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Crazy lover, chapitre 35

Zoé Vernon

Que se passe-t-il ? ». Une question qui lui brûlait les lèvres, mais qu’elle s’interdisait de formuler. Par lâcheté probablement.

Daniel planta son regard dans le sien avec une force qui en temps normal aurait dû l’effrayer. Mais paradoxalement, il était le seul homme à détenir le pouvoir de la rassurer. Ils savaient tous les deux qu’elle était la cause, ou la raison, elle n’arrivait plus

faire la distinction entre les deux, de leur retour précipité sur Paris. Et elle connaissait suffisamment Daniel pour savoir qu’il ne la forcerait pas à parler. Même si à la contraction de sa mâchoire, cela lui en coûtait. Cette preuve supplémentaire de confiance lui gonfla la poitrine et elle sentit avec surprise les larmes lui embuer les yeux.

— Quand on sera rentrés, murmura-t-elle le visage baissé, d’une voix si troublée que Daniel la rejoignit sur le lit et glissa sa main derrière sa nuque.

Elle lui paraissait d’un coup si fragile qu’il aurait donné n’importe quoi pour voir un sourire s’inscrire sur ses jolies lèvres.

— Que se passera-t-il quand on sera rentrés ? demanda-t-il avec douceur tout en l’obligeant à lever la tête.

Mimi planta son regard dans celui inquiet de Daniel. Doucement, elle posa sa main contre sa joue, effleura du bout des doigts la ligne volontaire de sa mâchoire pour suivre celle puissante de son cou, s’arrêtant sur son épaule.

— Je te dirais tout, dit-elle dans un souffle à peine audible.

Mimi était terrifiée. Pas à l’idée de parler à Daniel. Au contraire. Elle réalisait, avec un retard évident, qu’elle aurait dû le faire depuis des semaines. Elle était terrifiée non pas par ses révélations à venir, mais par ce que Daniel penserait d’elle quand il saurait.

Son instinct lui dictait qu’il ne porterait pas de jugement.

Son expérience avec les hommes lui soufflait une tout autre alternative.

Et cette bataille entre le bon sens de Daniel et sa propre conscience la poussait à douter d’elle.

Daniel la sentit trembler et l’attira contre lui, posant ses mains en coupe autour de son visage.

Et seigneur !

La peur qu’il lut dans son regard lui noua les tripes. Une peur qu’il identifia. Qui était bien plus subtile qu’il ne l’avait cru.

— Bon sang ! Quoi que tu me dises, jamais cela ne

remettra en cause ce que je ressens pour toi !

Mimi ouvrit des yeux ronds. Il avait frappé exactement au bon endroit. Et cela le mettait en colère qu’elle puisse penser une seconde qu’il la rejetterait par les choix qu’elle avait faits dans son passé, et qui, visiblement, avaient une influence et des répercussions sur la femme qu’elle était devenue aujourd’hui. Il la secoua doucement.

— On est d’accord ? demanda-t-il durement. Peu importe ton passé.

Mimi hocha lentement la tête.

— Verbalise, chérie.

— On est d’accord, réussit-elle à articuler, encore en proie à quelques bribes de doute.

Qui se dissipèrent quand Daniel l’attira à lui et posa durement ses lèvres sur les siennes. Il y avait dans son baiser une force, mais aussi une détermination qui firent définitivement céder toutes les appréhensions de Mimi.

— Parfait ! Maintenant que l’on a mis les choses au clair, tu files te préparer pendant que je m’occupe de charger la voiture.

Il ponctua son ordre d’un baiser rapide sur ses lèvres avant de se lever et de quitter la pièce.

Mimi regarda la porte se refermer, encore étourdie par les dernières minutes tout en s’admonestant de ne pas avoir choisi la voie de la facilité plus tôt avec Daniel. Mais si elle avait suivi cette option, il ne lui aurait certainement pas fait découvrir des plaisirs

charnels et émotionnels jusque là inconnus, qui, et cela l’agaça, la fit rougir en repensant à tout ce dont Daniel était capable de faire rien qu’avec ses doigts.

