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Crazy lover, chapitre 17

Zoé Vernon

Pour lui.

Elle avait dansé pour lui.

Chacun de ses tableaux avait été réalisé en ne pensant qu’à cet homme. Elle ressentait encore sa tension dans l’habitacle de la voiture. Mimi aurait voulu être indifférente aux émotions de Daniel. Y être imperméable et les laisser glisser sur sa peau et sa conscience.

Mais ce satané voyou avec ses yeux assombris par des préoccupations dont elle ne parvenait pas à prendre réellement la mesure.

Son attitude qui ressemblait à celle d’un fauve, un regard méfiant sur son environnement.

Son corps massif, tendu et aux aguets, magnifique. Tout cela l’atteignait plus vivement et profondément qu’elle ne l’aurait imaginé. Et elle avait beau lutter, chasser ses propres troubles, ils revenaient l’habiter

et la secouaient intimement.

En dansant, elle avait souhaité apaiser Daniel. Elle avait senti son regard sur elle, et à mesure que les notes s’égrainaient, que ses pas racontaient une histoire, une connexion s’était établie. De plus en plus forte au point d’avoir eu ce sentiment de n’être qu’avec Daniel sur scène. Elle percevait encore cette

chaleur agréable qui avait pris naissance dans son ventre et s’était étendue à l’ensemble de son corps.

Le cabaret se trouvait à moins de dix minutes de l’immeuble particulier de Logan dans lequel Daniel possédait son propre appartement. La tension nerveuse du début de soirée s’était peu à peu transformée pour muer quelque chose de plus charnel. Et le regard que lui renvoyait Daniel était le reflet de ses propres désirs. Une faim dévorante qui les avait saisis de façon aussi fulgurante qu’obsessionnelle. Même si elle sentait que Daniel luttait contre.

Il engagea la voiture dans la rampe d’accès au parking souterrain. Un luxe proche du miracle dans cette partie de la capitale. Une porte sécurisée s’ouvrit sur un garage d’une propreté chirurgicale où des voitures représentant probablement plus d’une dizaine d’années de son salaire attendaient patiemment que l’on vienne les dompter.

Daniel escorta Mimi jusqu’aux portes de l’ascenseur. Sa main se pressa sur ses reins pour l’accompagner et il tenta de ne pas réagir au frisson qui parcourut le corps de la jeune femme.

Mimi retint son souffle. La large paume de Daniel propagea une chaleur dans le bas de son dos qui se répandait dans son corps à mesure que l’ascenseur progressait. La tension de Daniel était palpable. Elle emplissait la cabine de l’ascenseur d’une aura sexuelle presque étouffante tant elle était puissante. Daniel s’était déplacé de sorte que son dos frôlait son torse musculeux. Elle pouvait percevoir la tension de son corps, sa chaleur. Son ventre se crispa et une moiteur sourdra entre ses cuisses. Ses nerfs étaient tendus à se rompre et Mimi se mordit la lèvre pour

retenir un gémissement.

Elle devait sortir.

Maintenant !

Sa prière s’exauça et elle respira l’air frais, ou du moins il lui parut moins étouffant, quand les portes s’ouvrirent sur le hall de la résidence. Une pression dans son dos l’obligea à avancer et Daniel la conduisit jusqu’à une imposante porte. Elle n’aurait su dire en quels matériaux elle était constituée. Ce qui était sûr, c’est que Daniel ne lésinait pas avec les systèmes de sécurité. Il aurait fallu un bélier, ou même une dose d’explosif pour la défoncer. Et encore…

Daniel observa la jeune femme pénétrer son univers. Il croisa les bras, appuyé contre le chambranle. Mimi déambulait dans le salon. Il pouvait voir ses yeux englober la pièce puis la détailler, et se poser sur certains objets. La regarder ainsi se promener dans son environnement, avait quelque chose de très intime et il sentit une chaleur bien trop familière lui réchauffer les reins dès que Mimi se trouvait dans un périmètre proche. Il réprima un grognement quand son sexe se comprima contre la fermeture de son pantalon et tenta de se rajuster. Avec le contrôle que des années d’expérience avaient façonné, il précéda la jeune femme, et marmonna :

— Suis-moi !

Son ton était plus sec qu’il ne l’avait voulu et il grimaça. Il fut cependant surpris lorsque la jeune femme obéit docilement et le suivit silencieusement.

Mimi ne pouvait que constater la tension qui émanait de Daniel à ses épaules contractées et la

crispation de sa mâchoire. Elle n’avait en rien diminuée depuis qu’il était venue la chercher chez elle.

Bien au contraire.

