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Crazy lover, chapitre 43

Zoé Vernon

— On rentre ?

Mimi hocha la tête. Elle se sentait perdue, épuisée et en même temps elle pouvait presque toucher cette énergie vibrer au plus profond d’elle.

Daniel l’entraîna vers un des véhicules qu’ils avaient utilisés pour intervenir. Mimi monta et s’échoua sur le siège passager. Daniel lui boucla sa ceinture puis fit le tour et s’installa derrière le volant. Avant de s’attacher, il se pencha vers la jeune femme pour lui saisir la nuque et plaquer ses lèvres aux siennes. Son besoin d’elle, de la sentir était presque maladif. Et il dut prendre sur lui pour s’écarter de la tentation de ses lèvres. Mais cette diablesse ne l’aida pas non plus quand elle agrippa ses cheveux pour la maintenir près d’elle. Daniel grogna et se libéra à regret.

Bon sang !

Il devait penser à autre chose sinon il était capable de lui faire l’amour dans cette voiture avec la moitié de ses hommes encore sur place. Sans compter la présence du préfet de police qui s’était déplacé en personne et d’un haut secrétaire de l’armée.

Daniel savait que rien ne transparaîtrait dans la presse le lendemain. Il y avait trop en jeu.

Trop de personnes impliquées.

Trop d’argent en jeu.

Trop de conséquences aussi bien sur le plan humain que sur les différents marchés financiers si l’affaire de De Ribaupierre venait à être exposée au public.

Une rumeur suffisait parfois à faire s’écrouler la valeur d’une action et mener à la banqueroute une société. Et le chaos financier qui en découlerait mènerait beaucoup des personnes à la ruine et par conséquent toucherait des milliers d’individus et leur famille. Salariés, petits investisseurs qui avaient mis leur économie dans les actions de De Ribaupierre. Sans compter les répercussions à l’étranger.

Tout serait étouffé, réglé, jugé et condamné dans le plus grand silence. Giraud avait été formé par l’armée, et cela ferait une très mauvaise publicité si l’on apprenait. De plus, Giraud intéressait par son profil et Daniel ne doutait pas qu’il allait être recruté de façon obscure. Mais pour servir le bon côté. Quoi que, qui pouvait définir avec certitude quelle action était juste ou non. Cela dépendait justement de quel côté de la ligne on se situait. Giraud était une ressource précieuse. Et ce serait pour certains un terrible gâchis de le mettre derrière les barreaux et plus encore de ne pas exploiter toutes ses capacités. Et savoir que ce pourri risquait de s’en sortir lui fit serrer les poings.

Mais le point le plus important à ses yeux restait Adèle. Qui était le pivot de toute cette histoire. Sa naissance était obscure. Son identité avait été falsifiée

sa venue au monde. Mimi, sa sœur, son beau-frère étaient eux aussi dans l’illégalité, même si leur geste avait été poussé par l’urgence et le danger que

représentait De Ribaupierre. Aucun juge ne pourrait les condamner pour usurpation d’identité, faux et usage de faux. Mais si la vérité devait être mise en lumière, leur vie deviendrait un enfer.

Daniel engagea la voiture dans la rampe d’accès du parking de la tour. Le trajet s’était effectué dans un silence apaisant. Il jeta un regard à Mimi, et son expression concentrée lui fit dire que ses pensées suivaient étroitement les siennes. Il gara la voiture et l’aida à descendre du véhicule. Mimi poussa un petit cri étranglé quand elle se sentit décoller du sol et projeter contre un torse dur. Solide. Elle passa ses bras autour du cou de Daniel à la mine autoritaire et déterminée.

— Je peux marcher, tu sais.

— Je sais

— Alors, repose-moi.

— Non, répondit-il buté.

Il n’y avait aucune brusquerie dans les mots de Daniel, et Mimi n’insista pas. Il était si déterminé à prendre soin d’elle que ses protestations ne serviraient à rien.

Daniel soupira quand Mimi vint nicher sa tête dans son cou. Son corps souple et chaud contre le sien était un baume à lui seul, et un sentiment de soulagement, de bonheur intense le prit aux tripes.

