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Crazy lover, chapitre 15

Zoé Vernon

Greg arriva devant une porte discrète d’un immeuble haussmannien du 1er arrondissement. Rien n’indiquait que derrière cette porte cochère se trouvait un hôtel particulier qui abritait le Club. En tapant le code, il constata avec amertume que sa main tremblait. Il la referma en poing et s’exhorta au calme.

Alice était blessée, mais ce n’était pas en se montrant agité qu’il parviendrait à la rassurer. Alessandro l’avait rappelé quand il conduisait. La jeune femme le réclamait. Elle ne voulait pas être transportée à l’hôpital. Alessandro avait fait venir un médecin qui connaissait les activés du Club. Il se déplaçait quelquefois pour des petits bobos, le dernier en date étant une entorse qu’une cliente s’était faite en voulant sauter d’une plate forme alors qu’elle était chaussée de talons de douze centimètres. Il venait et jamais ne posait de question ni ne jugeait.

mesure qu’il s’était approché du Club, Greg avait senti cette colère sourde prendre possession de son corps. Une colère mâtinée de culpabilité. Il avait promis à Alice que plus un homme s’en prendrait à elle. Et il avait failli.

Il entra dans la petite cour pavée et se dirigea vers

la droite pour s’engouffrer dans l’espace dédié au personnel et la direction. Il salua la jeune femme qui s’occupait du secrétariat et de la comptabilité installée dans un bureau qui donnait sur l’entrée. Greg avait émis quelque réserve lors de l’entretien d’embauche. Stéphanie était une jeune femme à la timidité exacerbée qui n’appartenait absolument pas au milieu dans lequel elle avait postulé. Il craignait qu’à la première commande de lubrifiant ou d’accessoires elle se sauve en courant. Elle avait réagi avec rigueur et professionnalisme, à l’opposé de ce qu’il soupçonnait. Il avait dû se rendre à l’évidence. Stéphanie était d’une grande efficacité et faisait preuve d’un sérieux exemplaire. Qu’elle ignore tout du milieu n’affectait en rien ses capacités, et il devait s’avouer qu’il n’était aucunement nécessaire pour y travailler.

— Bonjour, Monsieur.

— Bonjour, Stéphanie.

— Alessandro a installé Alice dans ses appartements. Le docteur Maurice est avec elle actuellement.

Greg remercia la jeune femme d’un signe de tête et se précipita à l’étage. Il grimaça en sentant sa jambe se raidir, mais ne s’arrêta pas.

Les appartements d’Alessandro se résumaient à un bureau, un salon et une chambre avec salle de bain dans l’aile ouest du bâtiment. Greg, lui, n’utilisait qu’un bureau et rentrait toujours chez lui. Il aimait cette coupure franche entre le club, ce qu’il y faisait, et la paix relative qu’il trouvait lorsqu’il regagnait la maison de Boulogne.

Il pénétra dans le bureau d’Alessandro sans frapper.

Ce dernier se leva de son fauteuil, les traits tendus.

Abattus plus précisément. La colère de Greg était toujours vive. Jamais Alessandro n’aurait pris le moindre risque avec la sécurité des utilisateurs du Club. Avec Alice encore moins.

Bon Dieu ! Où avaient-ils merdé ?

Il ignora Alessandro et pénétra dans la chambre attenante. Il le fit cependant avec retenue. Il ne voulait pas effrayer Alice avec son emportement et ses manières brusques, même s’il mourait d’envie de frapper quelque chose. Et le salaud qui s’en était pris à elle en particulier.

Le docteur Maurice se retourna en l’entendant entrer et lui adressa un signe de tête que Greg interpréta comme une invitation à s’approcher. Même sans elle, il se sentait prêt à charger quiconque se mettrait en travers son chemin. Néanmoins, il apprécia l’attitude posée du praticien qui contrebalançait l’agitation qui l’habitait.

Greg posa son regard sur la silhouette étendue sur le lit et ses poings se crispèrent. Alice reposait sur le ventre, un simple drap blanc recouvrait la partie inférieure de son corps, laissant son dos nu.

Exposé.

Lacéré.

De longues lignes rouges zébraient la surface de son dos offrant un contraste effrayant avec le blanc de sa peau. Par endroit, celle-ci était à vif, déchirée. Celui qui avait fait ça, c’était littéralement acharné sur la jeune femme. L’expérience de Greg à gérer ses émotions l’empêcha de faire sortir de sa poitrine ce cri qui lui brûlait les poumons et attaquait ses chairs. Il inspira longuement et vint se mettre à genoux sur le

sol, le visage au niveau de celui d’Alice.

