Ce n’était pas la première fois que mademoiselle Isabelle se trouvait dans un mauvais état de santé.
Lorsqu’elle avait quitté l’Italie pour revenir à la Haga, elle était tourmentée par des accidents nerveux que son changement de vie avait soulagés, mais n’avait pas radicalement guéris.
Plus tard, pendant les derniers mois de la puissance de Nedopeouskine, ces accidents avaient reparu avec des alternatives diverses, et dans ces derniers temps, à la Haga, ils avaient pris un caractère assez sérieux pour amener une sorte de paralysie partielle.
Son médecin, qu’elle avait consulté pendant son séjour à Paris, lui avait dit que le meilleur remède à sa maladie était le calme moral et le contentement ; puis, comme adjuvant, il lui avait fait une longue ordonnance prescrivant l’habitation à la campagne dans un lieu abrité des vents d’ouest, l’usage des vêtements de laine, et le régime des viandes blanches unies aux légumes herbacés. Mais lui prescrire le calme moral c’était ordonner le bouillon de poulet aux misérables qui n’ont pas un sou dans leurs poches trouées : quand on n’a pas en soi le calme moral, on ne le prend pas à volonté comme on prend une pilule ou une médecine.
Au château de la Haga elle avait trouvé l’habitation à la campagne, mais la direction de l’abbé Guillemittes, accompagnée des conversations de la sœur Sainte-Ursule, ne lui avait point donné le contentement de l’esprit.
Alors les accidents nerveux s’étaient reproduits plus fréquents et plus violents. Aux mouvements automatiques, que les médecins ont baptisés du joli nom de « pandiculations », s’étaient joints des suffocations et des syncopes avec un abaissement de chaleur qui effrayait madame Françoise plus que tout. – « C’est le froid de la mort, disait-elle ». Puis bientôt après était venue une impossibilité de remuer la jambe gauche, qui ressemblait à une paralysie locale de quelques muscles. La nourrice alors avait voulu faire appeler un médecin, mais mademoiselle Isabelle s’y était opposée : – Je guérirai cette fois, comme j’ai déjà guéri plusieurs fois, avait-elle dit, et je te défends, nourrice, de faire venir un médecin.
Cette défense, nettement accentuée n’avait contrarié qu’à demi la nourrice, car sa confiance dans la médecine n’était pas très-grande. On se cassait une jambe, le médecin vous la remettait, c’était bien ; on avait une fluxion de poitrine, le médecin vous saignait, c’était bien encore. Mais la maladie dont souffrait sa maîtresse n’était pas une maladie ordinaire qu’on soigne avec les médicaments du pharmacien, c’était un mal de saint. Les saints qui avaient jeté une mauvaise influence sur mademoiselle Pinto-Soulas étaient au nombre de trois : saint Accroupi qui l’empêchait de marcher ; saint Allouvi qui l’empêchait de manger (saint Allouvi donne le besoin ou le dégoût des aliments à son choix) ; enfin saint Défini qui la poussait tous les jours vers la tombe, sans compter saint Pati qui lui imposait une souffrance générale.
À ces différentes influences de saints malfaisants il n’y avait qu’un remède à opposer ; heureusement il était d’une efficacité certaine : c’était une série de neuvaines avec des feuilles de lierre qu’on mettait tremper dans l’eau bénite ; ces feuilles de lierre devaient être cueillies, bien entendu, sur les murailles de la chapelle de la Bonne-Mère de Dieu, qu’on accusait le curé de Clévilliers d’exploiter. Les saints seraient vaincus, et la guérison serait assurée ; les feuilles de lierre de la « Bonne-Mère » en avaient accompli bien d’autres, plus difficiles et plus extraordinaires.
La nourrice n’était pas la seule bonne âme qui s’inquiétât de la maladie de mademoiselle Pinto-Soulas ; l’abbé Colombe aussi cherchait sa guérison.
— Une personne si accomplie, disait-il, quel malheur !
Il n’osait aller au château, parce qu’il savait qu’on promenait mademoiselle Isabelle sur une chaise longue et qu’une « personne du sexe », si accomplie qu’elle soit, est mauvaise à voir dans cette position ; mais chaque jour après sa messe, il montait chez le concierge, demander le bulletin de la journée de la veille.