Daniel précéda la jeune femme. La présence de Mimi dans son dos ne pouvait que lui rappeler les événements récents. Coucher avec elle avait été merveilleux. Un moment de fusion parfait. Mais l’agression d’Alice lui avait rappelé pourquoi il ne devait pas recommencer. Mimi lui faisait perdre de vue ses objectifs. Son attirance pour elle la mettait directement en danger. Et Alice avait été un rappel cruel de ce qui pourrait arriver à Mimi s’il ne se concentrait pas sur l’essentiel. Sa sécurité. Et non ce besoin obsessionnel de la mettre dans son lit et de la faire sienne.

Ils traversèrent le salon, dont les hautes fenêtres devaient apporter une luminosité exceptionnelle à la pièce dans la journée. Les plafonds haussmanniens étaient magnifiques dans leur détail. Au centre, une rosace où s’accrochait un lustre en cuivre, s’assortissait au style classique de la pièce. Les creux des moulures et de la rosace étaient discrètement rehaussés de gris pâle pour les harmoniser aux murs. L’ameublement était à l’avenant. Un subtil mélange élégant d’objets contemporains et classiques. Un canapé en cuir faisait face à la cheminée dont des éléments en chrome cassaient l’austérité du marbre. Un tapis d’Aubusson recouvrait un parquet clair absolument magnifique qui vu son aspect devait être d’époque.

Mimi avait été surprise. Elle s’attendait à un univers beaucoup plus moderne, fait d’acier et de cuir. Masculin. Mais l’atmosphère qui se dégageait des

lieux possédait une aura de force tranquille, de douceur et d’un côté brut. Une atmosphère qui définissait parfaitement Daniel.

Il entraîna la jeune femme dans un autre couloir. Le coin nuit, supposa-t-elle. Ce que lui confirma Daniel lorsqu’il ouvrit une porte donnant sur une chambre magnifique et indéniablement féminine. Un lit à baldaquin y trônait surplombé d’un dais en voilage blanc.

— Oh ! murmura Mimi, avec un pincement au cœur. C’est donc ici que tu amènes tes maîtresses.

Le silence de Daniel l’intrigua et elle se tourna vers lui. Son visage n’était qu’un masque figé. Mimi se fustigea pour sa remarque idiote. Il avait parfaitement le droit d’emmener des femmes chez lui. Mais savoir qu’elle était un numéro de plus sur la longue liste de Daniel la blessait plus qu’elle ne voulait se l’avouer.

— Pas n’importe quelle femme, répliqua Daniel après un long moment sans quitter Mimi des yeux.

Elle sentit sa poitrine se contracter un peu plus sous les paroles et le regard perçant de Daniel.

— Je n’aurais pas du faire ce genre de remarque, s’excusa Mimi qui déglutit difficilement. Tu es chez toi. Mais ce n’est peut-être pas une bonne idée que je reste, conclut-elle en esquissant un pas vers la porte.

Daniel se décala pour bloquer le passage.

— Dommage, répondit-il, une raucité dans la voix qui fit relever les yeux de la jeune femme. Ma mère trouve que l’on dort plutôt bien dans cette chambre.

— Ta mère… ? répéta Mimi décontenancée.

— Oui, confirma Daniel avec un hochement de tête sec. Elle a toujours aimé le genre « princesse ». Alors je lui ai décoré cette pièce pour qu’elle se sente bien.

— Oh…, ne put que répondre Mimi dont les joues prirent une teinte rose vif.

Adorable, pensa Daniel.

Il se pencha légèrement vers Mimi, son souffle lui caressant la joue.

— Sache que je n’amène ni femmes dans cette chambre, encore moins mes maîtresses, murmura-t-il.

De rose, Mimi sentit ses joues passer au rouge. Elle se sentait idiote et d’une jalousie totalement déplacée. Aussi, se détourna-t-elle.

De jolis meubles délicats occupaient le reste de l’espace. La chambre respirait une atmosphère indéniablement féminine. Mimi se sentit rougir en admirant les draperies d’un blanc virginal sur lesquels elle se voyait commettre les pires outrages avec un Daniel encore plus sombre et taciturne que jamais depuis qu’il l’avait fait entrer dans la chambre.

croire que ses pensées rejoignaient les siennes lorsqu’en plus de son air renfrogné, Daniel resta au seuil de la pièce. Comme si entrer dans la chambre allait le conduire à sa perte. Et la sienne également. Elle se tourna face à lui et le vit distinctement se raidir. Sa pose nonchalante, mains dans les poches, appuyé contre le chambranle, les jambes croisées, n’était qu’une façade dont le vernis s’écaillait dangereusement. Ses yeux d’habitude couleur chocolat s’étaient sensiblement obscurcis et malgré

ses efforts, Mimi avait conscience qu’une fine barrière de résistance l’empêchait de lui sauter dessus. Elle sentit ses joues s’enflammer quand elle réalisa que c’était exactement ce qu’elle désirait.

