Lireunlivre

Crazy lover, chapitre 42

Zoé Vernon

Le silence. Assourdissant. Plus encore que la détonation.

Un silence étrange, qui n’avait rien de commun. Comme s’il prenait le temps de retrouver un équilibre avant que la vie éclate à nouveau. Un sentiment que Mimi n’avait jamais éprouvé jusqu’à aujourd’hui.

Elle releva la tête, étourdie, et cligna plusieurs fois les yeux, réalisant à peine qu’elle fût en vie. Toujours

genoux, ses yeux rencontrèrent une arme. Celle que Giraud tenait dans sa main qui étrangement n’effectuait aucun mouvement. Mimi enregistra uniquement celui de ses doigts qui s’ouvraient lentement, l’index sortit de la gâchette, puis le corps du mercenaire qui se baissait avec prudence pour déposer l’arme à ses pieds.

Il fallut deux bonnes secondes à la jeune femme avant de comprendre le geste de reddition de Giraud. Et une seconde supplémentaire pour remarquer la douzaine de points rouges lumineux qui parsemaient le torse et le front de Giraud. Elle tourna la tête pour apercevoir le même dessin lumineux sur la femme de De Ribaupierre.

— Daniel, murmura-t-elle en refermant les yeux en

comprenant que le coup de feu était un coup de semonce.

Et le déferlement débuta.

Un bruit de verre brisé lui parvint alors que des voix masculines envahissaient les lieux et se rapprochaient. Elle vit Giraud se laisser tomber à genoux et placer ses mains derrière sa tête. Une poigne puissante la tira vers l’arrière pendant qu’un homme entièrement vêtu de noir obligeait Giraud à s’allonger sur le ventre.

Immédiatement, elle reconnut l’odeur familière de Daniel. Ses mains qui encadrèrent son visage, son souffle, ses lèvres qui se posèrent sur les siennes dans un besoin urgent de la sentir vivante.

— Est-ce que tu vas bien ?

Sa voix reflétait une inquiétude évidente, une panique tangible. Il palpa Mimi, à la recherche de blessures, et expira quand il ne découvrit aucune trace de sang.

— Dis-moi que tu vas bien ? insista-t-il.

Mimi leva la main pour la poser sur sa joue, et ce simple geste suffit à rassurer Daniel.

— Ça va, murmura-t-elle d’une voix rauque, comme si elle avait crié à s’en rompre les cordes vocales. Je suis contente de te voir.

Daniel réagit à son trait d’humour par un rire nerveux.

Nom de Dieu !

Elle avait failli se faire tuer et elle trouvait l’énergie de plaisanter. Tout cela dans le seul but de le rassurer.

— Tu ne me refais jamais ce coup, compris ! répondit-il en glissant sa main derrière sa nuque pour attirer la jeune femme contre lui.

Bon sang, jamais il n’avait eu aussi peur, paralysé par sa propre impuissante à agir pour sauver sa femme !

— Promis, croassa-t-elle.

Vœux qu’elle serait heureuse de tenir, car jamais plus elle ne voulait se retrouver dans une situation pareille. Elle grimaça lorsque l’étau des bras de Daniel la serra contre lui. Son torse n’était qu’une masse dure et rêche. Une protection en kevlar, comprit-elle en baissant les yeux. Si tous les hommes autour d’eux étaient vêtus de combinaison noire, Daniel portait ses vêtements civils. Seul un gilet de protection le recouvrait. Une flèche de culpabilité vint faucher Mimi par surprise. Daniel était parti tout aussi précipitamment qu’elle s’était enfuie de la tour. Il avait à peine eu le temps d’enfiler une protection, bien maigre, estima- t-elle, avant de débarquer dans la maison. Mais grâce à son intervention, elle avait la chance d’être debout, dans ses bras.

— Adèle, reprit vivement Mimi qui tenta de se libérer de la poigne de Daniel.

— Doucement, ma belle. On l’a récupérée quand elle s’est enfuie de la maison. Elle va bien. On a contacté ta sœur et ton beau frère. Ils devraient

bientôt être sur place.

— Merci Seigneur ! balbutia Mimi, les larmes aux yeux. Merci d’avoir pris soin d’elle, ajouta-t-elle la voix complètement voilée.

De joie, de soulagement, de douleur, sa gorge toujours irritée.

Daniel prit le visage de Mimi en coupe et l’éloigna doucement de lui, les sourcils froncés. Une pulsion meurtrière déferla dans ses veines quand il vit le cou violacé de Mimi. Des traces d’étranglement si prononcées qu’elles commençaient à bleuir.

