Daniel bouillait.
De colère.
De frustration.
Il se retint à grand-peine d’envoyer son téléphone se fracasser contre le mur. À cela s’ajoutait un sentiment qu’il détestait ressentir : l’inquiétude. Elle lui brouillait l’esprit et l’empêchait de réfléchir correctement. Et il savait précisément pourquoi. Il était personnellement impliqué, mais il aurait tué quiconque oserait lui en faire la remarque en lui conseillant de déléguer la surveillance de Mimi à un autre que lui.
Il arrêta de faire les cent pas dans son bureau et se passa une main nerveuse dans les cheveux en soupirant. Il faudrait absolument qu’il les coupe ! Même si ce n’était vraiment pas le moment de penser à ce genre de futilité !
Comment une petite danseuse pouvait semer un type comme Paul ? C’était incompréhensible ! Enfin, pas tant que cela, maintenant. Paul avait vite découvert comment la jeune femme avait fait pour disparaître. C’était audacieux et culotté. Comme elle. Mais cela soulevait aussi une faille dans leur protocole
et leur système de surveillance. Paul avait pris la mission comme acquise, sans lui accorder tout le sérieux qu’elle méritait. Et par excès de confiance, Mimi leur avait filé entre les doigts.
Il se posta devant la haute baie vitrée et enfonça les poings dans ses poches tout en observant le parvis de La Défense. Il percevait les vibrations de la foule en contrebas. Il sentait l’énergie de ce quartier perpétuellement en activité monter jusqu’à lui. La ville à plusieurs mètres sous lui fourmillait, et inconsciemment, Daniel plissa les yeux dans l’espoir imbécile d’y repérer une petite silhouette fine à la chevelure rousse. Pas un roux flamboyant, mais d’une nuance qui approchait le rouge lorsque le soleil accrochait ses jolies ondulations qui lui descendaient jusqu’aux épaules. Daniel se secoua mentalement pour revenir à des réflexions plus terre à terre. Il n’avait pas eu l’occasion de mettre un mouchard dans son téléphone, et ce serait la première chose qu’il ferait quand elle se déciderait à réapparaître.
Un coup frappé à sa porte chassa ses pensées sombres, sans pour autant modifier son humeur.
— Quoi ? aboya-t-il en se retournant et se dirigeant vers la porte qui s’ouvrit quand il atteignait le milieu de son bureau.
Il stoppa net en découvrant la silhouette de cette femme qui lui faisait perdre la tête et qui représentait une trop grande menace pour son sang froid. Car, à cet instant, il hésitait entre plaquer son adorable corps contre la paroi, lui arracher ses vêtements et s’enfoncer dans sa douce moiteur, ou au contraire passer ses doigts autour de son joli cou.
La première chose que Mimi capta fut le regard chocolat qui la dévisagea avec une intensité qui la cloua sur place. Elle referma la porte et s’y adossa. Elle avait juste besoin de quelques secondes pour calmer le tremblement de ses jambes. Les yeux de Daniel ne la quittaient pas et ce qu’elle y lut la fit frissonner et lui coupa le souffle : du désir à l’état pur. Brut, presque animal. Un désir mâtiné de colère. Elle pouvait sentir l’atmosphère de la pièce qui s’était brusquement chargée d’une tension sexuelle à la limite du supportable.
Bon sang !
Comment pourrait-elle mettre les points sur les I avec Daniel si sa seule idée était de le déshabiller sur place et lui demander de lui faire l’amour ici même sur le sol de son bureau !
Et, vu comment il la déshabillait à son tour du regard, il était évident qu’il partageait ses pensées, ses envies, ses fantasmes.
Daniel parvenait à occuper tout l’espace. Son aura, sa force tranquille se déployait à travers la pièce et comblait les espaces vides, réussissant même à s’insinuer dans les failles remplies de doutes qui habitaient Mimi.
Avec lui, elle se sentait libre.
Avec lui, elle se sentait forte.
Avec lui, elle ne s’était jamais sentie aussi femme. Il était grand et toujours aussi insolemment viril et
séduisant. Sa chemise blanche épousait parfaitement son torse large et ses épaules, qui l’étaient tout autant. Elle avait pu éprouver la fermeté de ses muscles que le tissu cachait, et ses mains se
souvenaient encore de leur dureté. Son jean bas sur les hanches soulignait ses cuisses puissantes.
