Un lion en cage.
Voilà à quoi il ressemblait !
Daniel retira rageusement son blouson de cuir qu’il lança sur un fauteuil. Il jeta un regard agacé sur son environnement. Beau, indéniablement raffiné, terriblement vide. Une chambre qui se trouvait la plus éloignée de celle de Mimi.
Il revint sur ses pas, ouvrit la fenêtre. Une brise tiède et bienvenue vint lui frapper le visage ainsi qu’une odeur douce de chèvrefeuille. Daniel passa une main lasse sur son visage.
Les deux jours avaient été difficiles psychologiquement. Entre s’assurer que Giraud ne les suivait pas, rester en contact avec Greg qui avait perdu sa trace de ce fou furieux, et la présence de Mimi dans le minuscule habitacle de la voiture, les nerfs de Daniel avaient été mis à rude épreuve.
Et là, la jeune femme venait de lui donner l’estocade finale.
Mimi avait fissuré son armure. Elle avait trouvé sa faille et s’était insinuée à l’intérieur. Elle s’y était glissée avec une telle subtilité qu’il ne l’avait même pas vue faire. Et pourtant, avec ses mots, elle venait de remplir les vides qu’il s’efforçait de colmater de toute invasion de sentiments susceptibles de l’affaiblir.
L’amour.
Nom de Dieu !
Comment pouvait- elle le lui balancer en pleine face et penser un instant à leur réciprocité. Il l’appréciait, oui. Adorait parler avec elle, riait de son humour, de son intrépidité, son côté audacieux, admirait sa sensibilité qu’elle s’efforçait de cacher derrière ses éternels sourires. Et pourtant, Dieu, et lui aussi savaient à quel point ils dissimulaient une souffrance qu’elle gardait en elle depuis des années.
Néanmoins, cela ne la ternissait pas. Elle restait cette femme solaire, lumineuse pour qui il avait envie de déposer le monde à ses pieds.
Mais l’aimer ?
Daniel s’en sentait incapable. À cette pensée, il éprouva de nouveau cette gêne dans la poitrine. Il la repoussa comme il repoussait le sentiment qui en était
l’origine. Pourtant, il sentait ce poids dans sa poitrine s’installer. Pour comprendre quand il se dirigea vers la salle de bain que ce foutu poids ne venait pas de s’installer, mais qu’il était là, bien présent dans son corps et sa conscience depuis un petit moment. Et que ses propres mensonges, son déni, le réveillait, jusqu’à lui brûler les entrailles.
Daniel ouvrit les robinets de la douche et enleva ses vêtements avec rage. Il se glissa sous le jet brûlant. Aimer Mimi signifiait prendre un risque. Un risque qu’il était incapable d’assumer. Car la seule femme qu’il ait jamais aimée dans sa vie était morte par sa faute. Lizzie lui avait fait confiance, et il l’avait bafouée.
L’éventualité d’éprouver de nouveaux sentiments amoureux lui filait la nausée. Alors il avait enchaîné les conquêtes. Il était plus facile de se perdre dans le sexe avec une multitude de femmes que de s’attacher à une seule.
Et son amazone avait débarqué dans sa vie et y avait foutu un bordel monstre.
Le cadeau que venait de lui offrir Mimi était trop précieux, trop pur pour qu’il le salisse. Daniel plaqua sa main contre son cœur qui s’emballait et battait la chamade. Cette lourdeur dans sa poitrine prenait de plus en plus de place.
Il s’obligea à respirer lentement. Profondément.
Et si ? Et s’ils se laissaient une chance. Avec Mimi, Daniel se sentait étrangement plus libre, comme si les griffes de la culpabilité se relâchaient et lui permettaient de respirer plus facilement. Mimi, avec son sourire, sa sincérité quand elle lui faisait l’amour, lui donnait ce vertigineux sentiment d’avoir de nouveau le droit d’aimer. Et comme un con il avait préféré rejeter en bloc tout ce que la jeune femme lui faisait ressentir parce que, comme elle lui avait si bien balancé en pleine tronche, il n’était qu’un lâche. Et elle, sa guerrière n’avait pas hésité un instant à se mettre totalement à nu devant lui.