Nom de Dieu !

Il en aurait crevé s’il lui était arrivé quoi que ce soit. Jamais il ne s’en serait remis. Jamais il ne se le serait pardonné. Mais Mimi était vivante. Dans ses bras. En sécurité. Et il n’était pas près de la lâcher.

Il les dirigea vers la salle de bain. Il devait se débarrasser de leurs vêtements et du message qu’ils apportaient en les introduisant au cœur de leur foyer. Daniel reposa doucement la jeune femme sur ses jambes et ouvrit le robinet de la douche.

Lentement, il fit passer son pull par dessus sa tête, puis se baissa pour lui retirer ses chaussures et chaussettes. Elle se retint à ses épaules. Les gestes de Daniel étaient empreints d’une douceur qui la toucha.

genoux devant elle, il releva la tête et accrocha son regard. Mimi fut bouleversée par la tendresse qu’elle y lut. Il posa un baiser sur son ventre. Un geste révérencieux, doux, qui à lui seul résumait tout ce qu’il taisait.

Lentement, il fit glisser son jean et son minuscule slip. Il releva la tête et la beauté de Mimi le frappa de plein fouet.

Douce, offerte.

lui.

Il se releva prestement, rompant leur échange. Il se déshabilla rapidement et entraîna Mimi sous le jet. Il leur fouetta délicieusement la peau et Mimi soupira de bien- être quand l’eau chaude s’abattit sur ses épaules, déliant ses muscles douloureux, la lavant de la noirceur des dernières heures.

Daniel prit un savon doux, et de ses mains passa sur le corps de Mimi. Lentement, avec une application qui relevait de la caresse et non d’une douche traditionnelle. Mais les conventions avec Daniel avaient l’habitude d’être bousculées, et Mimi adorait ses attentions. Il avait un côté brut, sauvage, libéré de toutes les convenances, qui lui faisait perdre la tête. Il s’attarda sur ses seins, s’appliquant à faire mousser plus que nécessaire la lotion.

Daniel esquissa un discret sourire quand il entendit

la jeune femme gémir. Les pointes de ses seins étaient dures sous ses doigts. Il les rinça rapidement avant d’en prendre une entre ses lèvres, se repaissant de la douceur de Mimi et de son cri étranglé. Il poussa un grognement primitif lorsque les doigts de Mimi malmenèrent ses cheveux qu’elle venait d’empoigner vivement.

Il se releva tout aussi hâtivement pour s’emparer des lèvres de Mimi. Il voulait la goûter, apprécier chaque mouvement de son corps souple qui s’enroulait autour du sien. À regret il se détacha de ses lèvres, coupa l’eau et attrapa une serviette épaisse. Mimi disparaissait sous le coton doux tandis que Daniel la frictionnait. Il se sécha à son tour rapidement avant de lancer les serviettes dans un coin de la salle de bain et de saisir Mimi aussi légère qu’une plume pour la soulever et la porter dans sa chambre.

Leur chambre.

Car c’était sa place.

Avec lui.

Et il était hors de question qu’elle retourne dans son minuscule appartement. Elle protesterait. Parce que Mimi était ce genre de femme. Elle défendait ses droits, ses envies, ses désirs, sa féminité. Et compte tenu de la nature indépendante de Mimi, il semblait bien qu’il s’attaquait à une tache qui avait toutes les chances d’être ardue. Mais il était certain d’avoir les arguments pour la convaincre. Et son travail de sape commençait maintenant !

Daniel la fixa intensément. Son regard ardent la brûla. Une chaleur qui s’intensifia lorsque son corps chaud et musclé vint recouvrir le sien. Du bout de la langue, il taquina la jonction entre son cou et son épaule, là où la peau était si fine. Si réceptive. Mimi arqua le dos, lui offrant un accès total à son corps,

imprimant dans son geste tout ce qu’elle désirait de Daniel. Pas seulement un acte physique. Elle lui offrait tout. Son corps, son cœur, son âme. Sa vie. Cet homme était parvenu à faire tomber toutes ses défenses, et se sentir vulnérable devant lui augmentait l’aura primitive de Daniel qui dégageait un pouvoir sexuel brut.