— Bon sang, marmonna-t-elle en se levant et enfilant ses vêtements.

Ce n’était franchement pas le moment. Elle vitupéra, jetant pèle-mêle ses affaires dans son sac de voyage, jusqu’à ce que plus une trace de son passage en Toscane ne soit visible. Elle finissait de boucler son sac quand Daniel revint pour le lui prendre des mains.

— Prête ?

Autant que pouvait l’être un condamné en route pour l’échafaud… Néanmoins.

— Oui, répondit-elle avec conviction.

Et une fêlure dans la voix qui n’échappa pas à Daniel.

*

Le retour fut relativement plus court qu’à l’aller. Cette fois, Daniel avait utilisé les axes routiers rapides sans se soucier de se faire repérer. Même si les probabilités que Giraud cherche à les localiser maintenant fussent quasiment nulles.

Daniel n’avait pas besoin de lui expliquer pour qu’elle comprenne que derrière sa précipitation à rentrer, se dessinait clairement la fin de quelque chose. Mimi espérait au plus profond de son être que ce soit la fin d’une décennie de fuite, de peur et d’incertitude. Elle avait besoin de ce laps de temps

supplémentaire avant de parler à Daniel. Et il l’avait compris. Elle n’avait pas eu besoin de mettre des mots sur ses émotions. Daniel les avait immédiatement perçues et analysées. Elle ressentait vivement cette impression étourdissante d’être prise dans une spirale et que le contrôle de sa propre vie lui échappait. Une sensation étrangement rassurante de savoir que quelqu’un autre qu’elle prenait soin d’elle. Qu’elle n’était plus seule. À cette pensée, un état de soulagement la submergea, aussitôt suivi d’une boule de gratitude envers Daniel si forte, si respectueuse qu’elle lui donna le vertige.

Elle attrapa doucement la main que Daniel avait posée sur le volant et embrassa le dessus avec solennité.

— Merci, murmura-t-elle.

— Je suis prêt à te laisser autant de temps qu’il t’en faut.

Mimi exerça une légère pression sur la main de Daniel. Cet homme était d’une perspicacité redoutable. Elle avait toujours autant de mal à croire, réaliser même, qu’il soit aussi observateur et intuitif. Comment parvenait-il à la lire, la comprendre avec autant de facilité ?

Daniel lui lança un regard avant de reporter son attention sur la route. Mais pendant ce bref échange, elle avait pu lire toute la force que cet homme serait capable de déployer pour elle. À son tour, il attira les doigts fins de Mimi à sa bouche avant de les embrasser un à un.

*

Ils avaient traversé l’Italie et la France en un temps record. Trop tard toutefois pour que Daniel voit Greg.

Et sa priorité se trouvait actuellement dans un état d’épuisement intense provoqué par un stress constant. À mesure qu’ils approchaient de la capitale, il pouvait voir Mimi se recroqueviller sur elle. Et il détestait être le témoin d’une nervosité aussi tangible. Pour l’instant, il n’avait pour seul objectif de mettre sa jolie rousse à l’abri dans son appartement. Son lit plus précisément. Pour lui faire l’amour jusqu’à ce qu’elle ne pense à rien d’autre qu’au plaisir.

Projet qu’il mettrait cependant entre parenthèses quand elle tituba en sortant de voiture. Il l’aida à descendre pour la guider jusqu’à l’ascenseur privé du sous-sol qui les emmènerait directement à son appartement. Ses traits accusaient la fatigue et elle était à la limite de s’écrouler.

Il était minuit passé quand Daniel rejoignit une Mimi endormie sous la couette. Comme si elle avait senti sa présence, elle se décala jusqu’à se blottir contre Daniel qui n’hésita pas une seconde à enrouler son bras autour de la taille de la jeune femme. Un instinct, qu’il écouta avec attention, l’avertissait que ce que Greg avait découvert allait changer profondément la nature de sa relation avec Mimi. Mais quoique cela fut, il se promit de tout faire pour la protéger. Il enfouit son visage dans le cou de la jeune femme, respirant sa chaleur et ce parfum si particulier qui la caractérisaient avant d’embrasser doucement sa peau tiède et de fermer les yeux à son tour.