Mimi releva les yeux. Daniel ne la regardait pas. Il la dévorait littéralement. Et s’ils continuaient ainsi, il était certain que leur part animale serait celle qui aurait le dernier mot. Une mèche sombre lui tombait sur le front. Mimi se retint de faire les quelques pas qui les séparaient pour la repousser du bout des doigts. Car, Dieu savait qu’elle avait aimé passer ses mains dans son épaisse chevelure si douce au toucher qu’elle en avait encore des picotements dans les doigts.
Mimi fut la première à rompre le contact. Ses yeux se promenèrent sur cette pièce qu’elle connaissait si bien et qui pourtant lui était étrangère. Le mobilier sobre, masculin et néanmoins harmonieux. Il s’en dégageait un sentiment de bien-être qui incitait à se poser. À la confidence, ajouta- t-elle pour elle-même. Combien de doutes, combien de peur, combien de mots rassurants avaient été prononcés dans ces lieux ? La profession de garde rapprochée était peut-être assimilée à la force physique, la maîtrise de soi, l’observation, mais elle demandait aussi une grande dose de psychologie. Et Daniel possédait cette qualité qui était aussi sa force. Il savait par sa simple présence, rassurer, et par un simple mot, diriger et contrôler ses hommes ou ses clients sans les brusquer.
Elle se dirigea vers la baie vitrée, frôlant Daniel sans toutefois le toucher. Une odeur discrète d’après-rasage, de propre, lui chatouilla les narines, et comme une possédée, elle respira profondément, gravant son odeur dans sa mémoire. Le souvenir de leur baiser planait autour d’eux, comme un rappel, et Mimi pinça les lèvres et serra les poings pour s’empêcher de
sauter au cou de Daniel.
Ses yeux se posèrent sur le panorama. La Défense, Paris au loin, enroulée aujourd’hui dans un léger voile brumeux. Une nappe vaporeuse qui la rendait presque mystérieuse, mais aussi attirante. Dieu que tout cela allait lui manquer…
Daniel n’avait pas bougé. Sans le voir, elle savait qu’il l’observait, qu’il l’étudiait plus précisément. Une chaleur se répandit dans son ventre, remonta le long de sa colonne, se déplaça sur ses joues. Mimi posa ses mains et son front contre la vitre dont la fraîcheur lui fit du bien. Ils devaient absolument parler, faire éclater cette bulle de sensations qui les retenait et les empêchait de respirer normalement. La tension qui les entourait devenait de plus en plus lourde, de plus en plus intense, à la limite du supportable.
— C’est beau, murmura Mimi d’une voix qu’elle ne reconnut pas.
— Magnifique, répliqua Daniel dont le timbre rauque la fit frissonner.
Et Daniel ne parlait aucunement de la vue…
Au ton qu’il employa, Mimi se retourna, fixant son regard à celui perçant de son hôte. Un regard qui en apparence paraissait passible, mais qui, en l’observant plus attentivement, reflétait tout autre chose.
— Vous semblez un chouia en colère
— Je ne crois pas, non. Je ne laisse jamais ce genre d’émotions m’atteindre.
— C’est triste
— Non. Raisonnable.
— Un drôle de gâchis, je dirais
— Une attitude censée, répliqua Daniel.
— Cela signifie que vous ne ressentez aucune émotion ?
— Oh ! Si, j’en ressens, mais je ne les laisse jamais devenir un obstacle.
Jusqu’à aujourd’hui, ajouta-t-il en son for intérieur.
— C’est bien ce que je disais, marmonna Mimi. Un sacré gâchis
Mimi respira profondément. Elle était venue dans le seul but de savoir quelles informations détenait réellement Daniel… même si une petite voix lui rappelait que ce n’était pas l’unique raison. Mais elle l’ignora. Daniel l’avait fait suivre et depuis plus longtemps qu’elle ne le soupçonnait. Et cette surveillance était un problème qui l’empêchait d’agir librement et de préparer sa prochaine disparition comme elle l’entendait. À moins qu’elle ne l’utilise à son profit. Et pour cela, elle devrait la jouer serré si elle voulait convaincre Daniel. Elle se retourna tout en restant appuyer le dos contre la paroi vitrée.
Daniel l’observait dans un silence animal. Il haussa un sourcil interrogateur et lui adressa un sourire insolent qui releva un côté de ses lèvres. Un sourire qu’elle adorait autant qu’elle détestait !
Aucun des deux n’étaient dupes des actions de l’autre, mais sans que l’un d’eux ne se décide à avouer. Mimi craqua la première. À ce jeu, Daniel était indubitablement le meilleur, même si elle ne percevait aucune rivalité entre eux.