Mimi posa ses mains sur son visage, l’obligeant à relever la tête. Et ce que Daniel lut dans le regard de Mimi lui empoigna le cœur. Car lui aussi ressentait la même chose. Lui aussi avait les mêmes besoins.

D’un léger mouvement de bassin, Daniel fit glisser son sexe sur celui humide de Mimi, jusqu’à ce qu’il vienne buter contre la petite crête sensible de la jeune femme.

La farouche virilité qui affleurait à chacun de ses gestes allait la perdre. Mimi poussa un gémissement qui faillit avoir raison de son amant. Elle sentit tous ses muscles se tendre. Il résistait, combattait son envie de la prendre.

Mimi joua un instant avec les envies de Daniel qui étaient si similaires aux siennes. À son tour, elle ondula du bassin, exerçant une pression sur le sexe de Daniel qui céda. Écrasé par la surcharge sensorielle qu’elle lui procurait, il ne voulait plus que se perdre en elle. D’un geste, il releva le genou de Mimi et s’enfonça profondément en elle. Il manqua de jouir quand les parois serrées et chaudes de la jeune femme se refermèrent sur lui, l’emprisonnant pour l’ancrer profondément en elle.

Ils gémirent à l’unisson quand il ressortit de son corps pour mieux replonger.

Plus vite.

Plus fort.

Plus puissamment.

Mimi poussa un petit cri étranglé quand elle le

sentir grossir en elle. La sensation était merveilleuse, d’une intensité qui lui fit monter les larmes aux yeux. Surtout lorsque Daniel se concentra sur son plaisir en glissant la main entre leur corps et caressant son clitoris.

Une pression, une seule, et Mimi sentit le monde se

distendre, l’espace autour d’eux ne se résumant qu’à

ce seul contact.

Puis l’impact.

Suivi par tous les milliers de flèches de plaisirs qui leur traversèrent le corps. Daniel s’enfonça une dernière fois avant de rejoindre Mimi dans l’extase quand il la sentit se resserrer autour de lui. Il accompagna sa jouissance en mouvement de va-et-vient fluides et lents. Jusqu’à l’apaisement. Des corps. Des sens.

Il fit glisser sa bouche sur la gorge malmenée de Mimi qu’il embrassa avec déférence. Ses lèvres légères étaient un baume sur les plaies de Mimi. Visibles ou non. Il l’apaisait. Lui offrait ce qu’aucun homme ne lui avait donné.

Un refuge.

*

Les jours qui suivirent furent une succession de dépositions, de déclarations. Mimi raconta avec force détails son histoire. Depuis son enfance jusqu’à l’arrestation de Madame de De Ribaupierre et Giraud. Elle pensait que parler l’éprouverait, mais étonnamment le fait que son histoire soit enfin connue lui apporta une forme d’apaisement.

De son côté, Daniel était en proie à une agitation qu’il parvenait à peine à maîtriser. Il connaissait une des raisons. Comme ils en avaient discuté avec Greg, toute l’affaire était passée sous silence. Les

rencontres entre le préfet de police, les institutions de l’armée et Mimi s’effectuaient dans le plus grand secret. Greg et lui n’étaient présents qu’en tant que témoins. Et leurs paroles donnaient un poids supplémentaire aux déclarations de Mimi.

Sur le papier, De Ribaupierre et Giraud devraient être emprisonnés pour un long moment.

Dans la réalité, exposer cette affaire ferait l’effet d’une bombe dans le milieu des affaires, de l’armée et dans la vie de Mimi.

Et même si cela bouffait Daniel que Giraud s’en sorte si impunément, il ne pouvait prendre le risque de perdre Mimi. Elle avait suffisamment souffert et avait largement payé.

La seconde raison qui provoquait son agitation était plus difficile à cerner. Il sentait que quelque chose était légèrement désaxé, mais ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.