Dans son inquiétude bienveillante, il se levait dix fois par jour, pour aller consulter la girouette, et voir si le vent ne menaçait pas de tourner à l’ouest.
— Moi, c’est le vent d’est qui me rend malade, mais je voudrais que le vent soufflât toujours de l’est. Une personne si accomplie !
En sa qualité de malade, il avait la crédulité des remèdes, et deux ou trois fois il se permit d’écrire à mademoiselle Pinto-Soulas pour lui conseiller « l’emploi de quelques moyens curatifs dont il pouvait parler par expérience », notamment de la douce Revalescière qui avait guéri notre Saint-Père, de la moutarde blanche « étonnante pour le sang », et aussi de certaines chaînes électriques. Bien entendu ces billets étaient écrits dans une forme respectueuse et ne demandaient pas de réponse : « Une personne qui a souffert se permet d’appeler l’attention de mademoiselle Pinto-Soulas sur… etc. ; » mais une fois lancé dans l’énumération des vertus de son remède, il ne s’arrêtait devant aucun détail précis, et il constatait avec bonheur que la farine de santé guérissait « sans purges ». Ce qu’elle guérissait il l’énumérait complaisamment ; mais sa plume ecclésiastique avait d’innocentes hardiesses que la nôtre n’a pas.
— Je ne sais si mademoiselle Pinto-Soulas, disait-il à l’abbé Guillemittes, me fait l’honneur d’user des remèdes que mon expérience lui suggère, mais il paraît qu’elle n’éprouve pas de mieux. Au reste, cela ne me surprend qu’à demi, car j’ai la conviction qu’elle ne guérira que par une intervention divine.
— Comment cela ?
— Cela est bien délicat à dire, et pour une pauvre tête comme la mienne bien difficile à expliquer, surtout en s’adressant à un esprit supérieur tel que le vôtre. Mais il me semble, si j’ose m’exprimer ainsi, que, jusqu’à un certain point et dans une certaine mesure, vous, son directeur, vous pourriez amener cette guérison d’un mot.
— Ce que vous me dites là, mon cher abbé, la sœur Sainte-Ursule me le disait précisément ce matin ; elle voulait obtenir de moi la permission de conseiller à mademoiselle Pinto-Soulas de demander sa guérison…
— À la Sainte Vierge, interrompit vivement l’abbé Colombe, heureux d’apprendre que quelqu’un avait la même idée que lui, ce qui n’arrivait pas souvent.
— Non, mais à sainte Rutilie.
— C’est évidemment une inspiration divine qui est venue frapper la sœur Sainte-Ursule, s’écria le vicaire illuminé lui-même de cette lumière qui, pour la première fois, brillait devant son esprit ; sainte Rutilie assurément, et je ne mets pas en doute que si mademoiselle Pinto-Soulas voulait s’adresser à notre sainte, elle fût exaucée.
— À ce sujet, continua l’abbé Guillemittes, la sœur Sainte-Ursule me racontait des cas de guérisons surnaturelles, et qu’on peut, jusqu’à un certain point, qualifier de miraculeuses, obtenues par les reliques de sainte Rutilie. Ainsi, la notoriété publique rapporte que l’enfant de Félicité Billard, malade d’une fluxion de poitrine et condamné par le docteur Chaudun, a été guéri pour avoir été présenté devant les saintes reliques. Le médecin avait dit que l’enfant serait perdu s’il respirait le grand air ; sa mère, inspirée par la foi, l’a enveloppé dans son tablier, l’a apporté devant la châsse de la sainte, a prié avec ardeur, et en rentrant chez elle l’enfant était mieux ; trois jours après il était guéri. M. Chaudun a poussé les hauts cris, disant que la mère était folle, qu’elle méritait d’être emprisonnée.
— C’est un homme intelligent, dit-on ; pour moi je ne m’en suis jamais aperçu ; on ne comprend rien à ses paroles à double sens, et je crains qu’il ne soit égaré par l’orgueil de la science.
— Dans ces circonstances, il n’a pas voulu croire à l’inspiration ; il n’a vu que les règles étroites d’une science bornée : l’enfant a guéri contre ces règles ; il ne devait pas guérir.