Un triste sourire étira ses lèvres quand elle le reconnut et le cœur de Greg se déchira.

— Monsieur.

La voix d’Alice était un croassement et Greg saisit le verre d’eau posé sur la table de nuit. Il remercia silencieusement le docteur qui avait l’ingénieuse idée de fournir une paille.

— Chut. Ne parle pas, lui dit-il en approchant la paille de sa bouche.

Une grimace de douleur froissa son joli visage quand elle redressa la tête. Il laissa le temps à la jeune femme de boire une gorgée, puis reposa le verre. Elle le remercia en clignant lentement des paupières. Doucement, la grande main de Greg vint caresser ses cheveux d’un noir intense. Même coupés court à la garçonne, ils restaient incroyablement doux et lui donnaient par contraste cet air très féminin, soulignant la finesse de son visage. Le geste amena des larmes à Alice, et du pouce, Greg en recueillit une, puis se baissa et embrassa le front de la jeune femme. Il ne souhaitait pas la brusquer, et même si ce n’était pas le bon moment, il devait savoir. Pour agir en conséquence.

— Alice, murmura-t-il. Tu dois tout me dire, ma puce. Greg avala difficilement sa salive, mais ne laissa rien voir de son trouble. Il ne devait montrer aucune faiblesse. Alice ne devait s’accrocher qu’à sa force. Est-ce que tu as été violée… ?

Il vit la jeune femme se tendre avant de poser ses grands yeux clairs, emplis d’une confiance presque aveugle, dans les siens. Elle secoua la tête. Il n’y avait aucune hésitation dans son mouvement. Un faible non, mais qui par la puissance de sa signification, retira un poids des épaules et de la conscience de Greg.

Grazie a Dio !

— Tu dois porter plainte.

La jeune femme ouvrit brusquement les yeux et Greg y décela de la peur. Il serra les mâchoires. S’il retrouvait ce fils de pute, il le tuerait !

— Non !

Comme un cri du cœur qui déchira celui de Greg.

— Je ne le laisserai pas t’approcher, Alice. Je te jure que je le retrouverai et qu’il ne te fera plus jamais de mal. À personne.

— Ce n’est pas ça, articula-t-elle avec peine. Je ne veux pas que le Club ait des problèmes si je porte plainte.

Greg retint un geste de colère.

Dannazione !

— Chérie, le Club passe en second lieu. Tu ne dois pas t’inquiéter pour cela. Tu es plus importante que sa réputation.

Alice secoua doucement la tête. Chaque geste était

un supplice et Greg posa une main sur sa nuque pour l’empêcher de bouger.

— Le Club m’a aidé à revivre. Il n’est pas question que l’on me retire le seul endroit qui m’a permis de me reconstruire et que cela détruise les personnes qui m’ont aidée. Vous et Alessandro.

La diatribe d’Alice le toucha. Plus qu’il ne l’aurait imaginé. Il comprenait. Ce besoin de se ressourcer. Celui de trouver un endroit qui serait un refuge. Et le Club représentait ce tout pour Alice.

— D’accord, acquiesça-t-il en soupirant face au besoin d’Alice, tout en embrassant doucement ses cheveux.

— Merci d’être là, murmura la jeune femme avant de sombrer dans le sommeil.

Greg sentit cette gangue de culpabilité lui enserrer les entrailles. Comment pouvait-elle le remercier alors qu’elle avait le dos lacéré, qu’elle avait été à la merci d’un malade et qu’elle avait affronté ça alors qu’il aurait dû l’empêcher ?!

Il resta un moment, le temps de s’assurer qu’elle ne se réveillerait pas, puis quitta discrètement la chambre.

Alessandro et le docteur Maurice discutaient à voix basse. Ils s’interrompirent à l’entrée de Greg. La tension dans la pièce augmenta d’un cran. Les accusations n’avaient pas besoin d’être citées pour être entendues. Greg regarda Alessandro, une lueur meurtrière dans les yeux. Greg fut reconnaissant au docteur de détourner son attention en prenant la parole.

— Alice s’en remettra. Ses blessures sont impressionnantes, mais elle se rétablira. Je lui ai appliqué un onguent antiseptique qui favorisera la cicatrisation, ainsi qu’un calmant et un décontractant musculaire.