— Nom de Dieu ! marmonna-t-il.
L’eau ruisselait sur son corps en même temps que les émotions l’enveloppaient. Des sentiments qui réchauffèrent son être et son cœur. Des sentiments, qui, en les acceptant, repoussaient ce putain de poids qui lui comprimait la poitrine.
Il en aurait ri. Ou pleuré quand il se rendit compte au bout d’une dizaine de minutes sous le jet de la douche que ses sentiments semblaient maintenant
complètement en phase avec lui-même, lui apportant ce sentiment de justesse après lequel il courrait sans jamais en avoir réellement conscience.
Il s’était persuadé que plus jamais il ne consentirait
se sentir responsable de la sécurité affective d’une femme, de Mimi en particulier. Jusqu’à ce qu’il ouvre enfin les yeux. Il lui avait fallu plus d’une année pour comprendre, accepter plutôt, que Mimi était différente. Et qu’il était temps qu’il se comporte et agisse comme un homme.
Mimi releva la tête en entendant frapper contre sa porte. Son cœur manqua un battement, mais elle se reprit aussitôt. Les probabilités que ce soit Daniel étaient si minces qu’elle en aurait pleuré de dépit. Elle trouva effectivement Antonnella derrière le panneau de bois qui souhaitait s’assurer qu’elle ne manquait de rien avant de rentrer chez elle pour retrouver son mari.
Mimi la remercia chaleureusement avant de la regarder s’éloigner avec envie. Au moins avait- elle une personne à rejoindre, contrairement au désert qui peuplait la vie de Mimi. Une vie remplie de vide pour le moment. Elle se rassit dans le fauteuil dans lequel elle s’était réfugiée après la douche et eut à peine le temps de s’y réinstaller qu’Antonnella frappa de nouveau.
— Entrez.
Mimi ne put s’empêcher de sourire. Elle connaissait
peine cette femme, mais la bonté qui s’affichait sur son joli visage légèrement marqué par les prémices de la cinquantaine avait quelque chose de reposant. Elle s’était sentie immédiatement à l’aise, même si Daniel n’avait fait les présentations qu’en coup de vent, visiblement pressé de se débarrasser de la présence de Mimi en l’expédiant dans sa chambre.
Aussi se statufia-t-elle lorsque la large carrure de Daniel se profila dans l’embrasure de la porte. Il marqua un temps d’arrêt avant de franchir le seuil pour refermer derrière lui. Mimi se figea un peu plus quand sa grande silhouette se rapprocha d’elle. Une démarche qu’elle ne put s’empêcher d’admirer. Fluide, qui se déplaçait avec une assurance frisant l’arrogance, mais qu’elle adorait plus que tout. Il avait dû enfiler à la hâte ses vêtements après la douche, car son t-shirt était humide et collait à son large torse, épousant de façon indécente la beauté et la force de ce corps qui ne lui appartenait plus. Qui ne lui avait jamais appartenu, rectifia-t-elle en grimaçant.
Daniel s’arrêta devant Mimi. Elle semblait minuscule dans cet immense fauteuil. Il pouvait lire de la méfiance sur son visage et ne pouvait le lui reprocher. Il soupira tout en mettant les mains dans ses poches, le menton baissé.
Bon sang !
Tout se mélangeait dans sa tête. Ses pensées semblaient s’être prises dans un alambic impossible à démêler alors que la finalité de ce qu’il voulait dire à Mimi était si simple.
Il était fou d’elle. Et cette folie le terrifiait plus que tout.
— Daniel ?
La voix de Mimi était incertaine. Son silence et son immobilisme avaient eu raison de la méfiance de sa jolie rouquine. L’inquiétude perçait dans son interrogation. Quand il releva les yeux, il s’aperçut
qu’elle s’était redressée, visiblement en alerte.
— Est-ce que tout va bien ? demanda-t-elle, les sourcils froncés. Des nouvelles inquiétantes depuis Paris ?
— Non, la rassura-t-il en soupirant. Rien de nouveau.
