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Crazy lover, chapitre 5

Zoé Vernon

— Bon sang ! Vous m’avez fichu la frousse.

Mimi posa sa main contre sa poitrine, tentant par ce geste d’apaiser les battements désordonnés de son cœur. Ce qui ne l’empêcha pas de fusiller Daniel des yeux, nonchalamment appuyé contre la portière de sa voiture, un sourire arrogant aux lèvres qui traduisait à lui seul toute la confiance qu’il avait en lui.

— Ce n’était pas mon intention.

— Ça s’est pourtant produit, marmonna Mimi. Daniel conserva une expression sereine, à la limite

de la désinvolture dans le seul but de maintenir le contact avec Mimi. Tous ses gestes, des petits mouvements des yeux qui scrutaient les alentours à sa façon de se cramponner à son sac comme si sa vie en dépendait, dénotaient un stress certain. Elle était aux aguets, prête à prendre la fuite au premier faux mouvement. Et Daniel ne voulait pas être celui qui l’effrayerait.

Une procession de taxis embarquait les danseuses qui sortaient du cabaret. Celui de Mimi s’était garé devant la voiture de Daniel, obligeant la jeune femme

passer à ses côtés. Il était sorti de l’ombre au dernier moment pour s’appuyer contre la portière et attendre que la jolie rousse le voit. Et on pouvait dire qu’elle l’avait bien vu.

Daniel s’écarta de la carrosserie pour ouvrir sa portière.

— Je vous dépose. Mimi haussa un sourcil.

— Vous avez oublié la forme interrogative.

— Étrange, murmura-t-il. Je n’ai pas l’habitude d’oublier quoi que ce soit.

Mimi leva les yeux au ciel.

— Cela vous arrive d’être sérieux ?

— Oui, et je peux vous assurer que je le suis actuellement.

Mimi secoua la tête, à la fois agacée et un peu amusée. La légèreté des propos de Daniel avait quelque chose d’apaisant. Tout comme sa présence et l’impression de sécurité qu’il dégageait. Elle leva la tête. Elle n’avait pas souvenir qu’il était si grand. À sa décharge, Mimi était loin d’avoir la longueur des jambes d’un mannequin. Elle lui arrivait à peine au menton. Elle leva les yeux vers Daniel. La dernière fois qu’ils s’étaient fait face, elle se trouvait dans un état de stress trop élevé pour prendre la mesure de ce que Daniel provoquait sur ses sens et son traite de corps. L’alchimie, l’attirance, avait été immédiate entre eux plusieurs mois auparavant. Et ce n’était pas le temps qui avait émoussé cette attirance. En un regard, une parole et un sourire, Daniel était parvenu

infiltrer ses défenses, l’obligeant à baisser sa garde. C’était un sentiment reposant, mais dangereux. Daniel était dangereux. Une certitude qu’elle avait acquise des mois plus tôt et qui se confirmait encore aujourd’hui.

— Je reformule dans ce cas, reprit-elle la voix légèrement enrouée. Cela vous arrive de demander l’avis des gens ?

— N’est-ce pas ce qu’il s’est passé ?

— Drôle de façon de faire, quand même. Et non !

Vous n’avez pas demandé. Vous avez ordonné !

Daniel esquissa un de ses insupportables sourires charmeurs.

— Ah, oui !?

Il capta le regard ambre de Mimi et y vit crépiter une petite étincelle amusée. Premier signe autre que la peur qu’il pouvait voir refluer, l’encourageant dans ce sens. Il retrouvait, très légèrement, la jeune femme pétillante qu’il connaissait.

— Pourquoi êtes-vous là ?

— Le hasard, répondit Daniel avec une assurance qui la laissa bouche bée.

Cet homme était incroyable ! Il débarquait sans rien dire et elle devait prendre ses mots pour paroles d’Évangile ?

— Le hasard est un principe bien trop hors de contrôle pour que ce soit lui qui vous ait amené ici. Il est trois heures et demie du matin.

Comme si ce simple constat prouvait ses dires.

— Et ? demanda Daniel en arquant exagérément les sourcils.

— Et pourquoi êtes-vous là ? répéta-t-elle.