— Merci docteur, articula péniblement Greg. En gardera-t-elle des séquelles ?

Le docteur prit le temps de refermer sa sacoche avant de plonger dans le regard sombre de Greg.

— Physiquement, il ne devrait résulter que d’infimes marques qui s’estomperont avec le temps. Mais psychologiquement, Alice aura besoin d’un soutien. Il soupira longuement. Avec son passif, cette agression pourrait faire resurgir des réminiscences. Alice est une jeune femme forte, mais elle aura besoin d’être entourée.

Greg hocha la tête. Il comprenait mieux que quiconque. Lorsqu’il avait rencontré Alice, sa confiance en elle était inexistante, totalement enfouie sous les coups et les insultes de son mari. Elle avait surmonté ses peurs avec une force peu commune et Greg refusait de la voir sombrer. Il était responsable d’elle.

— Merci Docteur. Est-elle transportable ?

— Elle refuse d’aller à l’hôpital, intervint Alessandro.

Greg le fusilla du regard, mais Alessandro ne se laissa pas rabrouer pour autant.

— Alice a besoin de repos, Greg. Et même si tu me 200

tiens pour responsable, mets tes griefs de côté. Ce n’est pas le moment de s’entre-tuer. Alice a également besoin de nous. De soutien, mais surtout de calme.

Le docteur Maurice tempéra la colère de Greg en prenant la parole.

— Votre ami a raison, monsieur Monciatti. La priorité reste avant tout le bien-être d’Alice. Et cela passe tout d’abord par une ambiance saine. Elle n’a pas besoin de se sentir en plus responsable de vos désaccords et d’être jetée au centre de vos disputes.

Greg marmonna un bref acquiescement.

— Que veux-tu faire ? poursuivit Alessandro.

— Je la ramène à la maison. Alice la connaît, elle s’y sent à l’aise et se remettra probablement mieux que si elle reste au Club. Docteur ? interrogea-t-il en portant son attention sur le médecin.

— Ma foi, cela me semble une bonne idée. Je ne suis pas psychologue, mais en séjournant dans un milieu familier où elle se sent à l’abri, elle surmontera plus facilement le traumatisme. En prenant les précautions nécessaires, je ne vois pas de contre indications. Vous devrez cependant être vigilant. Ses blessures doivent rester propres.

— Bien, capitula Alessandro. Je veux ce qu’il y a de mieux pour Alice.

— Alors tout est réglé ! trancha Greg.

Le médecin les salua et se retira. Greg profita de ce court répit pour se reprendre et canaliser sa colère. Alessandro se sentait suffisamment coupable. Et même si Greg ne décolérait pas, il devait toutefois mettre ses ressentiments de côté et comprendre

comment l’agression d’Alice avait pu arriver et faire en sorte que cela ne se reproduise jamais.

Alessandro revint vers son bureau. Il s’assit lourdement, en se passant une main lasse dans les cheveux. Un geste qui trahissait chez lui une profonde culpabilité et surtout une impuissance. Son ami souffrait. Et bien que la colère parcoure encore ses veines, il ne pouvait pas reporter toute la faute sur Alessandro. L’agression dont avait été victime Alice lui laissait comme une désagréable impression. Son instinct lui dictait qu’elle n’avait pas eu lieu par hasard.

— Comment cela a-t-il pu arriver ? grogna Greg une fois seuls. Le Club est équipé du système de vidéosurveillance de pointe. Les entrées se font sur invitation ou sur inscription. Ne me dis pas que c’est un de nos clients qui a fait « ça ».

Le dégoût supplanta la colère.

Alessandro poussa un long soupir. Il connaissait Greg depuis des années. Ce dernier avait changé. Il n’était plus celui avec lequel il avait traversé une adolescence insouciante. Greg avait toujours eu ce côté sombre. Pas réservé, mais qui préférait rester en retrait pour observer et analyser son environnement avant de s’engager. Mais lorsqu’il était revenu blessé de sa mission à l’étranger, quelque chose s’était fêlé chez Greg. Il n’avait jamais raconté ce qu’il s’était passé sur le terrain, ce qu’Alessandro avait compris puisque Greg était contraint au silence. Par contre, tout ce qui se cachait derrière sa blessure, celle qui l’avait obligée à renoncer à sa carrière dans l’armée, ce silence derrière lequel il se murait racontait une histoire qui bouffait son ami. Et Alessandro reconnaissait les mêmes signes qu’à cette époque-là.