Daniel n’ajouta rien. Il resta comme prostré, les yeux braqués sur le visage de Mimi. Elle sentit tout son corps se contracter face à l’attitude incompréhensible de Daniel. Il semblait totalement ronger par ses démons et Mimi pouvait assister impuissante à la guerre qu’il menait contre lui même et qui s’imprimait sur ses traits. Les petites rides autour de ses yeux semblaient plus creusées, ajoutant
la beauté ténébreuse de Daniel. Mais c’était son expression torturée qui la toucha en plein cœur. Comme elle aimerait se lever, le prendre dans ses bras, lui dire que tout irait bien. Quoique cela fut.
Après un long silence, il reprit la parole.
— Lizzie avait seize ans lorsqu’elle a été assassinée. J’en avais dix-sept.
Mimi se figea un peu plus. Elle eut l’impression douloureuse que son cœur s’était arrêté pour reprendre vie de plus belle. La confession de Daniel, celle qu’elle avait si longtemps attendue la percuta de plein fouet. Ce qu’il faisait demandait un grand courage, et elle l’en aima que plus. Car au-delà de son histoire, il déposait au creux de ses mains la confiance qu’il avait en elle. Et ce cadeau était probablement le plus précieux qu’elle n’avait jamais reçu d’un homme jusqu’à aujourd’hui.
— J’étais un ado… difficile. Je me rebellais contre tout et tout le monde. Et puis Lizzie a déboulé dans ma vie. Sa douceur, sa gentillesse m’ont permis de retrouver un équilibre. Avec elle je me sentais quelqu’un de bien. Elle était la bonté incarnée. Je suis tombé amoureux de cette jeune femme, et elle aussi, ajouta-t-il comme si encore aujourd’hui, il n’y croyait pas. Ce jour-là, on devait se rejoindre à la gare de Chelmsford4.
Mimi retint son souffle, comprenant immédiatement quelle serait la suite.
— Je suis arrivé cinq minutes après l’arrivée du train de Lizzie. Cinq minutes seulement…
Tant de douleur et de culpabilité transpiraient dans cette petite phrase que Mimi sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle laissa Daniel poursuivre, sans l’interrompre.
— Il y avait un attroupement dans un des couloirs sous-terrain, et j’ai tout de suite eu un mauvais pressentiment. Je me suis mis à courir pour rejoindre le groupe de personnes agglutinées. Quand je suis arrivé à leur hauteur, j’ai reconnu le blouson de Lizzie. Au sol. Couvert de sang.
Mimi ne quitta pas Daniel du regard. Ses yeux étaient comme hantés. Il n’était plus avec elle, en Italie, dans ce magnifique Pallazzo. Il était perdu dans un passé douloureux, vingt ans en arrière, dans les couloirs sombres d’une gare anglaise. De la main, il fourragea dans ses cheveux, les décoiffant un peu
chef-lieu du comté d’Essex
plus.
— Bon sang ! Sa peau était encore chaude et je me refusais à croire qu’elle ne respirait plus. C’était juste… impensable. Et puis, je l’ai entendu avant de le voir, poursuivit-il les mâchoires serrées en marquant une longue pause dans son récit.
Qui ? Faillit demander Mimi. Mais Daniel reprit, la voix anormalement posée. D’une dureté tranchante. Froide. Qui envoya mille frissons dans le corps de Mimi.
— Il riait. Cet enfoiré riait.
Mimi retint un cri et posa sa main devant sa bouche tant l’horreur de ce qu’avait vécu Daniel la percuta.
— Il riait, totalement défoncé, et fier d’avoir tabassé Lizzie à mort. Je n’ai pas réfléchi. C’était comme si j’étais possédé, articula difficilement Daniel. Je l’ai poursuivi. Exactement comme il l’avait fait avec Lizzie. Je l’ai attrapé et frappé. Encore et encore jusqu’à ce qu’aucun souffle de vie ne s’échappe de ses lèvres.