— Pour poursuivre ce que l’on a commencé plusieurs mois plus tôt ?

— Peu probable, assura Mimi avec conviction.

Et force était de s’avouer qu’elle prenait plaisir à cet échange pour le moins rafraîchissant… même si elle aurait dû détester Daniel pour la façon dont il l’avait éconduite et ignorée lorsqu’elle recherchait Mathilde.

— Pour me faire pardonner ? ajouta Daniel comme s’il avait lu dans ses pensées.

Mimi allait répondre, mais des pas se rapprochèrent et la voix cassée de Celyne lui parvint, empreinte d’une pointe de suspicion.

— Tout va bien Mimi ? Tu veux que j’appelle

Laurent ?

Laurent qui assurait la sécurité.

— Non, ça va, je te remercie. Je te présente Daniel Clément… un ami.

Daniel nota la légère incertitude qui avait taché la voix de Mimi. Un minuscule laps de temps durant lequel Mimi avait estimé sa situation. Et d’après ce que Daniel pouvait voir, la légère crispation dans ses épaules, il semblerait que la douce Mimi ne veuille pas attirer l’attention et surtout éviter un quelconque conflit. Elle voulait se fondre dans les ombres et passer inaperçue. Daniel observa la jeune femme brune qui s’était positionnée à côté de Mimi en un geste protecteur. Ses yeux le dévisageaient. Elle ne le jugeait pas comprit Daniel. Elle déterminait si Mimi était en sécurité ou non. Il la laissa le détailler, acceptant son examen.

La belle brune baissa lentement les paupières. Un signe discret, mais qui équivalait à un assentiment. Et Daniel se sentit bêtement soulagé d’obtenir l’approbation de cette fille qu’il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam, mais qui semble-t-il était le juge Van Ruymbeke de la troupe.

— Bien, dit lentement la belle brune. Enchantée, Daniel.

— De même, répliqua ce dernier en hochant la tête.

— Ravie de faire enfin votre connaissance, insista Celyne, les traits impassibles.

Mimi la dévisagea, puis ses yeux se posèrent sur Daniel dont le visage se fendit d’un franc sourire. Mimi éprouva une sorte d’agacement à se trouver exclue de leur échange. Visiblement, elle avait manqué quelque chose, et ignorait quoi.

— Le cabaret, la troupe et moi-même espérons que vous avez été… satisfait du service VIP ces cinq derniers jours.

Mimi regarda Daniel, les yeux ronds. Elle s’attendait à beaucoup de choses, mais certainement pas à ce que le mystérieux individu soit Daniel. Elle se trouva curieusement bête de ne pas l’avoir reconnu. Et tout aussi curieusement, un poids s’ôta de sa poitrine. Les étranges vibrations qu’elle ressentait quand il était présent dans la salle trouvaient enfin une explication. Depuis le début, elle ne les considérait pas comme hostiles. Simplement une sensation dérangeante de ne pas les comprendre et encore moins d’en connaître l’origine. Savoir que Daniel avait été présent depuis cinq nuits avait quelque chose de réconfortant, mais qui alluma tous ses signaux lumineux de danger.

— Tout a été parfait.

Celyne le dévisagea. Elle promena son regard sur la large et haute silhouette de Daniel qui se découpait dans la faible lumière de l’éclairage de la rue, et aurait pu paraître inquiétante, avant de porter son intention sur Mimi, toujours figée par l’échange improbable qui se déroulait devant ses yeux.

— Il semblerait, oui, ajouta-t-elle avant de saluer Daniel tout en pressant affectueusement le bras de Mimi et de rejoindre son taxi.

Daniel observa cette femme qui en trois mots et un regard avait deviné que ses intentions envers Mimi étaient dénuées de malfaisances. A contrario de ses fantasmes, qui eux étaient loin d’être avouables, et dans lesquels la jolie Mimi tenait le rôle principal.

Mimi baissa la tête en sentant ses joues la brûler, mais trop tard pour que cela passe inaperçu. Daniel et son sourire arrogant venaient de la prendre en flagrant délit. Il sourit un peu plus lorsque la jeune femme se précipita pour monter dans la voiture, dont il tenait toujours la portière, pour se soustraire à son regard. Elle devait absolument mettre un terme à

cette situation et le mieux pour échapper aux yeux de lynx de Celyne et ceux audacieux de Daniel était encore d’accepter sa demande et monter en voiture.

