Lireunlivre

Crazy lover, chapitre 36

Zoé Vernon

Où était passée la jeune femme pleine de hargne qu’il connaissait ?

Celle qui lui faisait face semblait démunie et d’une fragilité qui lui serra les entrailles. Sa colère, qu’il avait tenté de dissimuler, resurgit avec une force qu’il n’aurait pas soupçonnée.

Mimi vit de nouveau cette étincelle de fureur dans son regard, les traits de son visage, la tension qui habitait son corps. Elle sentait cette colère grandir, prendre une aura dangereuse autour de Daniel au point qu’elle recula de quelques pas, effrayée par la puissance des émotions de son amant.

Les yeux de Daniel oscillaient entre Mimi et la petite fille qui parlait avec d’autres de son âge dans la cour du collège.

La ressemblance avec Mimi était frappante.

Choquante presque.

La petite fille possédait encore les traits de l’enfance, mais il devinait derrière la femme qu’elle deviendrait d’ici quelques années. Une jeune femme magnifique. Des yeux dont il ne pouvait déterminer la couleur à cette distance, mais dont la forme était identique à ceux de Mimi. Des traits qui avaient pour modèle ceux de Mimi. Seule la couleur de cheveux était différente. Ceux de son père, constata Daniel

quand il observa l’épaisse chevelure noire qui encadrait le visage doux et solaire de la petite fille dont il estima l’âge à douze ans. De Ribaupierre possédait cette même masse brune. Ses fils aussi.

— Quel âge a ta fille ?

Mimi se statufia littéralement. Daniel était le premier à la nommer ainsi. Entendre ses mots fissura le barrage qui retenait ses émotions depuis des années, et elle sentit les digues céder. Les larmes s’échappaient sans qu’elle puisse, ou même qu’elle en ressente le besoin de les retenir. Pour quoi faire ? En même temps qu’elles coulaient sur ses joues, c’était comme si elle respirait un peu plus. Tant d’années à garder ce secret, fuir les questions, venir en cachette pour observer son propre enfant comme une voleuse. Être privée de ce qu’elle avait de plus précieux. Pas pour elle, mais pour préserver sa fille et la mettre à l’abri.

— Douze ans et demi, hoqueta-t-elle.

Daniel passa sa main dans ses cheveux tout en s’efforçant de respirer calmement.

Putain de bordel de merde !

Le calcul était simple. Mimi venait d’avoir vingt-neuf ans, sa fille, douze. Cela voulait dire qu’elle était tombée enceinte à seize ans pour accoucher à dix-sept.

Nom de Dieu !

Elle n’était qu’une gamine !

Avec douceur, il prit le visage de Mimi entre ses grandes mains et de ses pouces essuya les larmes sur ses joues.

— Viens ! On ne peut pas rester ici. C’est trop dangereux.

Elle hocha la tête, même si elle ignorait pourquoi cela représentait un danger si immédiat. La douceur dans les gestes de Daniel tranchait avec la froideur de sa voix. Cette dichotomie perturba un peu plus Mimi quand il passa son bras autour de ses épaules et l’entraîna hors de vue des grilles du collège.

Daniel fulminait, mais il tenta de réguler et tempérer ses émotions. Si Greg et lui avaient pu remonter la source, Giraud ne devait pas se trouver loin derrière eux. Il décrocha son téléphone tout en entraînant Mimi.

— Je veux une équipe immédiatement pour soutenir celle déjà sur place

Il continua à donner des ordres au téléphone puis des consignes aux deux hommes qui venaient de sortir d’un véhicule garé un peu plus loin devant une Mimi étourdie. Elle ne comprenait plus, se sentait vide. Fatiguée et sur les nerfs à la fois.

Pourquoi une équipe ?

Pour qui ?

Daniel reconnut sans difficulté la confusion sur le visage de la jeune femme. Tout allait très vite pour elle. Trop vite. Et la situation allait encore s’accélérer. Même s’il ignorait quelle direction prendrait cette

affaire.

Quoi qu’il en soit, il ferait tout pour mettre Mimi et sa fille en sécurité.

Et cela commençait maintenant !

Il ne pouvait prendre le risque de perde du temps, car ce temps, il ne le possédait pas. Il ne souhaitait pas non plus inquiéter Mimi plus que nécessaire. Il la voyait au bord de l’épuisement. Elle n’était pas une femme à se laissait aller à l’hystérie. Mimi était forte. Mais elle arrivait au maximum de ce qu’elle pouvait encaisser. Et la connaissant, elle voudrait repousser ses limites.

Le trajet jusqu’à la Défense s’effectua dans un silence pesant. Mimi s’était recroquevillée sur elle-même. Émotionnellement et physiquement, au point qu’elle donnait l’impression d’être avalée par le siège et paraissait minuscule. Fragile. Trop fragile. Et plus ils approchaient des bureaux, plus elle semblait se renfermer, et la colère de Daniel s’accroître.