Mimi regardait les poings de Daniel se serrer et se desserrer convulsivement, en des mouvements nerveux. Elle savait quelle force de frappe détenait cet homme, même si au moment des faits il n’était qu’un adolescent, elle se représenta, avec une clarté étonnante, comment pouvait être Daniel à cette époque. Associé à la colère, la souffrance, sa haine contre l’individu qui avait pris la vie de Lizzie, avait été destructrice. Mortelle. La loi du talion qu’étrangement Mimi ne parvenait pas à lui
reprocher.
— Ce sont les cris des autres voyageurs qui m’ont ramené à la raison. Et là, j’ai réalisé ce que je venais de faire. Curieusement, aucune culpabilité ne m’a étreint. Je me suis enfui et suis directement rentré à HylandsHall. Sur place, j’ai tout expliqué à Logan. Je me sentais complètement largué, et j’étais mort de frousse. Il m’a obligé à quitter mes vêtements pour prendre une douche. Et pendant que je le faisais, il m’a piqué mes fringues pour les passer et se rendre au poste de police pour s’accuser d’un meurtre qu’il n’avait même pas commis. Logan était un fils de bonne famille à la réputation infaillible. Moi, un délinquant en devenir. Logan a tout de suite compris que si j’allais me dénoncer, je n’avais aucune chance de m’en sortir. Contrairement à lui. Il a pris tous les risques et je n’ai pas levé le petit doigt.
Daniel était essoufflé, comme s’il avait parcouru des kilomètres. Revivre le passé était une épreuve à laquelle il ne s’attendait pas.
— Cela fait-il de moi un monstre ? Probablement, répondit-il la voix légèrement chevrotante.
Mimi sentit son cœur se serrer de douleur pour ces deux adolescents que la vie avait pour l’un fauché, pour l’autre formé une carapace si épaisse autour de son cœur qu’il en avait oublié ce qu’était le bonheur. Car malgré la vie pleine et remplie de Daniel, Mimi réalisa à l’instant qu’elle était désespérément vide.
Elle se leva face à Daniel et doucement posa sa main contre sa joue en un geste d’une légèreté et d’une tendresse qui le fit ciller. Elle comprenait aussi le lien fort qui unissait Daniel à Logan et la vision
qu’elle eut de ce dernier se modifia pour devenir, en écoutant les confidences de Daniel, qu’un profond respect.
— Non, Daniel. Ça ne fait pas de toi un monstre.
— J’ai tué un homme de mes poings, s’emporta-t-il face à la douceur de Mimi qu’il estimait ne pas mériter.
Comme si elle sentait son combat intérieur, Mimi appliqua une pression plus forte sur le visage de Daniel, qu’elle prit en coupe entre ses mains, l’obligeant à plonger soin regard dans le sien.
— Non ! répéta-t-elle avec fermeté. Ça ne fait pas de toi un monstre, mais un homme. Avec ses forces, mais surtout avec ses faiblesses. Logan savait exactement ce qu’il faisait en se dénonçant à ta place. Il savait aussi que s’il ne le faisait pas, tu ne deviendrais jamais l’homme que tu es aujourd’hui. Il te faisait suffisamment confiance pour croire en toi et aux secondes chances. Chance que tu as saisie. Tu ne pouvais pas lui faire plus précieux présent, Daniel.
— J’ai tué un homme, répéta-t-il néanmoins. J’ai retiré la vie alors que je n’en avais pas le droit. Mais j’ai surtout laissé Lizzie mourir.
Daniel sentait son cœur battre la chamade. Il se sentait terrifié. Non par ses confidences, mais que Mimi le prenne pour un être hideux et plus que tout, il redoutait de voir dans ses jolis yeux le dégoût qu’elle aurait de lui. Mais le regard qu’elle posa sur lui n’avait rien d’horrifié, au contraire. Il y lisait une compassion qui lui allégea instantanément le cœur ainsi et sa putain de conscience qui lui pesait depuis
de trop nombreuses années, ainsi que cette autre émotion qu’il avait repoussée jusqu’à ce que Mimi lui ouvre les yeux. Enfin.
— Et tu le payes depuis vingt ans. Je crois que tu as largement purgé ta peine.