Ses yeux glissèrent sur la jolie silhouette de Mimi. Son pull crème oversize découvrait une épaule dont le grain était aussi doux que de la soie. Ses jambes étaient emprisonnées dans des leggings noirs. Il détestait ce genre de pantalon lycra qui ne pardonnait en général aucun défaut, mais là, il épousait à la
perfection les longues jambes fines de Mimi et Daniel dut faire un effort pour contrôler la douleur soudaine qui lui enflamma les reins. Seul son bureau les séparait, mais cette barrière paraissait bien fragile comparée à l’envie qu’il avait de la toucher.
— Je sais que vous m’avez fait suivre. À ce propos, demanda Mimi avec une fausse désinvolture, comment va Paul ?
Daniel lui adressa un autre de ses sourires ironiques. Si elle comptait le déstabiliser, elle avait des efforts à fournir. Si un trait de caractère pouvait le définir, c’était bien le stoïcisme et la nonchalance. Bien que cette dernière lui ait joué parfois des tours, surtout avec la gent féminine… néanmoins, il ne pouvait sous-estimer Mimi. Il l’avait fait quelques heures auparavant, et on ne l’y reprendrait pas. Mimi était loin d’être stupide, bien au contraire. Elle avait réussi à semer Paul qui était pourtant un professionnel. Daniel avait fait une erreur en le choisissant. Il avait occulté le fait que Mimi, pour être venue dans ses bureaux quasiment tous les jours pendant quatre mois à la disparition de Mathilde, connaissait tous les agents, hommes comme femmes, qui travaillaient pour l’agence. Elle était même assez maline, ou stupide dans ce cas, pour traiter avec un faussaire, et pas des plus commodes. Et ce genre de personnage ne se trouvait pas dans les pages jaunes ! Une information qui le rembrunit aussitôt et qui le fit grogner de colère.
Mimi attendait sa réponse. Elle ne se fiait pas à l’air indolent qu’il abordait. Elle savait que derrière se cachait un esprit vif et affûté.
— Bien. La dernière fois que je lui ai parlé, il regrettait grandement de n’avoir pu vous présenter ses hommages.
— Vous lui avez surtout soufflé dans les bronches, marmonna Mimi, agacée de voir naître à nouveau ce sourire insolent.
Elle s’avança jusqu’à poser ses mains à plat sur le bureau de Daniel avant de lever ses yeux ambre si particuliers pour les fixer sur ceux de Daniel.
— OK ! Il est temps de mettre les choses à plat.
Daniel coula un regard sur les mains de la jeune femme posées sur la surface en bois avant de le remonter sur sa poitrine, sa gorge. Il pouvait voir aux battements frénétiques de son pouls à la base de son cou que sous sa façade posée, l’agitation couvait en elle. Enfin, il posa ses yeux sur les siens, son regard alternant entre son joli visage et le plateau du bureau sur lequel il adorerait l’allonger.
— C’est une excellente idée, murmura-t-il.
Mimi se redressa vivement en saisissant son sous-entendu.
— Bon sang, Daniel ! Vous ne pouvez pas être sérieux ?
— Croyez-moi, ma belle, reprit-il d’une voix si rauque qu’elle raisonna dans la poitrine de Mimi, je suis on ne peut plus sérieux. Mais vous avez raison ! Ce n’est pas le moment. On en reparlera plus tard !
— On ne reparlera pas plus tard, marmonna Mimi, les joues en feu tout en quittant l’abri du bureau pour se placer face à Daniel, les poings sur les hanches.
Une pose qui ramena Daniel des mois en arrière, quand elle lui avait tenu tête dans la rue où habitait Mathilde. Une vraie amazone qui l’avait littéralement ensorcelé ce jour-là et à qui il rêvait de faire subir les pires outrages. De préférence, nus, en sueur et sur n’importe quelle surface. Daniel se recula pour s’appuyer contre le plateau du bureau.
Il était temps de passer à l’offensive. Mais surtout comme l’avait si justement dit Mimi, de mettre les choses à plat. Mais pas frontalement. Mimi était fière.
— Oui, je vous ai fait suivre, commença-t-il, répondant ainsi à l’attaque de Mimi.
— Et pourquoi cela ?
— Je crois que c’est à vous de répondre à cette question, répliqua Daniel avec un calme agaçant.
— Question qui ne vous regarde pas !
Mais au moment où les mots sortaient de sa bouche, elle réalisa son erreur. En deux phrases, ce satané voyou lui avait arraché des aveux.