Il claqua trop violemment la portière et Mimi sursauta, accentuant un peu plus l’agitation de Daniel. En silence, ils atteignirent l’étage des bureaux. Mimi stoppa face à l’activité étrange des lieux. Il y régnait une animation perturbante et inhabituelle. L’air était électrique, comme si chaque homme qu’elle croisait était sur le qui-vive.

Elle n’eut guère le temps de s’appesantir que la main de Daniel posée dans le bas de son dos l’entraînait vers un bureau un peu plus en retrait. Celui de Greg, comprit-elle quand elle en franchit les portes et se retrouva face à un regard aussi noir que les abîmes dans lesquels elle avait l’impression de sombrer.

D’une pression sur l’épaule, Daniel l’obligea à prendre place sur le sofa qui occupait une partie de la

pièce et Mimi le remercia silencieusement, sentant ses jambes la porter à peine. Greg s’assit face à elle, les avant-bras posés sur les cuisses, une expression déterminée, mais aussi concentrée sur le visage. Ainsi, il lui offrait toute son attention.

— Bien ! Il va falloir jouer franc jeu maintenant.

Mimi hocha la tête frénétiquement, impressionnée par le timbre rauque dans sa voix. Elle risqua un regard vers Daniel qui avait pris place dans un fauteuil, légèrement en biais d’elle. Elle ne faisait plus face à deux hommes, mais à des professionnels entraînés qui avait revêtu un masque qu’elle peinait à reconnaître.

— Je vais être franc, poursuivit Greg. Il ne s’agit plus seulement de vous, mais de votre fille…

— Adèle, le coupa doucement Mimi. Elle s’appelle Adèle.

Mimi releva la tête. Un sourire discret ourlait les lèvres de Greg, changeant complètement sa physionomie. Il semblait plus… accessible et étrangement, plus rassurant.

— C’est un très beau prénom, ajouta Greg.

Une remarque qui fit venir les larmes aux yeux de Mimi, touchée par les mots de Greg. Elle le connaissait peu, mais suffisamment pour savoir qu’il était d’une honnêteté sans faille aussi bien dans ses actions que dans ses paroles et qu’il pensait réellement ce qu’il venait de lui dire. Que chaque mot qui sortait de sa bouche était marqué du sceau de la vérité.

— C’est la seule chose que j’ai exigée, murmura-t-elle sans oser un regard vers Daniel de peur de croiser une fois de plus sa colère.

S’il lui en voulait à ce stade de son récit, il la détesterait lorsqu’il aurait entendu la totalité de son histoire. Une boule se forma dans sa gorge et Mimi dut faire un effort pour la combattre et permettre à l’air d’atteindre ses poumons. Un geste qui ne passa pas inaperçu.

— J’imagine que cela ne doit pas être facile, mais le temps joue contre nous.

Greg avait parlé avec circonspection, malgré une urgence dans sa voix qui alerta Mimi

— Pourquoi ?

Greg jeta un regard vers Daniel qui acquiesça. Ce dernier préférait rester en retrait, sinon il serait capable de tout casser.

Cette ordure qui l’avait mise enceinte à seize ans. Son secret qu’elle avait gardé pendant plus de

douze ans !

Sa détresse qui lui donnait envie de la prendre dans ses bras et de l’emmener loin de tout ce bordel.

Et Greg avait saisi qu’il était bien trop impliqué émotionnellement pour procéder à un interrogatoire, ou plutôt faire face aux confessions de Mimi sans péter un câble.

— Simplement que si l’on est parvenu à remonter jusqu’à Adèle, cela signifie que Giraud n’est pas loin

derrière nous.

Mimi se figea immédiatement, ses yeux reflétant une peur qui vrilla les tripes de Daniel le poussant à intervenir

— J’ai demandé à une équipe de ne pas la quitter des yeux une seconde.

— Elle ne craint rien ? interrogea Mimi, la voix chevrotante

— Non, assura Daniel. Mais le temps joue contre nous.

Et le temps que Mimi se confie, il serait peut-.être trop tard. Option qu’il était hors de question de dévoiler à la jeune femme. Les deux amis échangèrent un bref regard. Ils étaient malheureusement d’accord sur ce point.

— Mimi, reprit Greg. On ignore totalement qui a recruté Giraud, et dans quel but. Pourquoi s’en prendre à Adèle ? Une chose est sûre, ce n’est pas De Ribaupierre qui est le mandataire. Mais cela peut-être sa femme…

— Sa femme ? le coupa Mimi, en relevant vivement la tête. Pourquoi ferait-elle une chose pareille ?

— L’argent. C’est souvent une raison suffisante.

— Ça n’a pas de sens. Elle est déjà très riche…

— À ce stade, cela peut-être n’importe qui, tempéra Greg. Je ne dis pas qu’elle est impliquée. Juste que c’est une possibilité. Ce peut aussi être un individu qui veut se servir d’Adèle pour faire pression sur De Ribaupierre. Son empire financier pèse des millions et les guerres entre partenaires sont souvent déloyales.

— Quitte à s’en prendre à une enfant ? demanda Mimi les yeux agrandis par la peur.

— Quitte à s’en prendre à une enfant, confirma Greg.

