Les jours suivants, Mimi ne découvrit rien d’autre de la Toscane que le parcours pour se rendre de la cuisine à la chambre. Il existait toutefois des variantes puisqu’ils passaient fréquemment par la salle de bain, lieu hautement dangereux si elle voulait préserver un semblant de chasteté. Un terme qu’elle oubliait instantanément dès que les mains aventureuses de Daniel s’ingéniaient à trouver la moindre source de plaisirs.
Et bon sang ! Ses mains étaient délicieusement efficaces.
Deux semaines, bientôt trois que Mimi vivait dans un état de constante félicité. Son corps répondait à la moindre sollicitation de Daniel. Qu’elle soit audible, visuelle, mais surtout tactile.
Ils profitèrent du temps resplendissant et encore chaud du nord de l’Italie pour jouir de la piscine.
Daniel en sortit et se pencha sur la jeune femme allongée lascivement sur une chaise longue. Il plaça ses bras de part et d’autre des épaules de Mimi qui sursauta et ouvrit les yeux de surprise quand des gouttes d’eau froides tombèrent sur sa peau échauffée par le soleil.
Daniel en profita pour observer Mimi. Son corps
dont il ne pensait jamais pouvoir se repaître, son visage qu’il n’avait jamais vu aussi détendu, resplendissant et lumineux. Les traces de son agression n’étaient qu’un souvenir maintenant.
— Le sexe te va bien.
L’air canaille de Daniel lui ôta toute velléité de protestation. Ses muscles roulaient sous sa peau au moindre mouvement, et c’était un plaisir de contempler son corps superbement découplé. Il était magnifique, les cheveux trempés, rejetés vers l’arrière, ses larges épaules dorées que le soleil avait un peu plus tannées, son torse musclé ou des gouttes d’eau se frayaient un chemin entre ses pectoraux. Son ventre plat, cette fine ligne de poils sombres qui descendait vers un point que Mimi adorait explorer. Avec ses mains, son corps, sa bouche. Mimi se passa inconsciemment la langue sur les lèvres.
— Ne fais pas ça, gronda Daniel qui n’avait pas manqué son geste.
Mimi releva immédiatement les yeux pour les plonger dans ceux de Daniel. Sombres. Tentateurs.
— Quoi donc, demanda-t-elle avec une effronterie qui amena un sourire aux coins des lèvres de Daniel.
— Joue à ce jeu et je te promets que plus un son, sauf celui de tes gémissements, ne sortira de cette petite bouche insolente quand je m’enfoncerai loin dans ta gorge.
Mimi eut un hoquet. De désir, plus que par les propos crus de Daniel. Elle sentit sa peau brûler, avant de se liquéfier littéralement quand son ventre se
noua d’anticipation.
Elle tendit la main vers Daniel qui avec une souplesse qui l’étonnait toujours se recula, lui interdisant tout contact. Avec satisfaction, il put voir la frustration sur les traits de Mimi.
— Espèce d’allumeur, marmonna-t-elle alors que Daniel prenait place sur le transat à ses côtés tandis qu’elle se tortillait pour tenter de chasser cette pulsion sourde entre ses cuisses.
Elle risqua un œil vers Daniel qui la regardait posément, un sourire triomphant aux lèvres. Mais à la tension qui déformait son maillot de bain, ce petit interlude l’avait au moins autant excité qu’elle. Sauf que ce bandit avait une maîtrise parfaite de son corps.
— Ça va ? demanda-t-il en lui jetant un coup d’œil ironique.
— Parfaitement bien !
Hors de question de tomber dans son jeu. Pire, de l’alimenter.
— Comment ne pourrais-je pas l’être en vivant dans un palais princier, ajouta-t-elle avec indolence.
Et le terme était faible. La maison, le château, Mimi ignorait exactement comment la nommer, était magnifique, dans la plus pure des traditions toscanes. Une bâtisse médiévale au toit ocre, posée sur une colline qui ouvrait la vue sur un spectacle grandiose. Des vallées, des monts parsemés de vignes plantées dans la terre tiède. Des cyprès cohabitaient avec des châtaigniers, ce qui ne manquait pas de surprendre Mimi. Et le tout appelait à la détente, une paresse
bienfaisante.
— D’un comte.
Mimi se redressa sur un coude et se tourna vers Daniel
— Pardon ?
— Un conte, pas un prince, ajouta-t-il avec cette nonchalance qui lui était propre. Nous sommes dans le Palazzo Di Monti.
— Tu veux dire que l’on habite dans la demeure d’un vrai comte ?
— Hum, hum. Que tu connais également, annonça-t-il comme s’il exprimait un désir pour quelque chose d’aussi prosaïque qu’une tasse de café.
Elle posa des yeux ronds sur Daniel. Elle avait envie de le secouer alors qu’il lui jetait cette info. Mimi se redressa complètement et lui flanqua un coup de poing dans l’épaule.
— Hey ! Tu ne peux pas balancer une petite bombe comme celle-ci et faire ton blasé. Qui c’est ?