Mimi ouvrit un œil, vérifiant l’heure sur la radio réveil. 10 h 23.

Seigneur !

Elle avait dormi plus qu’elle ne l’aurait pensé. Ce qui soulignait son état de fatigue de la veille. La place

ses côtés était évidemment froide. Depuis un moment sans aucun doute. Daniel devait actuellement être avec Greg qui avait précipité leur retour. Une réalité qui la réveilla totalement.

Mimi se redressa vivement dans le lit et frissonna. À cause de la fraîcheur de l’air. De l’absence de Daniel. Mais surtout de cette expression d’urgence qui la tenaillait depuis la veille. Elle se leva en vitesse avec le sentiment dérangeant que le temps était compté. Qu’il lui fallait agir. Immédiatement. Simplement pour s’assurer que tout allait bien et effacer l’impression désagréable du danger qui tournait autour d’elle. Elle regarda sa montre. Si elle partait maintenant, le temps de prendre le métro, elle arriverait juste à l’heure.

Mimi prit une douche rapide et hésita un instant en s’habillant. Si elle quittait le loft, Daniel serait furieux. Elle s’était promis, ainsi qu’à Daniel, de lui dévoiler toute la vérité. Mais avant, elle devait se rendre à cet endroit qui lui était si cher. Comme un besoin incoercible d’y retourner une dernière fois.

Car lorsqu’elle lèverait le voile, tout ce qui faisait sa vie depuis douze ans volerait en éclat. Et une autre peur viscérale que le regard de Daniel change lui vrilla l’estomac. Elle sentit la nausée venir et arriva de justesse dans la salle de bain. Ses hauts le cœur lui arrachèrent des larmes. De détresse, de douleur. Elle passa ses mains tremblantes sous l’eau avant de s’asperger le visage. Mimi prit appui sur la céramique, les mains de chaque côté du lavabo. Le reflet qui lui faisait face était pâle, les yeux brillants. Mais ce qui la choqua le plus fut d’y lire cette

angoisse qu’elle avait mis des années à dissimuler et qui aujourd’hui lui revenait en plein visage.

Mimi ferma les yeux avant de les ouvrir avec détermination. Ce n’était pas le moment d’être faible ! Elle sortit précipitamment, comme si elle avait le diable aux trousses. Ce qui n’était pas loin d’être le cas. Elle repoussa cette pensée et traversa le salon. Son regard fut attiré par la console près de l’entrée. Celle-là même où Daniel avait posé son portable plus de trois semaines auparavant.

Seigneur !

Elle avait cette sensation étourdissante qu’il y avait bien plus de temps que cela que sa « fuite » eût été organisée par Daniel.

Son portable était toujours posé dans l’entrée. La pensée saugrenue que pas un grain de poussière ne recouvrait les meubles lui traversa l’esprit. La personne qui s’occupait de l’entretien de l’appartement agissait avec une efficacité, et une précision redoutables en replaçant au millimètre chaque objet soulevé. Mimi se secoua et attrapa son téléphone qu’elle alluma. Étonnamment, il lui restait encore de la batterie. Des dizaines d’appels en absence, de textos encombraient son écran. Rien d’important, checka-t-elle en les listant.

D’une main tremblante, elle appuya sur le bouton d’appel de l’ascenseur, priant pour que les portes ne s’ouvrent pas sur Daniel. Elle ne voyait pas comment lui expliquer que sa sortie ressemblait à un semblant de pèlerinage. Qu’elle avait besoin d’une heure. Une dernière heure avant de lui parler.

Elle relâcha son souffle quand les portes s’ouvrirent, présentant une cabine vide. Avec tout

autant de fébrilité, elle attendit le ventre noué que la cabine la dépose cinquante-sept étages plus bas. Ce qui se produisit avec une facilité qui la fit douter.

