle percevait sa chaleur, son odeur. Elle leva la tête, arrachant ses yeux au magnifique spectacle qu’offrait son corps et leurs regards se soudèrent. L’attirance vibra entre eux, dense, palpable. La lueur qui brillait dans les yeux chocolat de Daniel lui coupa le souffle. Un mélange de désir, de retenue et de promesses. La petite bulle d’oxygène qui se créait dès qu’il était à ses côtés lui sembla d’un coup insuffisante pour respirer normalement. Daniel s’approcha, entrant encore plus intimement dans sa sphère. Mimi ressentit le besoin viscéral de devoir maîtriser la situation à défaut de maîtriser ses émotions. Elle se sentait à vif, prête à s’écrouler. Mais le mur dans son dos la tint désespérément debout, portée entre lucidité vive et sentiment éthéré de se trouver dans des limbes qui l’éloignaient de la réalité. Les mots sortirent sans qu’elle puisse les retenir.

— J’ai besoin de plus d’oxygène, murmura-t-elle. Son corps se décolla légèrement du mur et

parcourut les quelques centimètres qui la séparaient de Daniel. Elle avait besoin de contrôler cette part nébuleuse qui la portait inexorablement vers Daniel.

Se hissant sur la pointe des pieds, elle posa ses lèvres sur celles de Daniel. Chaudes, dures et douces à la fois. À peine un effleurement, qui lui fit l’effet d’une onde de choc secouant son corps, son cœur, son âme.

Daniel brûlait de la toucher, de dévorer sa bouche. Mais il avait senti son hésitation puis sa capitulation et enfin sa détermination à diriger leur baiser. Un geste qu’il comprenait. Il ignorait ce qu’elle fuyait, mais il devinait qu’elle avait besoin de maîtriser quelque chose. Ce qui le conforta dans ce qu’il savait déjà. Que la vie de la jolie rousse partait à vau-l’eau et qu’elle avait désespérément besoin de retrouver un point d’ancrage, une fixité qui lui rendrait un semblant de stabilité dans le chaos. Et si ce quelque chose était son propre corps, il était prêt à le lui offrir jusqu’à ce qu’elle retrouve cette fougue qui la définissait.

Il entrouvrit les lèvres sous la pression délicieuse qu’elle appliqua sur sa bouche. Le souffle chaud de la jeune femme lui chatouilla les lèvres. Presque timidement, elle glissa sa langue tandis que ses mains minuscules s’agrippaient à sa nuque. Daniel poussa un grondement. Il avait tenu le plus de temps qu’il pouvait, c’est-à-dire à peine une poignée de secondes avant que la faim qu’il avait de Mimi prenne le pas sur sa volonté.

D’un mouvement fluide, il attrapa la nuque de la jeune femme et laissa libre cours à ce besoin primal de la goûter. Il inclina la tête de Mimi pour avoir un meilleur angle et investir sa bouche. Sa langue vint à la rencontre de la sienne dans un ballet soutenu. Il se perdit dans la douceur de sa bouche, se nourrissant de ses petits gémissements, de sa saveur. Un goût sucré, d’une douceur inouïe qui fit circuler son sang plus vite dans ses veines et accélérer les battements de son cœur. D’un mouvement autoritaire, il la

souleva de terre et lui plaqua le dos contre le mur. À sa plus grande satisfaction, Mimi noua ses jambes autour de sa taille. Il avait un besoin désespéré de la sentir se fondre en lui. Ses mains s’égarèrent dans son cou. Il pouvait sentir le pouls affolé de Mimi. Un affolement qui n’avait rien à voir avec la peur, mais qui trahissait le désir qu’elle avait de lui, identique au sien.

Il reprit son souffle avant de mordiller les lèvres de Mimi. Sa chair avait le goût de l’interdit, de la passion, et il replongea la langue dans les profondeurs interdites de sa bouche, la dévora, se repaissant de son odeur, de son essence. Il arracha sa bouche à la sienne alors que ses doigts traçaient un sillon de son cou à sa clavicule. Il posa les lèvres sur la peau fine qu’il mordilla, arrachant une plainte à Mimi, avant d’y passer la langue.

Mimi émit une autre plainte lorsque le mouvement de bassin de Daniel imprima contre son ventre la preuve flagrante et impressionnante de son désir pour elle, allumant un brasier dans son bas ventre tandis qu’une chaleur liquide pulsait entre ses cuisses, la laissant pantelante. Ses mains se posèrent sur son torse, suivant les courbes dures de ses muscles et ses méplats. Ses doigts glissèrent sur son ventre plat et descendirent plus bas. Toujours plus bas. Il tressaillit violemment lorsqu’elle effleura le renflement dans son pantalon.