— À ton avis, chérie ? daigna répondre Daniel en ouvrant un œil paresseux.
— Greg !? questionna-t-elle les yeux ronds.
Daniel esquissa un autre de ses insupportables sourires. Il leva nonchalamment une paupière avant de la refermer.
J’adore ta perspicacité, chérie.
Il se retint néanmoins de faire ce commentaire, Mimi n’apprécierait pas le compliment à sa juste
valeur. Ce que lui confirma son « Daniel ! », aussi agacé qu’outré.
— Greg, confirma-t-il en ouvrant les yeux cette fois pour les plonger dans ceux de la jeune femme.
— Eh ! Bah ! Jamais je n’aurais imaginé, murmura Mimi, toujours un peu sur le choc.
Même, si en y repensant, l’autorité naturelle que dégageait Greg, son côté sombre qui disait clairement aux autres de passer son chemin possédait une fierté et une aura intimidante. Elle le voyait parfaitement à sa place dans ce palazzo et associait son titre de noblesse à la personnalité taciturne de Greg. Un titre qui à défaut de lui aller comme un gant, ne collait pas avec la vie et la carrière qu’il avait choisies. Daniel lui avait glissé dans une conversation qu’il était le propriétaire d’un club libertin. Mimi pouffa en imaginant les ancêtres de Greg se retourner dans leur tombe.
Doux Jésus !
Il bousculait tous les préjugés et Mimi adorait ça. Son estime pour Greg augmenta de plusieurs échelons.
— Qu’est-ce qui te fait rire ? demanda Daniel.
— Greg. Cet homme est fascinant, murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour répondre à Daniel.
Mimi poussa un cri de surprise quand Daniel se leva
une vitesse spectaculaire et que son grand corps la plaqua contre son transat. Elle se retrouva les poignets immobilisés au-dessus de la tête, et le regard de Daniel la clouant sur place. La teinte chocolat
venait de virer dangereusement au noir et il était absolument splendide lorsque la jalousie le cueillait.
Elle observa avec attention la crispation de ses mâchoires dont un début de barbe accentuait encore les angles.
— Je n’aime pas te voir t’extasier sur un homme alors que trente minutes auparavant, j’étais en toi et tu criais mon nom, grogna-t-il.
Mimi s’apprêtait à le taquiner, mais la lueur de doute qui traversa le beau regard de Daniel l’en dissuada. Une vulnérabilité qui passa comme un éclair, mais que Mimi avait clairement eu le temps d’identifier.
Le besoin impérieux de le rassurer la submergea. Elle redressa lentement la tête jusqu’à ce que ses lèvres se posent sur celles de Daniel. Doucement, elle les fit glisser sur celles de son amant avant d’y passer la langue. Daniel accepta son baiser, et mimi en profita pour se glisser dans sa bouche, le goûter, appréciant sa chaleur, son goût et cette sensation plus discrète qu’était la fragilité de cet homme bâti comme un Dieu… jusqu’à faire disparaître le goût de la vulnérabilité et du doute sur les lèvres de Daniel.
— C’est toi que j’aime, murmura-t-elle.
Des mots que Daniel entendit, car il s’empara de sa bouche avec un appétit qui fit gémir Mimi. Il interrompit leur baiser, les laissant essoufflés, en équilibre sur la crête du plaisir suivi d’un étrange moment ou le temps et leurs émotions semblèrent être en suspend. En attente.
— Daniel ?
Il entendit clairement le doute de Mimi. La jolie couleur ambre de ses yeux s’était légèrement voilée. Un simple mot, son prénom, sous forme de question éveilla tous les instincts de Daniel qui comprit que l’heure n’était plus ni au sexe ni à la légèreté. Il le voyait également à la gravité de son expression. Il soupçonnait de quoi Mimi voulait lui parler. Aussi ne la pressa-t-il pas. Il libéra ses mains des siennes et s’allongea à ses côtés tout en la tournant vers lui pour lui faire face. Lentement, il caressa le doux ovale de son visage.
— Pose-moi toutes les questions que tu veux, ma douce.
Mimi lui fut reconnaissante de si bien la comprendre. Elle ne lui avait pas parlé, car elle avait peur d’entendre les réponses.
— Comment était-il ? Que… que t’a dit Ghislain quand tu es allé le voir… ? demanda-t-elle avec tant d’hésitation que Daniel sentit sa poitrine se comprimer.
Il ignorait ce que cet enfoiré lui avait fait, et même s’il brûlait de le savoir, il laisserait le temps à Mimi. Un aspect de sa personnalité qui ne lui ressemblait pas. Avec n’importe quel client, il aurait utilisé les techniques d’interrogatoire apprises dans l’armée et les différents services de l’état. Des méthodes douces pour mettre la personne en confiance et l’inciter à se confier. La réussite de certaines missions tenait parfois dans les détails apportés lors d’interrogatoire. De minuscules informations qui pour les profanes seraient passées inaperçues. Mais pas pour lui.