En général, ce qu’elle entreprenait ne se déroulait jamais sans rencontrer au moins un couac. Et pourtant, elle foulait maintenant le parvis de la Défense les jambes flageolantes, l’air frais en comparaison de celui de la Toscane lui cinglant le visage.

Elle se retourna plusieurs fois, le cœur tambourinant contre ses côtes, mais aucun signe d’un Daniel furieux à sa poursuite. Elle dut poser sa main contre son estomac et respirer longuement pour endiguer la nausée qui montait à nouveau.

Au prix d’un effort qui la laissa épuisée, Mimi monta dans la rame de métro et sentit enfin l’étau qui lui comprimait la poitrine se desserrer.

*

Daniel rejoignit le bureau de Greg à grandes enjambées aussi impatientes que frustrées. Il avait quitté Mimi une heure plus tôt. Comme par un fait exprès, Greg avait dû gérer une urgence sur une mission et ne rentrait que maintenant. Daniel rongeait son frein depuis une bonne heure et sa patience était arrivée au maximum de ce qu’elle pouvait atteindre. Il ouvrit la porte du bureau de Greg à la volée, faisant peu de cas d’envahir l’espace de son ami avec si peu de délicatesse.

— Alors ?

Greg haussa un sourcil avant de se lever de derrière son bureau.

— Bonjour à toi aussi.

Daniel se renfrogna et allait rétorquer quand un soupçon de contrôle l’empêcha de s’en prendre à son ami.

— Désolé, grogna-t-il. La nuit a été… courte.

Ou longue selon le point de vue. Le sommeil l’avait complètement déserté. Il avait passé la nuit à étayer des hypothèses, sachant pourtant qu’il ne servait à rien de se disperser et alimenter sa nervosité et son état de tension sans posséder le moindre élément tangible. Son métier, son expérience, lui avaient pourtant appris que c’était non seulement contre-productif, mais que cela multipliait de façon exponentielle un stress, qui, le plus souvent, s’avérait toxique. Et non le stress qui permettait d’augmenter son taux d’adrénaline et de rester en vie lors des missions.

Daniel tira une chaise et se laissa tomber lourdement dessus avant de passer une main sur son visage dans l’espoir improbable de chasser la fatigue. Greg l’observa. S’il paraissait reposé, exception faite de légers cernes sombres sous les yeux, résultat d’une nuit d’insomnie, la posture de Daniel révélait à quel point il était tendu. Tout dans son langage corporel indiquait que Daniel, sous ses airs nonchalants était impacté par la situation fragile de sa danseuse. Il ne maîtrisait pas toutes les parts d’ombre de Mimi, et cela, au-delà de le frustrer, créait une inquiétude qui le rongeait.

— Merci pour le Palazzo.

Une entrée en matière qui amena un des rares

sourires sur le visage de son ami. Sourire qui mit en exergue sa cicatrice, plus prononcée aujourd’hui par la barbe qu’il n’avait visiblement pas eu le temps de raser. Ce qui poussa Daniel à lui demander si son intervention s’était soldée positivement.

— Rien que je ne pouvais régler seul. Même si cela m’a pris plus longtemps que prévu, ajouta Greg. Et de ton côté ? demanda-t-il à Daniel.

Celui-ci haussa un sourcil interrogateur.

— Ce ne serait pas plutôt à toi de me dire ce qui a motivé ton appel de la veille.

— Parle-moi d’abord des éléments que tu as pu récolter au cours de ces trois semaines. Qu’as-tu appris de Mimi ?

OK. Si Greg optait pour cette approche, c’était qu’il voulait comparer les éléments qu’il avait collectés avec ceux de Daniel afin de corroborer sa théorie. Une théorie qui à ce stade n’en serait probablement plus une, mais un fait.

Daniel poussa un long soupir qui alerta immédiatement Greg.

— Ne me dis pas que tu ne l’as pas interrogée !? demanda Greg avec un calme dans la voix qui trahissait néanmoins sa surprise.