Mimi était épuisée. Les allers-retours pour les dépositions créaient une fatigue qui se voyait physiquement. Ses jolis yeux, même éclatants après ses visites chez sa sœur, se soulignaient chaque jour de cernes. Les deux sœurs avaient décidé de reprendre progressivement contact. Ni l’une ni l’autre ne désiraient perturber Adèle par une présence trop fréquente de Mimi dans leur schéma familial. Elle en faisait partie, certes, mais elles y allaient par étapes. Et Mimi faisait vaillamment face à cette situation. Non seulement elle l’acceptait, mais aussi, et surtout elle la comprenait. Jamais elle ne pourrait créer un lien filial aussi fort qu’Adèle avait avec sa sœur, mais elle créait leur propre relation empreinte d’une particularité que peu de personnes ne pourraient comprendre.

Lui, inclus.

*

Tous les week-ends, Daniel emmenait Mimi. Ils quittaient la ville, se retrouvaient, se ressourçaient. Leur complicité s’épanouissait. Presque fusionnelle et d’une intensité qui surprenait encore Daniel. Cela n’empêchait pas Mimi d’accumuler la fatigue.

Daniel observait Mimi recroquevillée sur le canapé, un livre à la main. Quand elle le vit entrer, son sourire éclaira la pièce entière. La vie frénétique de la ville en contrebas de la tour contrastait avec le silence apaisant et la sérénité qui régnait dans le salon. Daniel ne pouvait détourner le regard de la silhouette de Mimi. Elle avait maigri et les cernes autour de ses yeux les faisaient paraître plus grands.

Mimi devait reprendre le travail dans quelques jours, mais si elle ne se remplumait pas, il ne pourrait pas la laisser y retourner. C’était bien trop précipité. Il posa de nouveau son regard perçant sur elle. Elle dégageait une fragilité, mais aussi une force qui l’illuminait de l’intérieur.

Il fronça les sourcils, rassemblant les éléments des derniers mois. Son instinct qui lui dictait que quelque chose n’était pas aligné se mit de nouveau en branle. Les jours précédents, il avait été en alerte constante. Ses alarmes s’étaient mises au rouge pour s’affoler au fur et à mesure que les jours défilaient sans qu’il comprenne où était le problème.

Jusqu’à ce qu’il percute.

Et il était certain à ce moment que son instinct ne le trompait pas.

Épilogue

Mimi s’était levée pour s’approcher de Daniel. Il semblait comme statufié et la regardait d’une façon nouvelle. Elle fronça les sourcils, inquiète.

— Tout va bien ? demanda-t-elle en posant ses lèvres contre les siennes.

Comme s’il revenait à la vie, Daniel cligna des yeux plusieurs fois avant qu’un sourire immense lui barre le visage. Il l’attrapa par la taille et la souleva de terre. Daniel rit quand Mimi couina face à son geste. Elle agrippa ses épaules et enroula ses jambes autour de sa taille.

— Tout va bien ! lui répondit-il en posant un baiser tendre sur les lèvres de la jeune femme. Tout va très bien, même.

— Alors qu’est-ce qu’il se passe ? demanda prudemment Mimi.

Daniel secoua la tête légèrement sans que son sourire ne s’efface. C’était incroyable comment cette femme pouvait être dans le déni. Et tant qu’il ne la mettrait pas face à la réalité, elle rejetterait ce qu’il venait de comprendre avec une conviction

inébranlable.

Elle poussa un autre petit couinement de surprise quand il la redressa contre lui, la calant un peu plus contre son corps. Ses lèvres s’arrêtèrent à un souffle de celles de Mimi.

— Tu me fais confiance ? murmura-t-il.

Elle hocha la tête. Daniel la reposa sur le sol et se dirigea vers son bureau. Il avait juste un appel à passer et un rendez-vous à prendre. Immédiatement. Ce qui serait facile à obtenir quand on détenait les bons contacts.

— Va te préparer, ma belle. On part dans cinq minutes.