— Mais c’est là précisément qu’est le miraculeux.
— Sans doute. De même dans le cas d’un carrier de Saint-Réau dont j’ai oublié le nom : ses yeux avaient été presque entièrement aveuglés par l’explosion d’une mine ; il est venu demander sa guérison à sainte Rutilie, et il a recouvré la vue.
— M. le curé de Saint-Réau dit que les yeux n’étaient point aussi malades que ce carrier, nommé Perdoux, le voulait persuader.
— Oui, je sais, et c’est bien pour cela que je voudrais qu’on ne parlât pas de ce cas ; il m’est pénible de voir un prêtre comme M. le curé de Saint-Réau, se mettre en contradiction avec la notoriété publique. Déjà mal noté à l’évêché pour l’opposition de son esprit et les tendances de ses idées, il m’est douloureux de le voir entrer dans cette voie. Il a été votre prédécesseur à Hannebault, mon cher abbé ; voyez où l’indépendance mal comprise, peut entraîner.
— Quant à moi, s’écria l’abbé Colombe, je crois pouvoir être sans crainte ; je ne me permets pas de blâmer M. le curé de Saint-Réau, mais avec la grâce de Dieu, j’espère ne jamais m’écarter des règles d’une respectueuse soumission dans mes idées et ma conduite.
— Je vous crois, et n’ai pas voulu vous mettre en cause ; la seule ressemblance qu’il y ait entre vous et M. le curé de Saint-Réau, c’est que vous avez été l’un et l’autre vicaires à Hannebault.
— Puisque vous me parlez des guérisons miraculeuses obtenues par l’intercession de sainte Rutilie, reprit l’abbé Colombe après un moment de silence et de réflexion, me serait-il permis d’ajouter que vous oubliez la mienne ? Sans doute, je suis un si pauvre homme, que je ne suis pas un exemple à citer. Cependant il n’en est pas moins vrai, qu’alors que les reliques de sainte Rutilie sont arrivées à Hannebault, j’étais dans un état de santé déplorable : je ne mangeais plus, je ne dormais plus, et la nuit comme le jour, j’endurais des souffrances intolérables. Aujourd’hui j’ai retrouvé un peu de sommeil, et je peux assister à vos repas, sans vous contrarier par mon inappétence pour la nourriture. À quoi est dû ce soulagement surnaturel ? À la science de M. Chaudun ! Ah ! certes non. Mais j’ai prié, j’ai demandé à sainte Rutilie de m’accorder la grâce de ne souffrir que dans une mesure n’empêchant pas l’exercice de mon saint ministère, et j’ai été exaucé. Aussi, quand je considère cette guérison, dont je ne parle qu’a vous seul ; quand d’un autre côté, je considère celles bien plus extraordinaires de Perdoux et de l’enfant de Félicité Billard, je m’interroge pour savoir comment vous n’engagez pas Mlle Pinto-Soulas à demander sa guérison à sainte Rutilie. Et, je l’avoue, ma sincérité dût-elle vous affliger, je ne trouve pas de réponse ; en vérité, je n’en trouve pas.
— C’est que vous êtes l’âme la meilleure que je connaisse, mon cher abbé, l’esprit le plus pur.
— Oh ! Monsieur le doyen, je vous en prie, épargnez ma confusion ; je ne mérite pas ces paroles ; je suis, je vous assure, un pauvre homme.
— Vous êtes un homme loyal et franc, ne soupçonnant jamais les autres. Mais tout le monde n’est pas comme vous. Il y a sur la terre des gens qui passent leur vie à suspecter les actions et les intentions de leurs voisins. Pauvres, ils souffrent de ce que ce voisin est riche ; malhonnêtes, ils tâchent d’expliquer les actes de ce voisin de manière à faire croire que sa moralité ne s’élève point au-dessus de la leur ; il est intelligent, c’est un intrigant ; il est ouvert, c’est un simple ; il est franc, c’est un bavard. En même temps que je suis le directeur de mademoiselle Pinto-Soulas en ce moment paralysée, je suis le curé de l’église d’Hannebault qui possède les reliques de sainte Rutilie. Comprenez-vous ?