Et pour surprendre Greg, il en fallait beaucoup.

— Elle était trop fragile, marmonna Daniel

Bon sang !

Même à ses oreilles, ça sonnait pathétique. Il avait

été lâche avec Mimi. Il le savait. Greg le savait. À la différence, son ami n’avait pas besoin de mot pour mettre Daniel devant sa propre faiblesse. Mais Mimi n’était pas une femme comme les autres. Elle n’était pas un témoin lambda. Elle était sa femme. Elle était à lui. Et on ne molestait pas ce qui lui appartenait !

— Ta danseuse. Fragile… ? ricana Greg.

Daniel ne releva pas. Cela serait insulter Greg qui en deux questions et trois mots bien placés avait évalué la situation.

Et merde !

— Elle a promis de tout me raconter aujourd’hui. On parle de Mimi, là ! Elle a mis du temps à me faire confiance et je savais qu’il ne servait à rien de poursuivre dans la voie de l’affrontement avec elle, même à fleurets mouchetés, maugréa-t-il.

— Eh ! Bien. Si j’avais pensé un instant que le bourreau des cœurs que tu étais tomberait amoureux de la jolie Mimi, j’aurais ouvert les paris.

Daniel le regarda d’un œil mauvais avant de rétorquer :

— Je serai le premier à sabrer le champagne quand ça t’arrivera.

— Aucun risque, répliqua Greg avec assurance. Cela voudra dire que j’autoriserais une femme à m’attacher… avec les liens que je lui aurai moi-même offerts.

Ce qui dans le monde de la domination relevait de l’utopie voire même de l’hérésie interpréta Daniel. Greg était un dominant. Daniel l’avait déjà vu en

pleine séance dans son club. Si Greg était respectueux et attentif envers les femmes, il leur offrait la sécurité, ainsi que la possibilité de s’abandonner complètement, elle et leur inhibition, mais jamais il ne laissait les sentiments prendre le pas. Les émotions, oui. Et la différence entre les deux était si subtile que beaucoup de femmes avaient cru pouvoir atteindre le cœur de Greg sans véritablement jamais l’effleurer. Même s’il était parfaitement clair avec elles dès qu’il entamait une relation. Alors le parallèle entre l’amour et les liens était on ne peut plus approprié.

Mais Daniel était bien placé pour savoir que jamais on ne pouvait prédire où une relation avec une femme pouvait déboucher.

— Tu serais surpris, prophétisa Daniel.

Greg balaya sa remarque d’un geste désinvolte de la main.

— Bien ! Qu’as-tu découvert ? demanda Daniel pour revenir sur un terrain qu’il maîtrisait.

Du moins à peu près…

— J’attends une confirmation. On devait m’appeler hier, mais il y a eu un contretemps.

— Quel genre de « confirmation » ?

Un certain malaise envahit Daniel. L’air sombre de Greg était un signe qui n’annonçait rien de réjouissant. Du moins était-ce ainsi que Daniel interprétait l’attitude de son associé.

— Du genre surprenant, répondit Greg.

Ouais… Réponse on ne peut plus sibylline. Au moins était-ce moins catégorique et négatif qu’il le pensait. Du moins l’espérait-il.

— Mon contact doit me joindre dans la journée. Je pourrais alors…

Il fut interrompu par la sonnerie simultanée de leur portable. Une alarme. Mais pas n’importe laquelle, et qui figea Daniel. Celle attribuée à la surveillance de Mimi.

Les deux hommes sortirent leur portable et lurent le message. Le système que Daniel avait installé dans le téléphone de Mimi plusieurs semaines auparavant s’avérait d’une froide précision.

— Non de Dieu ! s’exclama Daniel.

— Effectivement. On dirait que ta danseuse vient de quitter la tour.

— Bordel ! s’écria Daniel en se levant brusquement et se mettant en route. Qu’est-ce qu’elle fout dehors ?