Une impuissance face à ce qu’il venait de se passer au sein de son Club. Aussi avait-il anticipé.

Il ouvrit un tiroir dans son bureau et s’empara d’une clé USB qu’il lança à Greg. Ce dernier la saisit au vol avec une précision qui trahissait toute l’agilité et la rapidité de mouvement dont Greg était capable.

— J’ai demandé à la sécurité de collecter toutes les images. Depuis le moment où le type est entré jusqu’à ce qu’il quitte le Club, énonça-t-il en tournant son ordinateur portable vers Greg.

Celui- ci hocha la tête. Un mouvement brusque et sec. Il inséra la clé et lança les vidéos. Son pressentiment s’accentua quand les premières images envahirent l’écran. On y apercevait Paula, à l’accueil du Club, occupée à saisir des informations sur un clavier. Un homme, grand, légèrement voûté, comme s’il souffrait du dos apparu à l’image. Une casquette noire, sans signes distinctifs, profondément enfoncée sur son crâne cachait une bonne partie de son visage, mais surtout ses yeux. Impossible de la moindre reconnaissance faciale sans cet élément. Le couvre-chef vulgaire tranchait avec l’élégance du costume. Greg reconnut la coupe parfaite d’un grand couturier et une montre de prix au poignet au moment ou l’homme tendait sa carte à Paula. Ça ne collait pas. Un frisson glacé descendit le long de sa colonne et involontairement, il crispa les poings.

En même temps, Alessandro lui faisait un résumé succinct des informations qu’il avait recueillies.

— Le type s’est fait passer pour Claude Gentil, un client habituel. Sous la casquette, il était difficile à Paula de voir qu’il ne s’agissait pas de la bonne personne. Rien n’a éveillé les soupçons lorsqu’il a

demandé après Alice, compléta Alessandro dont la voix était devenue plus dure.

Évidemment ragea Greg intérieurement. Gentil était un habitué qui aimait faire des séances avec Alice. Comment aurait-elle pu refuser alors qu’il faisait partie des rares hommes qu’elle autorisait à l’approcher ?

— Et Marcus à l’entrée ? Il est là pour filtrer. Il est physionomiste. C’est son boulot, avança Greg d’une voix tranchée.

Une lueur de colère traversa les yeux d’Alessandro.

— Cet enfoiré a accepté quelques billets. Celui qui s’est fait passer pour Gentil n’a pas eu besoin d’insister beaucoup.

— Nom de Dieu ! marmonna Greg.

Une chape de culpabilité lui pesa soudainement sur les épaules. Il mettait toute sa confiance sur son chef de la sécurité, Yvan. Celui- ci avait recruté Marcus, et par ricochet, Greg lui avait fait entièrement confiance. Il était évident que les deux hommes étaient passés à côté de la fidélité de Marcus.

— Où est cet enfoiré ?

— Marcus est avec Yvan en ce moment même.

Ce qui signifiait qu’il ne devait pas passer un agréable moment.

— Bien ! approuva Greg sans la moindre trace de culpabilité cette fois-ci.

Il prit quelques secondes, le temps de rassembler ses idées et de focaliser à nouveau son attention sur la vidéo.

— Comment s’est-il procuré la carte du Club de Gentil, demanda Greg alors qu’il avait bien une petite idée.

Et si elle se confirmait, cela signifiait qu’Alice n’avait pas été choisie au hasard. Les cartes d’accès ne possédaient aucun signe distinctif. Un badge, blanc cassé. Seule une puce dissimulée dans l’épaisseur de la carte permettait à son détenteur d’entrer au Club. La carte était passée dans un appareil de reconnaissance, permettant à l’hôtesse et au garde de confirmer l’identité de son détenteur. Si le badge était perdu, il pouvait être désactivé. Et de toute façon, il fallait le matériel nécessaire et bien spécifique pour en lire les données.

— Il a été cambriolé il y a quelques jours. Lorsque je l’ai appelé tout à l’heure, il m’a expliqué que son bureau avait été forcé. D’après lui, rien n’avait été dérobé. Jusqu’à ce que je lui demande de chercher sa carte de membre… qui elle, a bien disparu.