Soudainement, il stoppa tout. Son baiser, sa grande main enserrant son cou le quitta, la pression sur son ventre disparut. Il l’attrapa par la taille pour la reposer au sol. Mimi releva la tête et contempla le visage de Daniel. Sa capacité à gérer ses émotions était stupéfiante. Seul son souffle un peu court le trahissait. Sans cela, elle aurait pu croire qu’elle avait imaginé les cinq dernières minutes. Mais sa

respiration à elle était trop saccadée, son corps trop frémissant. À la limite de la douleur pour qu’elle ait imaginé ce qui venait de se produire. L’attirance qu’elle éprouvait pour Daniel ne s’était pas tarie. Tant s’en faut. Elle se maudit presque de vouloir plus, et le maudit encore plus d’avoir l’air si détaché alors qu’elle brûlait de l’intérieur.

— Ce n’était pas une bonne idée.

Mimi se figea. Des mots qu’elle perçut comme une gifle. Des mots qui réduisaient à l’état de détail insignifiant le moment torride et sensuel qu’ils venaient de partager. Comme si la foudre qui l’avait frappée n’était qu’une illusion. Mimi releva le menton et planta ses yeux frondeurs dans les siens. Et ce qu’elle y lut avant qu’il ne revête un masque d’insolence et de nonchalance lui coupa momentanément le souffle.

Le regard de Daniel démentait catégoriquement ses paroles. Elle n’était pas la mieux placée pour décrypter les hommes. Si cela avait été le cas, elle ne serait pas à fuir son ancien amant depuis plus de douze ans. Mais elle était certaine d’une chose néanmoins. Daniel n’était pas parvenu à masquer ses émotions. Elle lui plaisait. C’était une certitude et il se cachait derrière une attitude débonnaire et ouvertement séductrice pour dissimuler au reste du monde quel genre de personne il était réellement. Oh ! Il mettait visiblement beaucoup d’énergie à dissimuler sa véritable nature, mais elle savait au fond d’elle qu’il était loin d’être cet homme superficiel et frimeur qu’il s’évertuait à montrer dès qu’il se trouvait en société en général et avec les femmes en particulier.

Elle ouvrait la bouche pour répliquer, mais Daniel lui entoura la taille et lui imposant un demi-tour sur

elle-même. Mimi émit un petit cri étouffé, surprise par le geste et la rapidité de Daniel. Il plaqua son large torse contre son dos tandis qu’il ouvrait sa porte. Elle ne l’avait même pas vu, encore moins senti lui subtiliser ses clés. Sa respiration se bloqua quand elle sentit le souffle de Daniel dans son cou. Elle percevait sa chaleur. Un léger mouvement vers l’arrière et elle sentirait ses lèvres. Elle le sentait vibrer. De désir, de frustration et de cette autre émotion qu’elle ne parvenait pas à définir avec précision. Elle ferma les yeux lorsqu’elle sentit les vibrations de l’air autour d’eux se modifier, devenir presque palpables quand le souffle de Daniel lui caressa la nuque.

— Bonne nuit, douce Mimi.

Les mots de Daniel se perdirent sur sa peau, enveloppant ses sens, la faisant trembler de la tête aux pieds. Elle attendit quelques secondes dans l’espoir qu’il marque ses mots par le toucher de ses lèvres sur sa peau frémissante. Mais lorsqu’elle se retourna, le couloir était vide, la laissant perdue et désorientée.

Daniel referma sa portière et se passa la main sur le visage. Il grimaça quand il voulut se replacer sur son siège. Le moindre mouvement lui envoyait des décharges dans tout le corps. Une douleur lui ceignait les reins tant son érection était prononcée.

Bon sang !

Il avait failli perdre toute sa maîtrise et avait été à deux doigts de faire l’amour à Mimi dans le couloir. De s’enfoncer dans sa moiteur, les jambes de la jeune femme lui enserrant les hanches tandis que sa langue glissait sur sa peau et que ses mains exploraient son corps souple et ferme de danseuse. Lorsqu’il l’avait reposée au sol et fait faire demi-tour, il avait rassemblé toute sa volonté pour ne pas poser ses

lèvres sur sa nuque et l’entraîner dans son appartement.

Mimi était dangereuse. Plus encore que les missions accomplies par le passé en territoire hostile. Au moins, lorsqu’il était sur le terrain, connaissait-il par cœur les zones à envahir et contrôler. Tandis que là, chaque fois qu’il posait les yeux, les mains ou la bouche sur Mimi, ce qu’il découvrait le laissait sans voix et une force qu’il ne contrôlait pas le poussait à explorer plus en profondeur les secrets de son corps et en vouloir encore plus. Mimi représentait tout ce qu’il s’interdisait depuis vingt ans. Depuis la mort de Lizzie. Pour son bien, il était indispensable de ne plus l’approcher.

Mais cette fois, il n’était pas certain que sa raison soit plus forte que ses pulsions…

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