— Ce n’est rien, tenta de le rassurer Mimi quand elle vit son visage se transformer.

Blottie contre lui, Mimi perçut le frémissement de fureur qui le parcourait alors qu’il fixait un regard menaçant sur Giraud.

Mais Daniel ne l’écoutait plus. Seule la haine le dirigeait. Il interpella Greg et malgré la puissance de sa fureur parvint à moduler sa voix. Il souleva Mimi pour la déposer sur le canapé tout en s’adressant à Greg.

— Reste avec elle.

Mimi n’eut même pas le temps de réagir que Daniel se retournait et bondissait littéralement sur Giraud. L’homme qui passait les liens de serrage autour des poignets de Giraud se recula vivement quand le poing de Daniel heurta la mâchoire du mercenaire.

Mimi assistait avec effarement au matraquage de Giraud. Ses mains n’étaient pourtant pas entravées, mais il encaissait les coups de Daniel sans réagir. Un, plus fort que les autres, porté sur la tempe de Giraud

l’envoya au sol. Du sang s’échappait de ses lèvres fendues, mais il ne ripostait toujours pas.

Mimi se redressa autant que ses jambes le lui permettaient. Il allait le tuer. Daniel déversait toute sa rage sur Giraud, et pas un seul homme ne s’interposait. Mimi sentit les larmes couler sur ses joues. Elle ne pouvait pas assister à ça sans réagir.

Elle voulut s’approcher de Daniel, mais Greg d’une poigne vigoureuse la retint par l’épaule.

— Vous risquez d’être blessée.

Elle se dégagea brusquement et le regarda des éclairs dans les yeux

— Il va le tuer !

— Est-ce un mal ? demanda Greg en haussant un sourcil.

— Oui, dans la mesure ou ce sera une punition supplémentaire pour Daniel.

Greg dévisagea la jolie rouquine. Elle ne baissait ni les yeux ni la tête. Ils s’affrontèrent du regard à peine une fraction de seconde, mais elle fut déterminante. Greg comprenait pourquoi Daniel aimait autant sa walkyrie. Il hocha la tête et relâcha lentement l’épaule de Mimi qui aussitôt se précipita sur Daniel.

Il frappait. Encore et encore. Giraud était à terre. Cet enfoiré ne répliquait même pas. Et pour cela il le haïssait encore plus. Ses poings s’écrasaient sur la mâchoire de Giraud. Ses phalanges étaient douloureuses, écorchées. Le monde autour de lui ne se résumait qu’à cette raclure. Il n’y avait plus qu’eux. Il sentit une pression sur son épaule. Douce, en totale contradiction avec la férocité dont il faisait preuve.

La voix de Mimi s’infiltra dans le chaos qui régnait dans son esprit. Une voix claire qui l’obligea à quitter les ténèbres de haine et de rage dans lesquelles il était tombé.

Mimi sentit le moment où Daniel l’entendit. Elle pouvait physiquement le voir revenir dans leur monde. Ses yeux n’étaient que deux gouffres sombres, et si elle ne le sortait pas de ses propres ténèbres, elle savait qu’il ne remonterait jamais vers la lumière.

Vers elle.

Daniel tourna la tête vers Mimi. Son visage d’abord flou devint plus net. Et ce qu’il vit lui broya le cœur. La douleur dans ses mains n’était rien en comparaison. Mimi se tenait debout, le visage aussi beau et pur qu’un ange. Sa voix se fit plus distincte. Il entendait ses inflexions, elles se frayaient un chemin dans sa conscience, pour enfin devenir aussi limpides qu’une eau cristalline.

— Ne fait pas ça, Daniel.

— Il a voulu te tuer ! gronda-t-il. Il a posé ses mains sur toi !

— Et tu es arrivé, contra Mimi.

— Comment peux-tu vouloir sauver ce porc ? cracha-t-il.

Mimi se mit à genoux à la hauteur de Daniel et prit son visage. Elle sentait sous ses doigts toute la tension qui l’habitait. Il respirait fort. Difficilement. Et Mimi posa doucement ses lèvres sur les siennes.

— Ce n’est pas lui que je veux sauver. C’est toi, murmura-t-elle.

Daniel se figea, comprenant immédiatement où Mimi voulait en venir. Elle sut avec exactitude à quel moment Daniel percuta et Mimi resserra un peu plus ses mains autour de son visage.