*

— Tu peux me dire ce que l’on fait là ? demanda Mimi à la fois agacée et incertaine.

— À ton avis, chérie ?

— Je n’ai pas besoin de voir un médecin.

Daniel observa la femme qu’il aimait plus que sa vie taper du pied par terre, les bras croisés contre sa poitrine et secoua la tête. Il s’approcha doucement et posa ses mains sur les bras de Mimi avant de se baisser à sa hauteur. Sa voix calme et posée détendit aussitôt Mimi dont il sentait la tension sous ses doigts.

— Pas n’importe quel médecin, chérie.

Mimi leva les yeux et détailla la plaque plus attentivement. Son souffle se bloqua dans sa gorge en lisant le nom. Mais surtout la spécialité : obstétrique.

Elle leva les yeux vers Daniel, complètement perdu.

Son cerveau comprenait, ses yeux lisaient correctement, mais elle ne parvenait pas à laisser la réalité s’infiltrer. Jusqu’à ce que les mains de Daniel viennent se poser en coupe sur son visage et que ses pouces caressent ses pommettes.

— Si ce n’est pas ça, en tout cas ça y ressemble.

Mathilde avait fait le même coup à Logan. Rester confortablement installée dans le déni jusqu’à ce qu’il percute lui aussi. Et Daniel avait été le témoin de la transformation de Mathilde. La fatigue, les cernes, l’amaigrissement. À croire que c’était un trait caractéristique chez les danseuses.

— Oh, Seigneur, bredouilla Mimi. Tu crois… tu crois que…

Mais elle était incapable de terminer sa phrase.

— Chérie, pour une danseuse, tu n’es vraiment pas

l’écoute de ton corps, répondit-il à la place en arquant délibérément un sourcil.

*

Jamais Mimi ne pensait un jour se retrouver dans cette position. Allongée sur une table d’examen, le ventre recouvert de gel et une sonde qui parcourait son abdomen. Des sentiments aussi contradictoires que puissants menaient bataille dans sa tête. Mais celui qui dominait les autres était la peur.

Et si Daniel s’était trompé ?

Comme s’il ressentait ses émotions, Daniel resserra sa main dans la sienne avant de porter ses doigts à sa bouche. Et ce simple geste lui apporta un sentiment

d’apaisement et d’abandon qui la rassurèrent immédiatement. Elle sentit son corps se relâcher, ses tensions se dissiper. Car aujourd’hui, elle n’était plus seule.

— Voilà ! s’exclama le technicien après avoir passé la sonde plusieurs fois. Regardez ce que l’on a là ?

Mimi se figea en fixant l’image. Un magma composé d’ombres, de masses plus ou moins claires. Mais un magma qu’elle avait déjà observé une fois dans sa vie. Jusqu’à ce qu’elle distingue ce que le patricien venait de mesurer.

— Un bébé. En excellente santé, ajouta-t-il. Félicitations ! Je dirais que vous êtes enceinte de huit semaines environ.

Mimi resta le regard rivé à l’écran, incapable de réagir aux propos du technicien. Il poursuivait ses mesures, ses calculs. Huit semaines. Depuis leur arrivée au Palazzo. Elle tourna les yeux vers Daniel. Il observait le moniteur, mais Mimi ne put voir distinctement son expression.

— Je… Je suis désolée, balbutia-t-elle. Mon cycle s’est arrêté il y a plusieurs mois et je… je pensais… que je ne pouvais pas concevoir… que c’était impossible, acheva-t-elle sa voix s’éteignant progressivement.

— Le corps humain est une machine merveilleuse. Parfois capricieuse. Votre ovulation a visiblement repris du service sans que vous vous en rendiez compte. Le stress peut engendrer ce genre de déréglementent, continuait le praticien dont le regard s’attardait sur son écran.

Mais Mimi ne l’écoutait plus. Son regard était fixé sur Daniel. Tous ses membres étaient tendus, dans l’expectative. Mimi était terrifiée, le souffle en suspend. Ce qui arrivait allait changer de façon fondamentale leur vie. Et elle ignorait totalement si Daniel était près.