L’abbé Colombe regarda son curé, regarda la tenture de la salle à manger, regarda la nappe qui couvrait la table ; mais ni la nappe, ni la tenture, ni le visage du curé ne lui donnèrent l’explication de ces paroles obscures.
— Je cherche, dit-il, mais je suis un si pauvre homme !
— C’est que vous cherchez en vous, au lieu de chercher dans les autres. Supposons un moment que mademoiselle Pinto-Soulas est guérie, miraculeusement, par les reliques de sainte Rutilie. Comment la rumeur publique accueillera-t-elle cette guérison ? Mademoiselle Pinto-Soulas n’est point une personne qui peut se perdre dans la foule ; son nom, sa fortune appellent l’attention. Sa guérison, n’est-ce pas ? frappera tous les esprits et provoquera partout les récits populaires. Que dira-t-on ?
— On dira que c’est un miracle.
— On dira ce que je vous disais tout à l’heure : l’abbé Guillemittes est à la fois curé d’Hannebault et directeur de mademoiselle Pinto-Soulas.
— Maintenant comme tout à l’heure, je vous répondrai : je cherche.
— Cherchez à qui le miracle profite.
— À la foi, dont il prouvera d’une façon éclatante la toute-puissance.
— Et puis aussi, n’est-ce pas, à l’église d’Hannebault ? Eh bien, il y aura des gens qui voudront confondre l’église et le curé.
— Les malheureux !
— Oui, les malheureux ; mais, hélas ! il est grand sur la terre, le nombre des malheureux. De combien d’accusations n’ai-je pas été déjà victime, pour avoir élevé cette église ?
L’abbé Colombe resta un moment silencieux ; mais les mouvements involontaires de ses mains, les contractions de son visage, le feu de ses regards, disaient qu’il était à l’intérieur fortement agité. À la fin, il se leva et, venant se placer en face de l’abbé Guillemittes :
— Monsieur le curé, dit-il d’une voix tremblante, je vais prononcer des paroles pour lesquelles je vous demande pardon d’avance, en vous suppliant de ne voir que l’intention qui les inspire et non le sens brutal qu’elles peuvent avoir dans ma bouche maladroite.
— Vous m’effrayez, monsieur l’abbé.
— Oh ! n’ayez pas peur, car je ne peux pas m’écarter du respect que je vous dois, puisque ce respect emplit mon cœur. Ce que je veux dire, c’est que, pour ce qui touche mademoiselle Pinto-Soulas, vous me paraissez écouter des considérations qui ne sont pas celles que vous inspirent ordinairement la charité et la foi.
Le vicaire suait à grosses gouttes ; il s’essuya le front avec son mouchoir et continua :
— Je comprends combien une âme sensible comme la vôtre doit souffrir des déboires qui l’ont abreuvée, et qu’ainsi elle ait la frayeur de déboires nouveaux ; mais nous ne sommes pas sur cette terre pour nous réjouir, nous sommes des voyageurs qui avons à traverser une vallée de larmes ; s’arrêter aux premiers pas de la route est une faiblesse.
L’abbé Guillemittes, habitué à ce genre d’éloquence qu’il entendait presque tous les dimanches, ne broncha point.
— Je veux dire, continua l’abbé Colombe, que dans la position où se trouve mademoiselle Pinto-Soulas, ce serait une faiblesse de s’arrêter devant les clameurs ou les calomnies de ceux qui s’occuperont de sa guérison dans un esprit malveillant et démoniaque. Quelle est, en effet, cette position ? mademoiselle Pinto-Soulas est malade ! D’un mot, par un bon conseil vous pouvez la guérir. Et ce mot vous ne le diriez pas, retenu par je ne sais quelle crainte mondaine ? Non, monsieur le curé, non, je ne croirai jamais cela.
— Cependant… essaya l’abbé Guillemittes.
— Une fois déjà, une seule fois, je me suis permis de vous entretenir de mademoiselle Pinto-Soulas.
— Je me souviens, ce fut au sujet de l’exemple que mademoiselle Pinto-Soulas ne donnait pas à la paroisse.
— Eh bien ! souvenez-vous aussi, monsieur le doyen, des résultats bienheureux qu’amena cette intervention, qui, je crois pouvoir le dire, était une inspiration.