Mimi sursauta lorsque Daniel referma sa portière et se fustigea. Bon sang ! En deux minutes, elle avait attiré l’attention de la moitié des danseuses, dont Celyne qui pouvait se montrer aussi protectrice et hargneuse qu’une maman ourse. Mais surtout de Daniel qui n’avait pas manqué le trouble que sa conversation avec sa collègue avait causé sur sa température interne.

Elle n’avait eu d’autre choix que le présenter comme un ami.

Mais bon sang ! Est-ce que l’on a envie de déshabiller un ami et de découvrir l’entièreté de son corps avec ses mains, sa bouche ?

Non, évidemment !

Surtout que ses priorités étaient sa future fuite et non imaginer comment profiter des plaisirs que Daniel serait immanquablement apte à lui donner. Mimi ferma les yeux et poussa une plainte silencieuse.

— Pardon ? demanda Daniel.

Pas aussi silencieuse que cela, visiblement, se morigéna -t-elle.

— Rien. Vous êtes fier de vous ?

— À propos ? demanda-t-il avec cette désinvolture qui fit lever les yeux de Mimi au ciel.

Cet homme était insupportable. Indécemment insupportable, rectifia-t-elle lorsqu’elle se tourna pour observer son profil scandaleusement beau.

— Pour avoir failli provoquer une émeute dans la rue. Les filles étaient à deux doigts de vous sauter dessus quitte à me piétiner au passage avec votre agaçant côté bad boy et votre gueule d’ange.

Le sourire de Daniel s’épanouit un peu plus.

— J’ignorais que vous me trouviez beau comme un

Dieu, ajouta -t-il tout en démarrant et engageant la voiture dans la rue.

— Ça, c’est vous qui le dites ! Vous n’avez pas besoin que je gonfle votre ego. Il prend déjà suffisamment de place comme ça, maugréa la jeune femme.

Ce qui accentua le sourire de Daniel.

Il roulèrent dans un silence confortable, même si Mimi pouvait ressentir cette tension sexuelle qui avait envahi l’habitacle. Une tension qu’elle ressentait dans les endroits les plus secrets de son corps. Une tension qui charriait avec elle un sentiment qu’elle redécouvrait avec un plaisir réconfortant : la confiance.

— Alors, comment dois-je vous appeler ?

Une question anodine en apparence, mais qui mit toutes les défenses de Mimi en alertent, se doutant de ce qui allait suivre.

— Dois-je utiliser le patronyme Mimi ? Charlotte peut-être ? poursuivit-il alors qu’elle gardait le silence. Charline dans ce cas ? Ou préférez-vous Charlie ? J’avoue que je m’y perds.

Daniel la poussait dans ses retranchements. Mais il devait être vigilant et ne pas aller trop loin. Il était parvenu à un créer un contact avec Mimi, et il savait qu’elle pouvait lui échapper en un claquement de doigts. Aussi, augmenta-t-il légèrement le son de la radio, montrant ainsi qu’il n’attendait pas de réponse de la part de la jeune femme. Et vu la rapidité à laquelle elle s’était figée, elle n’avait clairement pas l’intention de lui fournir la moindre explication.

Pas encore, ma belle. Mais bientôt…

Elle devait se reprendre, verrouiller ses émotions et se recentrer sur ses priorités. Sa priorité. Celle pour qui elle se battait depuis plus de douze ans. Un retour

la réalité qui la frappa aussi durement qu’un

uppercut, insinua cette douleur perverse dans le corps, transperçant sans état d’âme ce qui lui restait d’humanité. Car si elle échouait maintenant, elle en mourait. Littéralement.

Daniel engagea la voiture dans les rues pratiquement désertes de Paris, son humeur en demi-teinte. Il glissa un regard furtif vers la jeune femme assise à ses côtés. Elle semblait perdue et minuscule dans le siège et un sentiment de possessivité le prit au ventre. Daniel l’avait vue se replier sur elle aussi vite qu’elle était montée dans sa voiture. La faible lueur de malice qui avait éclairé son regard s’était éteinte avec une rapidité qui le faisait s’interroger un peu plus.