Daniel observa son joli visage prendre une teinte rosée. Mais il connaissait Mimi et son caractère enfiévré et s’il ne voulait pas qu’elle parte dans les tours et sorte de ce bureau comme elle y était entrée, il devait changer de tactique. Et celle-ci s’avérait des plus simple et ne tenait qu’en un mot : l’honnêteté.
Il leva les paumes en signe de rédhibition.
— OK. Si j’ai demandé à Paul de vous suivre, c’est simplement, car je me fais du souci pour vous. Mathilde également.
À l’énonciation du prénom de son amie, Mimi sentit une boule de culpabilité lui serrer la gorge. Comme elle ne faisait pas mine de parler, Daniel poursuivit. Il
avait vu la pâleur cette fois tenir les jolis traits de Mimi, et il allait allègrement jouer avec cette faille.
— Mathilde vous voit vous refermer sur vous depuis quelque temps. Elle sait que quelque chose vous préoccupe. Vous terrifie, même. Et son impuissance à vous aider l’angoisse. Et cette inquiétude par ricochet trouble sa grossesse.
ces mots, le visage de Mimi devint cendreux. Toutes les alarmes de Daniel passèrent au rouge. Il fronça les sourcils tentant de décrypter les expressions de la jeune femme. Des expressions criantes d’émotions pures qu’il ne parvenait pour le moment pas à déchiffrer, mais qui, il en était certain, avait un lien avec ce que Mimi s’évertuait à cacher.
— Est-ce qu’elle va bien ? Le bébé ? demanda-t-elle d’une petite voix saturée d’inquiétude qui donna envie
Daniel de combler la distance qui les séparait et de la prendre dans ses bras.
— Elle va bien. Et le bébé aussi.
Mimi se mordilla les lèvres. Elle avait tellement été centrée sur ses problèmes qu’elle avait complètement fait abstraction des conséquences de ses actions. Mathilde avait toujours été une amie fidèle. De celles qui comprennent, acceptent et respectent vos silences. Même, si en l’état, ses silences l’avaient poussée à engager Daniel et se faire un sang d’encre au point de mettre sa santé et celle de son bébé en danger. Ce que Mimi ne se pardonnait pas.
— Logan insiste pour qu’elle se rende à HylandsHall et se repose. Mais elle refuse…
— Car elle se fait du souci pour moi et me fait
passer avant sa propre santé, compléta Mimi, atterrée par sa couardise.
— En quelque sorte, oui.
Daniel planta dans les siens ses yeux bruns qui prirent une nuance plus claire, presque hypnotique. Par son regard franc, il la défiait de le contredire et l’obligeait pour la première fois depuis des mois à remettre son jugement et ses actes en question. Ces mêmes actes qui causaient des dommages collatéraux aux conséquences potentiellement désastreuses.
Son regard ne quittait pas le sien. Au contraire, il l’obligeait à s’accrocher au relief de la vérité. Même si elle ne pouvait la lui révéler. Du moins dans son intégralité.
Le visage de la jeune femme était si expressif que Daniel pouvait la voir se battre contre sa conscience. Sa façon de mordiller sa lèvre inférieure, la tension dans ses épaules, son souffle légèrement erratique qui faisait monter et descendre sa poitrine et tendait son pull sur ses appétissants petits seins. Il détourna immédiatement cette pensée. Il y avait un temps pour tout. Et définitivement, ce n’était pas l’heure de penser au plaisir qu’il pourrait offrir à cette jolie rousse. Pas encore du moins.
Il avait joué avec la culpabilité de la jeune femme par rapport à l’état de Mathilde, mais n’en ressentit aucun remords. Et il sut précisément à quel moment les premières barrières qui entouraient son silence, et ce qu’il dissimulait tomba.
— Qu’est-ce qu’il se passe, Mimi ? demanda doucement Daniel pour l’encourager.
Cette dernière baissa le regard en soupirant longuement avant de relever la tête. Ses yeux
n’exprimaient plus le désarroi, mais avaient retrouvé cette lueur qui lui était si familière. Déterminée. Elle ne pouvait peut-être pas tout raconter à Daniel, mais pouvait se servir de ses intentions pour respirer un peu. Elle le connaissait suffisamment pour savoir qu’il ne la lâcherait pas, qu’il poursuivrait sa surveillance tant qu’il n’aurait pas la preuve que tout allait bien. Alors, autant utiliser son entêtement. Après tout, savoir qu’elle avait un allié lui permettrait de souffler et de ne plus avoir à se retourner toutes les deux minutes pour assurer ses arrières. Cette tension à l’idée d’être suivie, observée était épuisante. Aussi bien physiquement que mentalement.