— Je ne suis pas Lizzie, murmura-t-elle d’une voix douce. Je suis vivante. N’entre pas dans son jeu. Si tu le tues, il aura gagné. S’il te plaît…

Une supplique qui mit Daniel un peu plus à terre. Ses doigts se relâchèrent, ses épaules se voûtèrent légèrement. Il baissa la tête et ferma les yeux. Les images de Lizzie baignant dans une marre de sang s’étaient superposées à celle de Mimi. De son cou tuméfié, du sourire sarcastique de Giraud. Et il avait perdu pied avec la réalité. Le passé l’avait rattrapé et plongé dans un maelstrom infernal. Mais Mimi était parvenue à l’en sortir. Avec ses mots. Sa patience. Son amour pour lui.

Il releva la tête pour plonger son regard dans celui confiant de la jeune femme. Doucement, il écarta une mèche de cheveux et vit avec soulagement les lèvres de Mimi trembler en un sourire hésitant.

Daniel attrapa vivement Mimi qui poussa un petit cri de surprise pour l’attirer contre lui. Elle répondit à son étreinte, se perdant dans les bras de Daniel. Des larmes s’accumulèrent sous ses paupières et Mimi décida de les laisser couler librement. Pourquoi retenir le bonheur quand il vous prend dans ses bras ?

— Je t’aime, murmura Daniel d’une voix si basse que seule Mimi l’entendit, son souffle se perdant dans ses cheveux.

Elle se recula, pour regarder ce visage qu’elle

aimait tant. Un sourire tenta de percer à travers ses larmes.

— Je sais. Sinon, tu ne m’aurais probablement jamais entendue.

Et je me serais perdu, ajouta Daniel pour lui-même. *

Giraud et la femme de De Ribaupierre furent isolés. Chacun dans une pièce, sous bonne garde. À l’instant où ils furent hors de vue, la porte d’entrée s’ouvrit et Mimi se serait écroulée si Daniel ne l’avait pas soutenue. Elle regarda sa fille, les yeux légèrement écarquillés, visiblement sous le choc de ce qui venait de se passer. Son petit visage était pâle et tendu. Trop pour une enfant de douze ans. Mais il se métamorphosa quand ses yeux tombèrent sur Mimi. La jeune femme ne put réprimer un sanglot lorsqu’Adèle échappa à un des guerriers vêtus de noir de l’équipe de Greg et se précipita vers elle.

— Tante Charlie !

Mimi recula légèrement quand le corps d’Adèle percuta le sien et que ses bras s’enroulèrent autour de sa taille. Mimi répondit immédiatement et instinctivement à son étreinte. Elles restèrent ainsi, l’une contre l’autre de longues secondes, même si le temps de la reconstruction prenait plus que ces quelques instants arrachés à la réalité. Mimi avait l’impression de se retrouver hors du temps, dans une bulle où seule sa fille et elle avaient une place. Une place à part. Quand elle releva la tête, elle put voir que les hommes avaient respecté leur intimité en

s’éloignant.

Mimi se recula pour prendre doucement le visage d’Adèle entre ses mains.

— Tu vas bien, ma chérie ?

— Oui, j’ai surtout eu peur pour toi.

Mimi esquissa un sourire rassurant. Tout ce qu’elle voulait pour le moment, c’était voir disparaître les ombres qui voilaient les yeux si lumineux de sa fille. Et elle y parvint. Par un simple sourire. Cependant, Mimi préféra botter en touche.

— J’étais sûre que tu serais assez maline pour t’échapper. Tout va bien maintenant, ajouta-t-elle en embrassant les cheveux d’Adèle que Mimi respira profondément.

Dieu ! Qu’elle aimait cette odeur !

Un homme portant l’uniforme noir de l’équipe de

Daniel s’approcha. Instinctivement, Mimi poussa

Adèle dans son dos.

— C’est le monsieur qui s’est occupé de moi quand je suis sortie, dit Adèle dans son dos. Il est sympa.

Sympa ?

Mimi faillit s’étrangler devant les propos de sa fille.

L’homme esquissa un sourire discret et tendit la main à Mimi.

— Je suis le médecin de l’équipe, Pierre, se présenta-t-il. Je vais uniquement m’assurer qu’Adèle

va bien.

Devant l’hésitation de Mimi, il reprit avec une douceur dans la voix qui à elle seule devait être capable de panser bien des plaies, pensa Mimi.

— Je vous promets qu’elle ne craint rien.