Le point positif était qu’au moins, elle ne l’avait pas incendié ni ignoré. Elle n’avait pas non plus été particulièrement prolixe, mais le simple fait qu’elle soit à ses côtés dans cette voiture était une avancée qu’il ne pouvait pas négliger. Une avancée, mais aussi une brèche dans la carapace que s’était visiblement construite la délicieuse Mimi et derrière laquelle elle se protégeait. Ou plus précisément protégeait un secret qu’elle défendait bec et ongles. Quitte à se couper du monde, de ses amis et de Mathilde.

Et Daniel possédait suffisamment d’expérience et de connaissance sur la nature humaine pour savoir ce que signifiait un tel comportement. Un comportement d’animal traqué. Charlie Meyer se trouvait au bord du gouffre et Daniel savait exactement quel était le processus qui se mettait en place dans la tête des gens dans ce genre de situation : la fuite.

Seulement, il ne la laisserait pas s’échapper… quitte à devoir l’enfermer et chercher le temps qu’il faudrait ce qui lui inspirait autant de terreur.

Mimi ne fut même pas surprise lorsque Daniel engagea sa voiture dans sa rue. Elle connaissait

parfaitement en quoi consistaient les activités professionnelles de Daniel. Il avait beau lui dire qu’il souhaitait se faire pardonner, même si derrière sa nonchalance elle percevait une part de vérité, il ne lui avait pas dit pourquoi exactement il se trouvait devant le cabaret à trois heures et demie du matin, à l’attendre elle spécifiquement. Il ne lui avait pas dit non plus comment il était remonté jusqu’à son véritable patronyme, mais Mimi imaginait assez facilement qu’il disposait d’un réseau d’informateurs important et de connaissances tout aussi utiles.

Il ne lui avait pas non plus expliqué pourquoi elle se trouvait actuellement dans sa voiture à se faire raccompagner. Et c’était précisément ce qui inquiétait Mimi. Daniel était intuitif, et s’il venait d’apparaître dans sa vie après plusieurs mois d’absence, ce n’était sûrement pas pour les raisons évoquées, mais parce qu’il avait forcément parlé à Mathilde… et qu’ils en avaient déduit qu’elle avait des problèmes jusqu’au cou. Mais il était hors de question de mêler Mathilde à tout cela. S’il lui arrivait quoi que ce soit, Mimi ne se le pardonnerait jamais. Une raison de plus pour qu’elle disparaisse rapidement. À l’idée de ne plus voir son amie, une douleur vive lui empoigna le cœur.

Il en ressortait toutefois un élément essentiel. Si elle se trouvait actuellement dans sa voiture, cela signifiait que Daniel n’était pas remonté aussi loin qu’elle l’avait craint et qu’il ignorait encore ce qu’elle devait fuir. Cela signifiait également que si Daniel pouvait remonter la source, et donc jusqu’à elle, lui en était tout autant capable.

Mimi se détourna pour observer le profil altier de Daniel. Il dégageait une force et une assurance qu’elle ne se lasserait peut-être jamais d’admirer. Elle ne pouvait voir la couleur de ses yeux, mais elle se

souvenait parfaitement de ce brun envoûtant qui l’avait séduite immédiatement. De la douceur de son regard mêlée à une délicieuse attitude malicieuse qui le rendait terriblement sexy.

Ses yeux parcoururent son nez patricien, pour descendre sur ses lèvres pleines, caresser sa mâchoire dont les angles donnaient à son visage une virilité brute. Magnifique. Elle poursuivit son inspection et détailla ses épaules drapées dans un somptueux costume qui devait valoir au moins trois mois de son loyer. Ses yeux s’arrêtèrent sur ses mains puissantes dont les doigts longs et forts tenaient avec une douceur presque délicate le volant. Il alliait force brute et sensualité.