Greg se figea et un grognement s’échappa de ses lèvres. Les mots d’Alessandro confirmaient ses doutes. Celui qui avait fait cela savait exactement ce qu’il cherchait. Il changea de vidéo et bascula sur celle de l’entrée dans la rue.

Avec une certaine fébrilité, il passa rapidement en revue toutes celles où apparaissait l’homme tout en sachant pertinemment ce qu’il allait découvrir.

— Il évite toutes les caméras, murmura-t-il, plus pour lui-même que pour Alessandro. Il sait précisément où elles sont placées, et comment opérer pour que son visage ne soit pas capturé.

Gesù Cristo !

Alessandro contourna le bureau se positionnant aux côtés de Greg. Ce dernier repassa les vidéos. Gentil, ou celui qui avait subtilisé son identité, semblait étrangement à l’aise. Comme s’il connaissait les lieux. Greg l’observa se diriger dans les couloirs et pénétrer dans la pièce où Alice l’attendait.

Plus il observait l’homme, plus il lui rappelait quelqu’un. Il y avait quelque chose de familier dans sa démarche, sa posture, même s’il s’évertuait à la maquiller, qui le glaça.

Il changea de vidéo et bascula sur celle où se trouvait Alice. L’homme ouvrait la porte et la refermait. Il hésita une demi-fraction de seconde, et Greg comprit que l’absence de clé sur la porte l’avait légèrement déstabilisé. Cela faisait partie d’un protocole de sécurité. L’accès ne devait en aucun cas être entravé de façon à pouvoir intervenir en cas de problème ou lorsque les règles strictes du Club n’étaient pas respectées. La violence, les actes de cruautés ou de sadisme en étaient honnis. Sous toutes ses formes. Même si certains participants en étaient adeptes, ces actes étaient interdits au Club. Et tous les participants le savaient.

Mais, cela n’avait pas été suffisant pour éviter à Alice de se faire agresser !

Greg se passa nerveusement les mains dans les cheveux. Il ne devait pas permettre à ses émotions de

prendre le contrôle. Il réglerait le compte de ce type, mais avant, il devait l’identifier !

Il reporta son attention sur Alice, agenouillée sur le sol en position de soumission, totalement nue, tête baissée, dos droit, mains reposants paumes vers le haut sur ses cuisses elles-mêmes écartées. Greg pouvait voir à travers l’image la respiration calme de la jeune femme, jusqu’à ce qu’elle s’altère et que son dos se raidisse légèrement lorsque l’homme s’était approché. Greg compris qu’Alice avait elle aussi saisit que quelque chose n’allait pas.

Bon sang ! Pourquoi n’avait-elle pas réagi à ce moment-là ?

Pourquoi n’avait elle pas écouté son instinct ?

Mais ce n’était ni l’heure ni constructif de faire ce genre de réflexion. Ce qu’il voyait, c’était un homme qui savait précisément ce qu’il faisait. Et plus Greg l’observait, plus ce sentiment de familiarité s’ancrait en lui, au point où il fut certain de connaître cet homme. Le doute qui l’envahissait quant à l’identité de cet enfoiré se transformait en une désagréable certitude. Greg dut refréner une colère sourde qui commençait à se déverser dans ses veines et reporta sa concentration sur l’écran.

L’homme se dirigea vers une armoire dans le fond de la pièce et Greg le vit en sortir un bandeau ainsi qu’un bâillon et une cloche. Il regretta à l’instant que les caméras ne soient pas équipées de micros et se promit de procéder aux modifications.

Cette négligence, Alice la payait à l’heure actuelle ! Il ne pouvait entendre ce qu’il disait à Alice, mais les micros n’étaient pas nécessaires pour saisir le sens. Il vit Alice hocher la tête sans pour autant la

relever. Puis l’homme passa dans son dos et posa le bandeau sur ses yeux et le bâillon sur ses lèvres. Au sursaut d’Alice, il comprit que cette ordure avait serré le bâillon plus fort que nécessaire. D’une tape sur l’épaule, il lui ordonna de se relever et guida Alice jusqu’à un cheval d’arçon. Avec des gestes précis, l’homme l’immobilisa en lui attachant les poignets et les chevilles, la laissant totalement ouverte et vulnérable.

Greg serra les dents. Elle n’avait eu aucune chance ! Mais il ne laissa rien voir. Il ignora le regard interrogatif d’Alessandro. Son visage froid, dénué d’expression eut raison de son associé qui soupira et reporta son attention sur l’écran.