Daniel dut faire un effort surhumain pour détacher ses yeux de la silhouette tentatrice de sa jolie rousse. Sa posture, l’éclat de ses yeux, sa façon de mordiller sa lèvre inférieure étaient des signes qu’il lui fallait ignorer. S’il s’écoutait, il n’hésiterait pas une seule seconde avant de fondre sur Mimi, lui arracher ce pull trop grand, son jean qui était comme une seconde peau pour l’allonger et se repaître de son corps avec ses mains, sa bouche. D’en explorer la moindre parcelle avant de s’enfoncer au plus profond de sa féminité. Au souvenir de sa chaleur, son sexe se tendit douloureusement.

Bon sang ! Y avait-il au moins un moment dans la journée où il n’était pas en érection ? s’agaça-t-il.

D’un mouvement de menton, il montra une porte au fond de la pièce et fut soulagé quand Mimi le quitta des yeux pour suivre son regard.

— La salle de bain.

Il pensait lâchement qu’elle s’y hâterait. N’était-ce pas ce que faisaient toutes les femmes ? Se précipiter dans la salle de bain, ouvrir et sentir tous les flacons de produits de beauté qui s’y trouvait ?

Mimi détourna rapidement le regard pour revenir le poser sur Daniel qui émit un grognement étouffé.

Visiblement, Mimi ne faisait pas partie de cette catégorie de femmes…

Il marmonna un vague bonne nuit et tourna les talons comme s’il avait le diable aux trousses. Une fuite vitale qui tendait toutes les fibres de son corps.

— Daniel ?

Un grognement lui répondit, sur lequel elle préféra ne pas s’arrêter.

— Aurais-tu un pyjama à me passer pour la nuit ? J’ai oublié le mien et je n’ai pas l’habitude de dormir nue.

Une phrase qui figea chaque fibre de son être, mais il parvint par un effort qui lui prit toute son énergie à tourner la tête vers Mimi. Aussitôt, il visualisa le corps chaud, doux et surtout nu de la jeune femme allongé sur les draps. Il ferma les yeux un instant, mais le geste n’échappa pas à la Mimi dont le coin des lèvres se releva subtilement. Il ne fallait pas être très imaginatif pour comprendre que la lutte que Daniel avait engagée contre lui-même était pour le moins… virulente.

Daniel serra les poings.

Bon Dieu !

Cette femme jouait avec ses nerfs et sa résistance et s’il demeurait dans la pièce une seconde de plus il n’était pas certain de pouvoir conserver son reste de self-control très longtemps.

Il devait s’éloigner de Mimi. Maintenant ! Même s’il souffrait comme un damné. Il rejeta l’image de Mimi, debout au milieu de ce décor plus que féminin. Il la fuyait, plus précisément. Mais s’il était resté une

seconde de plus, il se serait jeté sur la jeune femme comme un mort de faim pour s’adonner au plus primitif et ancestral des actes le reste de la nuit. Imaginer rien que sa chaleur autour de son sexe lui faisait perdre tout sens commun.

Alors, comment réussir à assurer sa protection quand son cerveau était déconnecté et incapable de penser à autre chose que donner du plaisir à sa jolie rousse ?

En s’éloignant. Tout simplement.

Il pénétra au pas de charge dans sa chambre, ouvrit brusquement un tiroir pour en sortir un t-shirt et revint vers celle qu’occupait Mimi. Il frappa, entra et déposa le t-shirt sur le lit. Sa partie reptilienne agissait de façon automatique, sans se préoccuper du parfum subtil de Mimi qui flottait dans la pièce, mais sa partie humaine et émotionnelle ne pouvait en aucun cas ignorer la jeune femme qui n’avait pas bougé. Tout aussi vite qu’il était entré, il quitta la chambre et tout ce qu’elle représentait comme tentation.

Il poussa la porte de son bureau qu’il referma trop brusquement. Un geste qui trahissait sa tension et sa frustration.

Bordel !

Daniel saisit son ordinateur. Il repoussa rageusement une mèche de cheveux qui retombait sur son front et imagina immédiatement les doigts fins de Mimi le faire à sa place. Il grogna et se concentra sur son écran. Rien de tel qu’une immersion dans le monde malsain du darknet pour calmer toute libido.