Elle s’était peu à peu détendue durant le trajet jusqu’à son immeuble. Ils avaient partagé un silence empli de souvenirs et d’un champ des possibles qui malheureusement se réduisait de minute en minute. En temps normal, Mimi aurait été heureuse de se soumettre au jeu de séduction que Daniel maniait à la perfection. Elle se serait laissée séduire, même si en étant honnête envers elle, elle l’était déjà, se serait laissée aller à la sensualité que cet homme dégageait pour profiter de tout ce qu’il lui proposerait. Elle aurait tout accepté de lui. Si le temps ne leur était pas compté…

Alors, l’avoir à ses côtés même pour un minuscule laps de temps était comme une bulle d’oxygène. Douce, légère. Douloureusement indispensable. Une bulle dont elle se nourrit comme une affamée sachant qu’elle serait unique. Une bulle dont elle profita jusqu’à ce que Daniel se gare au pied de son immeuble.

Mimi soupira. La parenthèse se refermerait quand elle claquerait la portière. Mais elle ne regretta pas un seul instant les dernières vingt minutes durant

lesquelles son corps et son esprit avaient pu se relâcher et trouvé un semblant de repos.

Aussi fut-elle surprise lorsque Daniel ouvrit sa portière pour faire le tour de la voiture et l’inviter à sortir. Mimi hésita quelques secondes devant la main tendue de Daniel pour finalement la saisir. Quand les doigts chauds de Daniel emprisonnèrent les siens, Mimi ferma les yeux, ne pouvant empêcher l’éclair de désir qui lui traversa le corps, propageant à l’intérieur de son être une chaleur délicieuse. Une chaleur aussi délicieuse qu’interdite.

Daniel riva ses yeux sur le visage de Mimi. Il avait parfaitement ressenti son frisson. Elle avait beau se montrer distante, elle ne pouvait cacher son attirance. Un sentiment de satisfaction toute masculine eut pour conséquence de voir se dessiner un sourire sur ses lèvres. Sourire qu’il effaça immédiatement. Mimi était trop sur les nerfs, trop à fleur de peau. Il était parvenu, assez facilement, à créer un lien avec la jeune femme. Un lien ténu, mais qui avait le mérite d’exister. Et il ne voulait pas tout foutre en l’air, car son ego, sa fierté et sa libido venaient se rappeler à lui.

Mimi avait une conscience aiguë de la proximité de Daniel. Ils gravissaient les escaliers pour atteindre son étage, et même si elle avait le regard rivé droit devant, elle ne pouvait ignorer sa présence, la chaleur de son grand corps, la largeur de ses épaules qui l’obligeait à se coller contre le mur, sa démarche sûre et souple, ses pas qui s’adaptaient à son rythme, son souffle qui trahissait une habitude à l’effort. Monter six étages n’avait aucune incidence sur sa respiration. Mimi se surprit à calquer son souffle au sien. Quand elle réalisa l’unité de ce simple geste provoquait, elle trébucha sur une marche. Daniel passa aussitôt un

bras autour de sa taille pour la stabiliser. Sa respiration se bloqua et son corps réagit d’une façon totalement inadaptée. Elle pria silencieusement pour que Daniel ne desserre pas son étreinte. Comme s’il lisait dans ses pensées, il la resserra et l’attira à lui, ses hanches se collant aux siennes, apportant une chaleur qui devenait forte, trop forte réalisa Mimi qui se dégagea des bras de Daniel et gravit les dernières marches comme si elle avait le Diable aux trousses.

Tu as raison de fuir, jolie Mimi, pensa Daniel alors qu’un sourire qu’il ne dissimula pas cette fois se dessina sur ses lèvres.

Mimi tremblait tant qu’elle fut incapable d’insérer la clé dans la serrure. Elle sursauta violemment quand elle devina la présence de Daniel dans son dos. Il la surplombait de toute sa hauteur, et pourtant sa présence même si proche d’elle, n’avait rien d’étouffant. Au contraire. Elle avait la sensation libératrice que la petite bulle d’oxygène qui s’était formée dans de l’habitacle venait de se reformer. Elle se figea et inspira un grand coup quand le torse de Daniel entra en contact avec son dos et que sa main se referma sur la sienne. Il obligea doucement ses doigts à guider la clé, qui comme par miracle, s’inséra dans la serrure, et déverrouilla sa porte. Mimi resta sans bouger, appréciant simplement le souffle de Daniel se rapprocher de sa nuque, puis quand ses mots aussi légers que les ailes d’un papillon franchirent ses lèvres et vinrent se perdre dans le creux de son cou, elle crut qu’elle allait s’effondrer sur place.