— Mais pourquoi insista Mimi ?

— Le faire chanter est une option.

Mimi sentit un grand froid l’envahir. Elle mourait d’envie de toucher Daniel, de recevoir sa force, sa chaleur, mais n’osait toujours pas le regarder. La peur du jugement s’abattit en plus de la terreur qui lui comprimait la poitrine, mais avant qu’elle puisse s’enliser dans un marasme émotionnel, Greg intervint.

— On a besoin d’entendre votre histoire. Elle peut probablement nous donner des pistes. On a besoin de vous sur ce coup, Mimi.

— OK, murmura Mimi en prenant une grande inspiration avant de se lancer dans le récit de sa pathétique vie.

Ses origines. D’une famille bourgeoise de Lyon. Son père, un industriel puissant de la région qui se lançait dans la politique, sa mère, sa sœur de dix ans son aînée. Leur vie, que son père qualifiait de parfaite… juste avant sa naissance. Un accident. Une enfant non désirée, comme il aimait le lui répéter.

— Même mon prénom.

Mimi émit un petit rire désabusé en levant les yeux vers les deux hommes.

— Ils ont fait une erreur à l’état civil, précisa-t-elle d’une petite voix. Ils ont oublié le N. Je devais m’appeler Charline et non Charlie.

Daniel serra les poings, touché malgré lui par les

mots de Mimi. Des mots douloureux qui ne racontaient pas seulement une histoire, mais qui mettaient à nu toutes les douleurs et les souffrances de la jeune femme.

— Juste après mes douze ans, ma mère s’est suicidée…

Revivre ces souvenirs projeta Mimi dans un état d’esprit proche de celui dans lequel elle errait à cet âge. Perdue. Destructeur. D’une violence émotionnelle qui lui coupa momentanément le souffle. Elle se força

respirer longuement. Une respiration hachée, mais qui lui permit de se reprendre. Elle était là pour évoquer des faits. Pour Adèle. Elle n’avait pas le temps, Daniel et Greg non plus, de s’appesantir sur son passé.

— Mon père m’a rendu responsable, poursuivit-elle. Il… il m’a dit que c’était ma faute si ma mère était morte, balbutia-t-elle.

Daniel regardait avec une sorte de fierté la jeune femme combattre ses propres émotions. C’était une guerrière. Elle avait survécu à toute cette merde et il s’en voulait de la replonger dedans. Mais ils n’avaient pas le choix. Et s’il pouvait se trouver face à son connard de père, il n’hésiterait pas une seconde à lui foutre son poing dans la gueule.

— Je n’étais pas très proche de ma sœur. Elle avait vingt-deux ans et faisait ses études sur Paris.

En clair, tu t’es retrouvée seule face à ce merdier, interpréta Daniel.

— Si mon père ne faisait pas attention à moi avant le drame, après il m’a totalement ignorée. Je suis partie un peu en vrille. La seule constante dans ma vie était la danse.

Effectivement. Daniel reclassa les informations qu’il détenait sur Mimi à cette époque. Des fugues, des résultats scolaires catastrophiques, des renvois et des suspensions qui avaient démarré au collège et s’étaient poursuivies au lycée. Une gamine livrée à elle-même, qui par ses actes appelait au secours. Mais qui n’avait été entendue de personne. Sauf de sa professeur de danse. Il se souvenait de cette petite bonne femme toute sèche, mais qui possédait un cœur débordant d’enthousiasme lorsqu’il était allé la voir et qu’elle lui avait parlé de Mimi : une gamine perdue qui ne demande qu’à être aimée.

— Quand je suis entrée au lycée, j’ai décidé de prendre un petit boulot en parallèle pour payer des cours supplémentaires de danse. Mon père ne voulait pas en entendre parler, alors j’ai dû me débrouiller, ajouta-t-elle en haussant les épaules.

Même si elle tentait de faire abstraction de la présence de Daniel, l’aura de colère qu’il dégageait le lui interdisait. Elle releva la tête et croisa son regard dur. Aussitôt une chape de culpabilité pesa sur sa conscience et ses épaules au point qu’elle se sentit se recroqueviller sur elle-même. Elle poursuivit néanmoins son récit, une boule au ventre.

— Je travaillais comme serveuse dans un bar du centre-ville. Un jour, mon patron m’a demandé si je voulais faire des extras pour le service traiteur d’un de ses amis. J’ai accepté. Le taux horaire était un peu

plus élevé que celui de serveuse. C’est lors d’une soirée de travail que j’ai rencontré Ghislain.

À lire aussi

Tous les livres | Tous les auteurs

Tous nos livres
Malik et le tapis volant
Olivier Muhleisen

"Paris a une magie que seuls ceux qui savent regarder peuvent voir."

"Les étoiles te montreront toujours le chemin. Elles sont les gardiennes de ton passé et les éclaireuses de ton avenir."

"Une beauté silencieuse qui ne pouvait être comprise que par ceux qui avaient touché les cieux."

Informations sur les cookies | CGU | Contact | © lireunlivre.com | Onmyweb Production