— Que cherches-tu précisément, Greg ? demanda-t-il cependant.

— Une certitude, avança Greg avec une telle froideur qu’Alessandro eut l’impression que la température de la pièce baissait de plusieurs degrés.

— Tu veux dire que tu connais ce type ?

Alessandro tourna la tête vers Greg devant son silence, et ce qu’il lut sur les traits de son ami le glaça. Sa cicatrice sur la joue semblait plus blanche, plus profonde aussi, accentuant l’aura de danger qui entourait toujours Greg.

— Nom de Dieu, marmonna-t-il en reportant son attention sur l’écran se demandant ce que Greg pouvait voir et qui était totalement invisible pour lui.

Juste un sadique qui se dirigeait de nouveau vers l’armoire pour en sortir une badine et en tester la flexibilité. Puis, se positionner sur la droite d’Alice et abattre sur son dos le premier coup. Suivi d’un second

tout aussi violent.

Greg suivait des yeux les mêmes mouvements et se figea.

— Il est gaucher.

— Et alors ?

Greg ne répondit pas. Une sueur froide coula le long de sa colonne. Depuis le début du visionnage, Greg avait cette impression de familiarité qui s’enroulait autour de sa cage thoracique. Il l’avait repoussée, espérant ainsi défier l’innommable. À mesure que les images défilaient, la pression se resserrait. Il faisait des efforts pour chasser l’inconfort et la douleur que provoquait ce que signifiaient ces images.

L’homme était gaucher, se répéta-t-il.

Le dernier élément qui confirmait ses doutes. Et s’il y avait une chose à laquelle il ne croyait pas, c’était bien aux coïncidences. Il stoppa la vidéo et repassa la scène.

— Tu es obligé de revenir là-dessus ? s’agaça Alessandro.

Ce qu’allait faire l’homme avec cette badine, il le savait déjà, et il n’avait pas particulièrement envie de revivre l’agonie d’Alice une fois de plus. Mais Greg ne l’écoutait pas. Il visionna la scène, s’exhortant au calme quand il voyait Alice se tordre de douleur. Non, ce qu’il observa lui confirma ce qu’il redoutait. Non seulement l’homme savait exactement quel instrument utiliser pour faire souffrir, et également blesser.

Mais aussi la dextérité avec laquelle il exécutait chaque mouvement.

Il n’y avait eu aucune hésitation dans le choix de la

badine et dans les coups appliqués avec une précision diabolique. Il connaissait la main de celui qui frappait. Il reconnaissait la façon dont cette même main maniait l’instrument, la force infligée dans chacun des coups, les endroits où elle frappait.

Et il se maudit de ne pas avoir reconnu la marque de cet homme lorsqu’il avait vu le dos d’Alice un quart d’heure plus tôt. La signature était claire, et il sentit son corps entier se raidir quand le nom de l’homme s’imposa à son esprit.

Greg se redressa et coupa la vidéo, tout un panel d’émotion entrait en collision dans son crâne. Il ignorait totalement ce que cela signifiait. Pourquoi était-il revenu ? Dans son Club. Choisissant précisément Alice. Avec une arrogance et une confiance en soi qui le caractérisait tant au point d’agir en plein après-midi. Se cachant à peine. Juste ce qu’il fallait pour que Greg le reconnaisse.

— Greg ? interrogea Alessandro, un pli soucieux barrant son front.

Celui- ci se tourna vers lui. La tension qui l’animait alarma Alessandro qui aussitôt fut en alerte. Il connaissait suffisamment Greg pour comprendre que ce qu’il venait de visionner n’était pas une simple agression.

— Vois avec la sécurité et renforce-là. Je ne sais pas exactement ce que tout ce bordel signifie, mais je te tiens informé. Je t’envoie deux hommes qui compléteront l’équipe de sécurité.

Alessandro ne posa aucune question, elles viendraient plus tard, et prit son téléphone, ordonnant

une réunion de crise avec la sécurité. Greg respectait la confiance que lui témoignait Alessandro. Il quitta le bureau pour rejoindre le sien et une fois la porte refermée sortit son téléphone à son tour pour composer le numéro de Daniel qui décrocha immédiatement. Il ne serait pas assez de deux pour comprendre ce qui lui échappait totalement.

— Comment va Alice ?

— Bien. Dans la mesure où elle a été agressée par l’un des nôtres.

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