Une brusque panique lui vrilla le ventre à l’idée qu’elle était en train de le quitter. Une panique qui le paralysa une fraction de seconde et qui n’échappa pas

Greg. Voilà pourquoi il ne voulait jamais tomber amoureux. Les sentiments avaient ce pouvoir destructeur de paralyser et d’empêcher tout choix logique. Et son ami ne faisait pas exception malgré son expérience professionnelle et militaire.

Bon sang !

C’était comme ci tout ce qu’il avait appris, aussi bien par des instructeurs que sur le terrain avait déserté son cerveau.

— Daniel !

La voix de Greg claqua dans le bureau.

Assez sèchement pour remettre les idées en place de Daniel qui réagit au quart de tour. Déjà, il envoyait des instructions à plusieurs équipes. Une ayant pour mission de rattraper Mimi en visuel, l’autre, par l’algorithme du traceur, estimer sa destination avant même qu’elle ne soit sur place. Daniel choisit cette option. Par expérience, le traceur avait prouvé son efficacité.

Deux minutes plus tard, il se retrouvait dans un véhicule qui roulait dans les dédales des sous voies de la Défense pour s’engager en plein cœur de la capitale.

*

Mimi resserra les pans de sa veste pour se protéger du froid et du vent. Elle chassa une mèche de cheveux devant son visage, ne voulant rater aucun détail. Elle se plaça à un point stratégique. Celui qui lui permettait de voir sans être vue. Légèrement en retrait. Elle scruta l’espace derrière les grilles et mis moins de deux secondes à repérer ce qu’elle cherchait. Un sourire qu’elle ne put contrôler s’inscrivit sur ses lèvres, et cette impression d’oppression se dissiper totalement.

Dieu ! Que cela faisait du bien !

Même si le bonheur simple d’observer était mâtiné de douleur. Mais c’était mieux ainsi. Elle avait fait le bon choix, bien que la déchirure serait toujours présente.

Absorbée par son observation, Mimi mit plusieurs secondes avant de sentir une présence dans son dos. Un frisson glacial la parcourut et elle sentit son sang se figer dans ses veines. Doucement, elle se retourna sachant déjà qui elle allait trouver.

Ses yeux rencontrèrent ceux chocolat qu’elle aimait tant, mais dépourvu de chaleur. Le visage de Daniel était d’une fixité inquiétante. En observant de plus près, Mimi décela sans peine la fureur qui trahissait ses traits, immédiatement remplacé par la surprise quand ses yeux se posèrent au-dessus de son épaule et qu’ils se posèrent de l’autre côté des grilles.

Daniel reporta son attention sur Mimi dont les yeux étaient agrandis par la frayeur. Son teint était si pâle qu’il craignait qu’elle ne fasse un malaise. Et vu ce qu’il voyait, il comprenait pourquoi elle paraissait tant effrayée.

— Je… je voulais te parler, balbutia Mimi. Je… j’avais seulement besoin de ces dernières minutes.

Il ne répondit pas et reporta son regard par-dessus l’épaule de Mimi.

Bon Dieu ! Comment avait-il pu passer à côté !?

Son téléphone sonna, rompant le silence épais et insupportable qui s’était installé. Un silence lourd. De regret, de peur, de colère. La voix dure et tranchante de Greg résonna comme une sentence. Il connaissait d’avance ses mots, puisque la réponse se trouvait de l’autre côté des grilles et que la vérité lui explosait en pleine tronche, lui laissant un goût amer dans la bouche.

— On s’est plantés sur toute la ligne. Mimi n’est pas la cible.

— Je sais, répondit la voix glaciale de Daniel. Je l’ai en visuel.

Il raccrocha sans quitter la « cible » du regard puis, avec une lenteur qui fit venir les larmes aux yeux de Mimi, il se tourna vers elle et planta son regard dans le sien.

Seigneur !

Elle aurait donné le peu qu’elle posséda juste pour retrouver cette connexion, ce lien si précieux qu’elle avait créé avec Daniel. Ce fut à peine si elle reconnut l’homme qui lui faisait face.

— Je crois que l’on a certaines choses à mettre au clair.

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