Les mots de Mimi lui envoyèrent des décharges dans tout le corps. Il poussa un soupir qui détenait tout l’amour qu’il portait à cette femme. D’un geste, il enlaça la jeune femme, l’enfermant dans ses bras. Il entendit le petit cri de Mimi face à la soudaineté de son geste et sentit un petit sourire s’inscrire sur ses lèvres quand les bras de Mimi s’enroulèrent autour de son torse.
Alors seulement, un sentiment de plénitude, celui plus fort d’être à sa place envahit chaque cellule de son corps, la moindre parcelle de conscience et celle plus intime de son cœur. Un pur sentiment de justesse.
Le nez dans les cheveux de Mimi, Daniel inspira longuement. Il lui avait raconté le principal, mais pas l’essentiel.
— Depuis vingt ans, je me suis toujours interdit tout sentiment amoureux.
Il sentit Mimi se tendre dans ses bras. Aussi relâcha-t-il son étreinte et prit son doux visage en coupe entre ses grandes mains, l’immobilisant.
— Jusqu’à toi, ajouta-t-il d’une voix rauque.
Mimi plongea son regard dans celui de Daniel. Elle pouvait voir les ombres qui dansaient dans ses yeux se
dissiper, pour ne laisser qu’une immensité claire dans ses prunelles. Et là, en voyant qu’enfin Daniel s’ouvrait à elle qu’elle sentit ses yeux s’embuer.
Du pouce, il essuya une larme qui coulait sur sa joue. Il pouvait lire dans son regard ambre ce que ces trois petits mots avaient provoqué chez Mimi. Un soulagement brut, qui lui envoya des ondes de bien-être à travers tout le corps.
— Tu es arrivé dans ma vie comme une furie. Une furie adorable qui n’a pas hésité à défendre son amie en plein milieu d’une rue du dix-huitième arrondissement. Tu m’as tenu tête, tu m’as menacé, et je crois pouvoir dire avec certitude que c’est à ce moment où je suis tombé fou amoureux de toi. Même si comme un abruti, j’ai mis plus d’un an pour le réaliser, le comprendre et l’accepter. Tu avais raison. Je n’étais qu’un lâche.
Mimi ne put retenir un sanglot. Tout un panel d’émotion vive lui arrivait dessus et elle ne parvenait pas à les gérer… et n’en avait aucune envie.
— Ne pleure pas, murmura Daniel, ses lèvres parcourant ses joues, ses yeux, ses lèvres. S’il te plaît…
— C’est ta faute, réussit-elle à articuler entre deux sanglots, mais parce que tu me rends heureuse. Et les hommes lâches ne font pas ça. Les hommes lâches disparaissent des vies. Et tu es tout sauf lâche.
Quelque chose dans la poitrine de Daniel s’épanouit, prenant de plus en plus de place. Ce n’était pas désagréable ni dérangeant. Juste nouveau… et il adorait cette sensation. Un sourire canaille s’étira sur ses lèvres et il recula légèrement
la tête pour pouvoir regarder Mimi.
— Tu m’aimes vraiment alors ?
Une question qui ressemblait plus à une affirmation et qui gonfla encore cette impression de chaleur dans la poitrine et agrandit son sourire.
Mimi renifla et haussa les épaules.
— Non. Je te déteste pour tout ça. Je devrais m’enfuir pour tout ce que tu m’as fait subir.
— Mais bien sûr, ma chérie. J’adore quand tu me détestes.
Mimi voulut répliquer, lui faire ravaler son petit air supérieur, mais Daniel écrasa ses lèvres sur les siennes. Sa langue s’immisça avec une sorte d’urgence entre les lèvres de la jeune femme et envahit sa bouche. Mimi répondit au baiser vorace de Daniel. Il y déversait de l’empressement, de l’impatience et cet élément plus subtil qu’était son amour qui complétait si parfaitement celui de Mimi.
Il se détacha sans relâcher Mimi et posa son front contre le sien.
— Et ne t’avise pas une seconde de me fausser compagnie. Aucune chance que je te laisse m’échapper maintenant, gronda-t-il d’une voix sourde.