— Je me souviens, dit l’abbé Guillemittes en se levant avec gravité ; pour l’avenir, je réfléchirai à ce que vous venez de me dire.
L’abbé Colombe resta seul dans la salle à manger, ému et tremblant. Il avait parlé d’une façon bien hardie à son curé, « un homme si supérieur » ; mais, après tout, il avait obéi à la voix de sa conscience.
Pendant huit jours il n’y eut pas un seul mot d’échangé entre l’abbé Guillemittes et son vicaire, au sujet de mademoiselle Pinto-Soulas. Et l’abbé Colombe se demandait déjà s’il ne reprendrait pas l’entretien où il avait été interrompu, quand le curé le prévint.
— Je vous avais promis de réfléchir à ce que vous m’avez communiqué au sujet de mademoiselle Pinto-Soulas. J’ai réfléchi.
— Et vous avez décidé ?
— Je n’aurais rien décidé encore, si la position de mademoiselle Isabelle ne s’était pas aggravée, tant la détermination à prendre est pour moi délicate. Mais, depuis quelques jours, la paralysie a augmenté.
— Son état est-il désespéré ?
— Je ne crois pas. Seulement, elle ne peut plus, pour ainsi dire, remuer ; tout le côté gauche du corps est paralysé. Dans ces conditions, je ne peux plus hésiter davantage : la responsabilité devient trop grave pour moi, surtout après vos observations, vos avertissements qui l’ont précisée à mon esprit troublé.
— Je vous ai parlé d’après les inspirations de ma conscience.
— Et je vous en remercie, mon cher abbé ; vous n’avez pas craint de me blesser, je sens tout le prix de votre sacrifice. Demain on apportera mademoiselle Pinto-Soulas, à votre messe de huit heures.
— Et pourquoi pas à la vôtre ?
— Parce que demain, à mon grand regret, je ne serai pas à Hannebault ; je suis mandé à l’évêché et, dans les dispositions où l’on m’y reçoit d’ordinaire, je ne peux pas me permettre de manquer à une invitation formelle de Monseigneur ; mais qu’importe ? Le prêtre n’est rien, les saintes reliques sont tout.
— Assurément.
— Après votre messe, mademoiselle Isabelle adorera les reliques de sainte Rutilie. Je vous engage à dire cette messe au maître-autel, et je crois que vous pourrez faire apporter la chaise longue de la malade dans le chœur ; ainsi elle sera près de la châsse de la sainte : la sœur Sainte-Ursule se tiendra près d’elle. À propos de la sœur Sainte-Ursule, je dois vous dire que, suivant elle, nous pouvons compter sur une guérison certaine. Dans ses extases, elle a eu des entretiens avec sainte Rutilie, qui lui a promis formellement de faire un miracle en faveur de mademoiselle Pinto-Soulas. Je vous dis cela entre nous, car vous savez que je n’attache pas plus d’importance qu’il ne convient, aux visions de la sœur.
— Cependant c’est très grave et ces visions répétées avec un caractère de bonne foi…
— D’entière bonne foi, j’en conviens.
— Ces visions, dis-je, méritent, il me semble, d’être prises en sérieuse considération.
— C’est encore là une question qui me tourmente fort. Mais, pour le moment, il s’agit de mademoiselle Pinto-Soulas. Elle assistera donc à votre messe et elle adorera les reliques, soutenue par la sœur Sainte-Ursule, si elle ne peut pas s’agenouiller.
— Il est bien fâcheux que vous ne soyez pas là.
— Sans doute, mais il y a impossibilité absolue. Je le regrette d’autant plus que j’avais fait venir l’organiste de la cathédrale de Condé, pour m’entretenir avec lui des dimensions à donner à nos grandes orgues. Mais, puisqu’il sera là, vous pourriez peut-être réclamer son concours, qu’il vous prêterait, j’en suis certain, très volontiers. Ainsi je trouve que si pendant l’adoration des saintes reliques, vous faisiez chanter le Veni Creator par la maîtrise, ce serait un témoignage de gratitude rendu à la charité de mademoiselle Pinto-Soulas ; témoignage qui toucherait peut-être son cœur.