Daniel se tourna enfin vers elle, les yeux émerveillés, et Mimi ne put retenir ses larmes. Qui redoublèrent quand elle vit les yeux de Daniel anormalement humide lui aussi. Il agrippa sa nuque et planta un baiser bref sur les lèvres de Mimi.

Nom de Dieu !

Ce qu’il observait n’était pas plus gros qu’un petit pois et pourtant il débordait de sentiments qu’il analyserait plus tard pour cette minuscule chose qui grandissait dans le ventre de Mimi. Un bébé. Son bébé.

Mimi ne put retenir un sanglot.

Trop d’émotion, trop de joie.

Trop de tout.

Et ce tout la submergeait. Elle se retrouvait ensevelie sous les émotions de Daniel, les siennes. Daniel lui sourit avant de reporter son attention sur l’écran.

— Regarde cette petite merveille, murmura-t-il à voix basse.

— Tu le savais, bredouilla Mimi

— Je n’étais pas certain, ajouta-t-il en pressant sa main.

Mimi quitta le visage de Daniel subjugué par les images devant ses yeux. Elle suivit son regard et observa cette petite vie qui se développait dans son

ventre. Une vague de bonheur plus forte que les autres remonta le long de sa poitrine pour s’étendre dans sa gorge. Elle retint difficilement les larmes. Jamais elle n’aurait imaginé se retrouver à nouveau dans cette situation. Et pourtant. C’était comme si on lui offrait une seconde chance.

Elle se crispa quand le technicien fronça les sourcils. Il resta au même endroit sur son ventre, le visage tendu.

Mimi se tétanisa.

— Il y a un problème ? le devança Daniel, d’une voix rocailleuse, lorsqu’il avait aussi remarqué le changement d’attitude du technicien.

— Une seconde, s’il vous plaît…, répondit-il, concentré sur ses appareils de mesure.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Mimi devenue blême.

Même elle ne pouvait ignorer la pointe de panique qui perçait dans sa voix. Une panique qui augmenta d’un cran quand elle sentit la main de Daniel dans la sienne la serrer plus fermement.

Soudain, elle éprouva de la difficulté à respirer, et sentit une vague de panique lui comprimer la poitrine.

Seigneur !

Faites que ce soit une fausse alerte. Faites que le bébé soit en bonne santé, psalmodia Mimi.

— C’est bien ce que je pensais, avança calmement le praticien.

— Quoi !? aboya Daniel, les nerfs mis à rudes épreuves.

— Ici, montra le technicien en pointant l’index vers

l’écran.

Mimi et Daniel se penchèrent, interdits, l’un comme l’autre à bout de souffle. Un souffle qui se coupa de façon si simultanée, que le praticien ne put empêcher un sourire relever le coin de ses lèvres.

— Un deuxième bébé.

— Vous êtes sûr ? parvint à demander Daniel sous le choc.

Le patricien haussa un sourcil.

— À moins que vous vouliez que j’en trouve un troisième, ce qui me semble peu probable, oui, je suis sûr.

— Est-ce que tout va bien ? réussit à articuler Mimi.

— Vos bébés sont en pleine forme, confirma le technicien tout en essuyant le ventre de Mimi. Les grossesses gémellaires doivent être suivies plus attentivement. Mais cela ne signifie pas que vous allez rencontrer des problèmes, embraya vivement le praticien quand il vit Daniel ouvrit la bouche. Dans votre cas, il ne s’agit pas d’une grossesse mono-mono ou il faut être plus attentif, mais dizygote. Une poche pour chaque bébé, si on veut vulgariser. Je vous laisse le temps de digérer la nouvelle, ajouta-t-il amusé. Vous semblez en avoir besoin. On se voit dans quelques minutes et on en reparle en détail. Et mes doubles félicitations, termina-t-il avec un petit rictus amusé en fermant la porte et les laissant seuls.