*

Mimi se retourna dans le lit et soupira. La douche l’avait apaisée après le départ précipité de Daniel. Mais elle n’arrêtait pas de se repasser la scène des dernières heures dans sa tête.

Daniel la désirait. Son corps l’avait trahi. Impossible pour elle d’ignorer la déformation de son pantalon. Ni ses yeux assombris et sa voix rendue rauque par le désir. Néanmoins, il avait quitté sa chambre sans un regard en arrière. Comme ci ce qu’ils avaient partagé dans son propre appartement n’avait jamais existé. Et pourtant, son corps s’en souvenait encore. Un délicieux tiraillement agaçait encore une partie bien spécifique entre ses cuisses. Une chaleur douce et lénifiante y pulsait sans discontinuer au point que cela en devenait une torture. Mimi tenta de faire abstraction de son corps pour se concentrer sur Daniel. Cet homme qui ne quittait pas ses pensées. Et ceci depuis qu’elle l’avait défié au milieu d’une rue du dix-huitième arrondissement de Paris près d’un an plus tôt.

Bon sang !

Cet homme allait la rendre folle. Il lui avait fait l’amour comme personne, s’était montré exigeant, dominateur, mais tout en lui lassant une part de contrôle. Il avait su la décrypter avec une facilité déconcertante, tout en instillant une dose de tendresse qui l’avait totalement charmée et désarmée. Rien ne laissait supposer Mimi qu’il regrettait de lui avoir fait l’amour. Au contraire. Il s’était montré autoritaire et ferme dans sa décision de revenir la chercher pour la déposer au cabaret. C’est elle qui

avait tout fait pour le fuir en décidant de le court-circuiter et de partir en avance sans l’attendre.

Mimi soupira encore, vidant ses poumons d’air en même temps que toutes les pensées contradictoires concernant Daniel qui envahissaient sa tête. Ce soir, il avait envoyé tous les signaux d’un homme désirant une femme, et pourtant, il l’avait laissée en plan. D’habitude, c’est elle qui prenait la poudre d’escampette quand un homme s’approchait de trop près.

Mimi se redressa d’un coup dans le lit, le cœur tambourinant contre sa poitrine. Daniel avait érigé les mêmes systèmes de défense qu’elle : la fuite.

Bon sang !

Comment n’avait-elle pas saisi avant ?

Daniel la fuyait.

Non !

Il fuyait l’attirance qu’il ressentait pour elle et qui égalait par la force celle que Mimi ressentait pour lui. Et l’agression de cette fameuse Alice en était le déclencheur. Mimi en était certaine.

Sauf qu’elle n’était pas Alice !

Et elle était bien déterminée à le faire comprendre à cet entêté de Daniel.

*

Daniel sortit de la salle de bain attenante à sa chambre et referma la porte un peu brutalement. L’heure a essayer de travailler avait tourné au désastre. Incapable de trouver une once de concentration, il avait refermé son ordinateur, agacé et bourré d’une frustration qui faisait circuler son sang dans ses veines un peu trop vite à son goût.

Mimi occupait toutes ses pensées, et un instant il

avait envisagé de confier sa sécurité à quelqu’un d’autre.

Un instant seulement.

l’idée qu’un autre homme que lui colle aux fesses de sa jolie rouquine, une colère sourde l’avait envahi.

Nom de Dieu !

Toute cette frustration, cette colère bouillaient en lui. Il les lui fallait évacuer avant qu’elles ne le rendent complètement dingue. Une séance dans le dojo lui ferait probablement du bien. À défaut de lui vider la tête des images plus séductrices les unes que les autres de Mimi, il se viderait au moins de son énergie.

Daniel se frictionna énergiquement la tête qu’il releva vivement quand la porte de sa chambre s’ouvrit sur une Mimi plus appétissante que jamais. Il laissa son geste en suspens pour observer cette femme qui lui faisait vivre un enfer. Sexy dans un simple t-shirt en coton blanc, le sien en l’occurrence, qui la recouvrait à mi- cuisses et qu’il mourait d’envie de lui arracher pour contempler ses formes douces et délicieusement féminines.

Il sentit avec une sorte de désespoir les bienfaits de la douche réduits à néant quand son sexe frémit sous la serviette qu’il avait négligemment ceinte autour de sa taille.

Un frémissement qui n’échappa pas à Mimi. Comment l’aurait- elle pu face à cette vision. De larges épaules, un torse puissant, des hanches minces, une peau lisse constellée de gouttelettes.

Elle regarda avec fascination les pans de la serviette s’écarter à mesure que l’érection de Daniel grandissait.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda-t-il d’une voix

rude.

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