— Bonne nuit, douce Mimi…

Elle mit plusieurs secondes avant de ressentir un courant d’air froid dans son dos. Quand elle se

retourna, ce fut pour découvrir que le couloir était désert. Un sentiment étrange de déception et de soulagement l’assaillit. Mimi referma la porte. Elle était trop épuisée pour réfléchir aux émotions que Daniel était parvenu à rallumer. Des émotions trop fragiles qui pouvaient en un claquement de doigts disparaître. Pour le moment, il lui fallait dormir. Même si c’était que quelques heures.

Daniel regagna sa voiture, la mine assombrie.

Bon Dieu ! Mimi délivrait trop de combats. Contre elle-même. Contre l’attirance qu’elle éprouvait pour lui. Et contre une personne qui visiblement l’enfermait dans une terreur qui provoqua une colère sourde chez Daniel. Sa décision de fouiller le passé de Mimi et de découvrir ce qui la terrifiait n’avait plus rien de chimérique. Il était bien déterminé à la délivrer de ses démons. Quitte à y laisser des plumes, se renfrogna-t-il.

Il avait quitté ce couloir avant de commettre l’impensable. Avant également que Mimi ne sente dans son dos toute l’étendue de son désir. Une monumentale érection le laissait à l’étroit, le faisant grimacer de douleur. Se retrouver en contact avec son corps souple, humer l’odeur captivante de son parfum, plonger son visage dans la douceur accueillante de sa nuque, avait failli lui faire perdre le contrôle. Et avant de l’entraîner dans son appartement pour lui faire l’amour sur la première surface plane, peu importe qu’elle fût verticale ou horizontale, c’était lui qui avait pris la fuite. Lâchement. Ou non. Il lui avait fallu puiser une force insoupçonnable pour s’arracher à un tel paradis. Car même si l’attirance était réciproque, Mimi n’était pas prête. Non par pudeur ou timidité. Mais parce qu’elle s’interdisait de vivre en s’enfermant dans une solitude que même Mathilde

avait remarquée. Et il se faisait aujourd’hui un devoir de la libérer et lui rendre son sourire et toutes ces petites choses du quotidien qui la caractérisaient. Une joie vive et une formidable énergie. Émotions qui avaient déserté son joli visage.

D’un geste aussi assuré qu’agacé, il sortit son téléphone, coupa le Bluetooth pour ne pas passer par les commandes vocales de la voiture. Pratique quand il roulait, mais loin d’être discret à l’arrêt, moteur éteint, s’il ne voulait pas que sa conversation soit entendue par la moitié de la rue. Il composa le numéro préenregistré. Il avait mis en place, le même protocole de surveillance et de protection que pour Mathilde.

— Monsieur ?

— En place ?

— Affirmatif, monsieur. Nous vous avons en visuel.

— Vous prenez la relève. S’il se passe la moindre anomalie, je veux être immédiatement averti.

— Bien, monsieur.

— Merci.

Daniel raccrocha, soulagé malgré lui par la conversation même succincte qu’il venait d’avoir. Deux de ses hommes étaient sur place. Il avait volontairement évité de regarder leur position. Daniel ignorait totalement contre qui il devait protéger Mimi, et il ne voulait pas commettre la moindre imprudence.

Plus tôt dans l’après-midi, il était entré dans l’appartement de Mimi pour en évaluer la configuration. Il était entré dans un univers indéniablement féminin, sans tomber dans le girly à l’excès. Des couleurs douces entraient en contradiction avec d’autres, plus acidulées. Une dualité qui définissait la belle Mimi. Douce comme le velours, mais qui pouvait aussi se montrer piquante.

Docile ou insoumise. Provocante ou discrète.

Délicate ou impertinente.

Et nom de Dieu !

Qu’il aimait toute cette dichotomie !

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