Daniel retint un sourire de satisfaction. Le visage de Mimi était si expressif à ce moment qu’il pouvait aisément lire les pensées et les réflexions qui traversaient sa petite caboche. Il voyait avec exactitude les rouages qui se mettaient en place dans sa jolie tête.
Il se força à rester impassible. Ce qui lui demandait un sacré effort quand il était face à la belle rouquine. Mais visiblement, elle empruntait la voie qu’il voulait qu’elle prenne.
— Il est possible que quelqu’un cherche à m’intimider, avança Mimi à contrecœur, une moue sur les lèvres.
— Et ce quelqu’un… ?
— Un ex, répondit Mimi, une grimace cette fois déformant sa jolie bouche.
Daniel serra les poings sans pour autant exprimer son irritation. Mimi avait un passé qui amenait avec lui des hommes qui avaient traversé sa vie. Même s’ils étaient peu nombreux d’après l’enquête qu’il avait menée sur elle, il n’en restait pas moins qu’ils avaient
existés. Et que d’autres hommes que lui se soient permis de toucher son corps l’irritait. Non, le mettait dans une colère noire qui le choqua. Et ce qui le choqua encore plus fut cette sensation de possessivité qui l’envahit et faisait circuler son sang plus vite dans ses veines.
Mimi était à lui !
— Et cet ex a un nom ? demanda Daniel d’une voix métallique.
Si le ton de sa voix lui irrita la gorge, Mimi était trop préoccupée pour s’en apercevoir. Et tant mieux. Daniel prit une lente et profonde inspiration. Il ne devait pas laisser ses émotions le dominer. C’était non seulement ridicule, mais surtout absolument pas professionnel.
Mimi se mordilla de nouveau la lèvre. Son ex. Un préfixe bien terne pour le définir. Cet homme était trop puissant, trop dangereux pour qu’elle laisse Daniel s’en approcher. Qu’il la protège, d’accord. Qu’il se mette en danger pour elle était exclu. Bizarrement, elle tenait trop à Daniel pour qu’il lui arrive quoi que ce soit. Elle s’en voulait déjà d’angoisser Mathilde, alors s’il arrivait malheur à Daniel, elle ne se le pardonnerait jamais. Elle releva la tête, un air déterminé recouvrant ses traits.
— Il a un nom, oui. Mais que je ne vous donnerai sûrement pas !
— Et pourquoi cela ? demanda maintenant Daniel d’une voix anormalement basse.
Trop pour ne pas éveiller l’attention de Mimi. Sous ses airs de bad boy insolent se trouvait un homme
implacable. Son métier, sa carrure même étaient un rappel à ce qu’elle ne devait surtout pas oublier. Ce qui la conforta dans sa stratégie. En dire juste assez pour assouvir curiosité et garder l’essentiel pour elle.
La jeune femme émit une sorte de reniflement peu élégant, et à la grande surprise de Daniel, elle assumait totalement. Elle plissa les yeux, et les mains sur les hanches, se pencha légèrement vers l’avant. Comme si sa position donnait plus de force aux mots qu’elle s’apprêtait à déverser.
OK, pensa Daniel. Mimi n’aimait pas perdre la main, et surtout dévoilait une part importante de sa personnalité. Elle désirait contrôler la discussion, tout simplement, car elle ne maîtrisait pas les éventements qui la poussaient à se cacher, à fuir et à faire faire de faux papiers d’identité. Rien de plus rassurant que de vouloir la maîtrise, la définir comme maître mot, quand on se sentait vulnérable. Ce qu’était indéniablement Mimi.
— Parce qu’il est hors de question que vous le retrouviez pour lui flanquer une raclée !
— Ce n’est pas mon genre.
— Bah, tiens !
Daniel, toujours appuyé contre son bureau, croisa les bras. Le mouvement attira le regard de Mimi sur les muscles qui tendaient sa chemise. Elle détourna aussitôt les yeux, et déglutit difficilement devant cette vue pour le moins attirante. Avec sa stature puissante, il lui faisait penser aux guerriers de l’ancien temps. Elle ne devait pas se laisser déconcentrer. Elle sortit de sa contemplation quand la voix rauque de Daniel lui parvint.
— Je vais reformuler dans ce cas. On sait tous les deux que vous m’intriguez. Et lorsque je suis intrigué, je deviens… comment dire… curieux. Et cette curiosité m’a poussé à chercher qui est réellement Charlie Meyer.