— C’est vrai, tante Charlie, intervint Adèle.

Mimi hocha la tête lentement.

— OK.

Elle n’imaginait pas que confier Adèle lui serait si difficile. Et l’homme devant elle faisait preuve de tant de compréhension, que les larmes revinrent lui brouiller la vue. Elle les chassa du revers de la manche avant de relâcher Adèle qui s’approcha du géant avec une confiance qui enleva les derniers doutes à Mimi.

Elle les regarda s’éloigner jusqu’au canapé sur lequel l’homme fit asseoir Adèle. Daniel s’était approché de Mimi et lui souffla doucement à l’oreille.

— Tu seras la prochaine à passer entre les mains de Pierre.

Mimi se retourna pour se retrouver dans les bras de Daniel.

— Ce n’est pas les mains de Pierre que je veux. Ce sont les tiennes.

Daniel la regarda avec tendresse, avant que son front se plisse d’un trait soucieux. Doucement, il passa l’index sur le cou contusionné de Mimi.

— Je veux qu’il t’examine. Cela ne prendra pas longtemps. Mais j’ai besoin qu’il le fasse. S’il te plaît, ajouta-t-il si bas que Mimi ne fut pas certaine de bien avoir entendu.

Jusqu’à ce qu’elle rencontre son regard torturé. Elle comprit qu’il avait besoin d’être rassuré. Que c’était nécessaire pour lui, presque vital. Alors elle acquiesça.

— Mais après, on rentre à la maison.

Daniel se recula pour plonger ses yeux dans ceux ambre de Mimi, et un sourire illumina son visage, dissipant les dernières ombres.

La maison.

Peu importait où, tant qu’elle était à ses côtés, il serait chez lui partout.

*

Daniel observait Mimi. Ses lèvres tremblaient, mais elle restait stoïque. Il éprouva une vague d’amour et de tendresse si forte envers cette femme qu’il ressentit un instant une faiblesse dans les jambes et une autre sensation beaucoup plus agréable lui étreindre le cœur.

Les parents d’Adèle venaient d’arriver. Ils avaient été introduits dans la maison, et en voyant leur visage refléter la peur, puis le soulagement, il comprit à quel point Adèle était importante pour eux.

Elle n’était pas seulement la fille de Mimi.

Elle était avant tout la leur.

Les larmes sur leurs visages pâles et défaits montraient à quel point ils avaient été éprouvés au cours des dernières heures. Daniel vit Adèle s’échapper des bras de Mimi pour courir vers ses parents et se jeter dans leur bras.

— Maman !

Un mot.

Beau, mais si difficile à entendre pour Mimi.

Il regarda, impuissant, une larme, unique, glisser le long de sa joue. Un mot qui ne lui était pas destiné. Un mot qui lui transperça le cœur, mais qui paradoxalement le réparait. Doucement, comprit Daniel.

Elle réagissait avec une dignité qui le toucha. Droite, humble. Et il se fit la promesse que ce mot, elle l’entendrait. Peu importe ce que leur réservait l’avenir, il était déterminé à lui offrir ce qui lui avait été interdit depuis douze ans.

La sœur de Mimi vint se poster devant elle, et après un moment d’incertitude, elle prit Mimi dans ses bras pour l’étreindre avec une douceur dans les gestes qui toucha Daniel. Il détourna le regard quand il entendit les sanglots de Mimi.

Elles avaient besoin d’intimité et il n’avait pas sa place dans leurs retrouvailles. Cela prendrait du temps. Douze ans à rattraper étaient une longue période. Elles allaient devoir se réapprendre, se comprendre, se chercher avant de se retrouver. Mais Adèle était leur pilier commun, et Daniel était certain qu’elles réussiraient à recréer ce lien qu’elles avaient dû briser des années plus tôt.

Pour la sécurité d’Adèle.

Et aujourd’hui, elle était celle qui les aiderait à

reformer ce lien spécial qui les unissait.

À lire aussi

Tous les livres | Tous les auteurs

Tous nos livres
Malik et le tapis volant
Olivier Muhleisen

"Paris a une magie que seuls ceux qui savent regarder peuvent voir."

"Les étoiles te montreront toujours le chemin. Elles sont les gardiennes de ton passé et les éclaireuses de ton avenir."

"Une beauté silencieuse qui ne pouvait être comprise que par ceux qui avaient touché les cieux."

Informations sur les cookies | CGU | Contact | © lireunlivre.com | Onmyweb Production