Seulement, Mimi n’était pas n’importe qui. Elle n’était pas un témoin qu’il pouvait pousser dans ses retranchements tout en le préservant. Trouver ce fin équilibre entre forcer les souvenirs et craquer mentalement. Non. Mimi était la femme qu’il aimait. Celle qu’il s’était promis de protéger quitte à terrasser la terre entière.
Il prit le visage de Mimi en coupe dans une de ses grandes mains et du pouce caressa sa pommette. Un geste doux qui apaisa immédiatement la jeune femme.
— Rien que l’on ne sache déjà, répondit finalement Daniel.
Mimi cligna des yeux attendant visiblement qu’il poursuive. OK. Il jouerait franc jeu. Elle le valait bien.
— Il vit dans un hôtel particulier dans le 7ème arrondissement avec sa femme et ses deux fils.
Le cœur de Mimi eut un soubresaut. L’hôtel particulier ne se situait pas très loin de chez Mathilde et Logan, et de l’appartement de Daniel. Elle serra les poings en réalisant qu’elle s’était probablement trouvée à moins de cinq cents mètres de lui. Et Daniel perçut son malaise et accentua la pression sur sa joue.
— Il y a quelques mois, il a engagé quelqu’un pour te rechercher.
Cette fois, Mimi frissonna presque violemment. Daniel fut tenté de plaquer sa main derrière la nuque de la jeune femme pour la ramener et la blottir contre lui. Mais il voulait observer son visage. Analyser ses réactions qui étaient autant d’informations que les aveux qu’elle avait tant de difficulté à produire. Il
décida de lui parler franchement.
— De Ribaupierre est malade.
— Ça, je le savais déjà, ne put s’empêcher de répliquer Mimi sarcastique.
— Non, la contredit Daniel en soutenant son regard.
Mimi frissonna devant la gravité de Daniel. Elle n’était pas sûre de bien comprendre…
— Il était dans un lit médical et son dossier ne lui laisse aucune chance. Cancer du pancréas. Il n’en a plus que pour quelques semaines. Jours peut-être.
Il lui épargna le corps malingre et le teint anormalement grisâtre de De Ribaupierre.
Mimi regarda Daniel. Elle avait bien entendu, mais n’était toujours pas certaine d’avoir compris, ce que devina Daniel à l’air presque hébété de Mimi.
— Il va mourir.
— Oh… Je…
— Il n’était pas encore en France, toujours aux États-Unis quand il a diligenté une enquête sur toi. Mais son enquêteur a complètement foiré, reprit immédiatement Daniel. Alors il a laissé tomber.
Il ne voulait pas la voir s’enfoncer dans un marasme émotionnel. Ce type avait été son premier amant. À cette pensée, il serra les dents. Il avait profité du jeune âge de Mimi pour la séduire. Elle n’avait que seize ans, bon sang !
Il s’obligea à respirer lentement et profondément. Ne pas se laisser envahir par la haine sinon il serait capable de remonter sur Paris et de l’achever d’une balle entre les yeux.
— Faut avouer que tu as su merveilleusement brouiller les pistes, ajouta-t-il.
Mimi releva la tête devant la note de fierté qui transparaissait dans ses mots, et esquissa un pâle sourire. Qui s’effaça bien vite. Évidemment que Ghislain avait tenté de la retrouver ! Elle savait parfaitement pourquoi. Et la culpabilité lui rongea la conscience quand Daniel ajouta :
— Il m’a dit t’avoir recherchée pour alléger sa conscience. C’est incroyable ce qu’un homme peut faire lorsqu’il se retrouve au crépuscule de sa vie, ironisa Daniel.
Mimi ne releva pas. Daniel ne croyait aucunement à la rédemption de Ghislain. Elle brûlait d’envie de tout avouer à Daniel. Mais pas aujourd’hui, pas maintenant. Ghislain allait mourir. Elle aurait dû ressentir du soulagement, mais c’était un poids tout autre qui lui comprima la poitrine. Des regrets d’avoir été aussi naïve quand elle était jeune. De toutes ces années gâchées à se cacher. Mais surtout, de ce quoi Ghislain l’avait privée. D’une partie d’elle-même…
Daniel resserra son étreinte autour de Mimi. Sans mots, il savait qu’elle avait besoin de digérer les informations qu’il venait de lui balancer. Il la sentait prête à s’ouvrir à lui. Ses lèvres s’étaient ouvertes puis fermées à plusieurs reprises. Ce qu’elle dissimulait semblait sur le point d’être enfin mis en lumière. Mais pas aujourd’hui, avait-il immédiatement compris. Et il ne voulait pas la forcer. Il ne voulait pas que Mimi se referme et s’éloigne. Il avait dû apprivoiser sa jolie rousse et il était allé trop loin dans sa relation et ses sentiments pour la voir faire marche
arrière. Il était surtout terrifié à l’idée qu’elle puisse fuir une nouvelle fois. Aussi pressa-t-il son corps souple et chaud contre lui, se repaissant de sa douceur et son odeur d’été.
De femme.
Daniel avait mis vingt ans à parler de Lizzie. Il pouvait bien laisser quelques jours à Mimi pour raconter son histoire et lui livrer son passé.