Mimi leva les yeux vers Daniel. Pour une fois, les mots semblaient lui échapper. Le voir désemparé était une première. Mais Mimi comprenait, puisqu’elle était elle aussi sous le choc. Un choc merveilleux. La vie

était parfois surprenante.

— Ce qui ne nous laisse plus qu’une alternative !

— Qui est, demanda Mimi interloquée, encore sous le choc… ?

— Que je refuserai toute autre réponse que : oui.

Mimi cligna plusieurs fois des paupières. Comme elle ne répondait pas, Daniel insista, les sourcils froncés.

— Bon sang, Mimi ! Je suis en train de te demander en mariage. Tu pourrais au moins dire quelque chose.

— Dans un cabinet de médecin !? Es-tu certain de vouloir ma réponse maintenant ? demanda-t-elle, un sourire en coin sur les lèvres.

— Non, marmonna Daniel. Vaut probablement mieux que l’on sorte d’ici. Tu me diras oui quand je serai en train de te faire l’amour.

Mimi leva les yeux au ciel.

— Seigneur ! Autant d’arrogance pour un seul homme.

— Un Dieu, chérie. Un Dieu, répéta-t-il satisfait. Qui t’as fait, pas un, mais deux bébés ? ajouta-t-il en haussant plusieurs fois les sourcils.

Mimi éclata de rire avant de prendre le visage de Daniel en coupe et de retrouver son sérieux. La lueur facétieuse dans le regard de Daniel avait été remplacée par quelque chose de solennel. Il ne la demandait pas en mariage de façon si cavalière par obligation. Parce qu’elle portait ses enfants.

Nom d’un petit bonhomme !

Elle avait bien du mal à s’y faire. Mais la sensation était comme un miel doux glissant sur sa langue. Daniel était un homme dont la noblesse morale touchait Mimi. Elle comprenait que derrière ces bravades, Daniel ne voulait pas reproduire le schéma de sa propre enfance. Il était père. Et contrairement au sien, il assumerait ce que ce rôle représentait.

Mimi comprit qu’il s’engageait avec le cœur, avec des valeurs qu’elle partageait. Elle voulait tout cela. Elle le voulait comme mari, comme père, comme ami, comme amant. Elle le prenait avec ses défauts et cette faculté qui n’appartenait qu’à lui de la faire tourner en bourrique, sa nonchalance, et cette assurance qui parfois lui donnait envie de l’étrangler. Mais elle accepterait sa demande simplement parce qu’elle l’aimait.

Profondément.

Irrémédiablement.

Mimi fut contrainte de lâcher le visage de Daniel quand il se recula. Son arrogance avait fait place à l’incertitude. Il se passa nerveusement la main dans les cheveux, fit trois pas dans la petite pièce avant de revenir vers Mimi qui lissait soigneusement le bas de son t-shirt.

— C’est un peu tôt pour une demande, avança-t-il une grimace aux lèvres. Bon ! enchaîna-t-il avec un entrain surfait. Si on y allait ? Le médecin nous attend.

Mimi observa Daniel, la tête penchée, comme s’il s’agissait d’une créature mystérieuse. Puis un discret sourire étira ses lèvres. Elle l’avait fait assez mijoter. Il semblait à point.

— Daniel ? demanda-t-elle l’air de rien.

Aussitôt, il se positionna à ses côtés, à l’écoute et presque au garde-à-vous.

Au point que Mimi faillit lâcher un « repos soldat ! ». Au lieu, de ça, elle planta son regard dans celui doux et torturé de Daniel.

— J’aimerais beaucoup me marier au Palazzo. Tu crois que ce serait possible ? demanda-t-elle avec une innocence dans la voix qui laissa Daniel stupéfait quelques secondes.

Puis, un sourire qui atteignit ses yeux, se reflétant dans le cœur même de Mimi, éclairant son visage, chassant les doutes qui l’avaient recouvert.

— Je crois que je peux faire ça. J’ai mes entrées, ajouta-t-il avant de se précipiter sur les lèvres de Mimi dont le rire fut vite stopper par l’empressement de Daniel.

* *

*

À suivre...

source : Atramenta

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