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2230 : Colonie Centurion, chapitre 9

Olivier Muhleisen

Le cockpit de l'Alfa Jet vibrait sous les mains de Miguan alors qu'il filait hors de l'atmosphère tourmentée de la Colonie Centurion. Les capteurs s'agitaient comme des étoiles filantes, indiquant des menaces multiples verrouillées sur eux. Lena était concentrée sur l'écran de communication, ses doigts glissant comme une danseuse sur un fil électrique, envoyant frénétiquement des coordonnées à la flotte amie.

"On a des bogeys qui arrivent de l'avant," signala Vargas, ses yeux ne quittant jamais les écrans de surveillance. "Ils ont déployé les chasseurs faucons."

Miguan grinça des dents, les phalanges blanches sur le manche. "Je les vois. On ne peut pas les affronter de face, il faut les semer."

Il plongea brusquement sur le côté, évitant de justesse un tir de plasma qui crépita là où ils étaient une seconde auparavant. Les mouvements étaient brusques, mais nécessaires. Lena accrochait son siège, son autre main toujours sur le terminal.

"Mig, accélère," cria-t-elle. "Les coordonnées sont prêtes, mais il nous faut atteindre l'orbite."

Miguan acquiesça d'un geste rapide. "Vargas, prépare les contre-mesures. On va passer en mode Mach."

Le vaisseau vibra à nouveau, cette fois-ci plus intensément, alors que Miguan poussait les moteurs au maximum. Une alarme retentit, signalant qu'un missile ennemi s'approchait rapidement. Vargas appuya frénétiquement sur les commandes, lâchant des leurres qui explosèrent en un nuage éclatant d'interférences.

"Leurres lancés ! Mais ils ne vont pas mordre éternellement," avertit Vargas, tendu.

"On n’a pas besoin d’éternité. Juste quelques secondes de plus," rétorqua Miguan. Ses yeux cherchaient déjà la prochaine faiblesse dans le schéma d'attaque ennemi.

Un chasseur faucon fondit sur eux, ses canons rugissants. Miguan rétro-poussa d'un coup les gaz, se plaçant derrière le chasseur dans une manœuvre audacieuse. Il pressa la détente, et le faucon éclata en une boule de feu incandescente.

"Un de moins," grogna Miguan, mais sans jubilation. Chaque seconde comptait.

Lena leva soudain les yeux de ses écrans, alarmée. "On a un problème. Ils ont verrouillé la sortie de l'orbite avec un champ de mines cinétiques."

Miguan serra les dents. "Pas le choix, on doit passer. Préparez-vous à des turbulences."

Il fonça droit vers le champ de mines, sa main ferme mais agile sur les commandes. Les mines s'activèrent, cherchant à accrocher leur vaisseau dans un filet mortel. Lena et Vargas se cramponnèrent, la tension augmentant à chaque seconde.

"Miguan, c'est de la folie !" cria Vargas.

"Nous n'avons pas le choix !"

Les mines luisaient de façon menaçante, prêtes à libérer leur charge destructrice. Miguan plongea, tordit, roula, chaque geste calculé au millimètre près. Un souffle chaud fit fondre une partie du blindage lorsqu'une mine explosa trop près, mais ils tinrent bon.

"Sors-nous de là !"

Avec un dernier coup d'accélérateur, ils jaillirent du champ, laissant les explosions derrière eux. Le vaisseau tremblait, mais restait en un seul morceau.

"Champ franchi. On est à l'extérieur de l'orbite," annonça Lena, le souffle court.

"Bon boulot," répondit Miguan, mais son soulagement fut de courte durée. "Quelque chose se rapproche."

Il avait à peine fini sa phrase qu'un croiseur ennemi surgit, ses armes prêtes. Miguan n'hésita pas. "Vargas, prépare les canons. Lena, reste connectée à la flotte. On va avoir besoin de renforts, et vite."

Les tirs du croiseur illuminèrent le vide spatial de rayons mortels. Miguan fit zigzaguer l'Alfa Jet, plongeant et montant en spirale. Vargas ripostait, les salves de leurs canons traçant des arcs lumineux dans le ciel d'encre.

"On ne tiendra pas," avertit Vargas. "Ils sont trop nombreux."

"Pas encore," murmura Miguan, déterminé. "Pas tant qu'on a encore un souffle."

Lena interrompit leur échange. "Contact avec la flotte. Ils arrivent dans deux minutes."

"Deux minutes de trop," répliqua Vargas, une note de panique dans la voix.

Un tir puissant secoua l'Alfa Jet, un écran clignotant indiquant des dommages critiques sur le flanc gauche. Miguan jura, luttant pour maintenir le vaisseau en ligne droite.

Un signal clignota sur le tableau de bord. "Vargas, essaie d'atteindre leurs moteurs. Si on peut ralentir ce croiseur, on gagne peut-être du temps."

Vargas hocha la tête, et ses doigts dansèrent sur les commandes, réglant ses tirs avec une précision chirurgicale. Miguan fit une embardée audacieuse, exposant leur flanc endommagé mais offrant à Vargas une ligne de tir claire.

"Feu !" cria Miguan.

Les salves fendirent l'espace, frappant le croiseur ennemi qui tituba. Un instant de répit, mais suffisant pour que Lena capte un signal salvateur.

"Renforts en approche. Tenez la position encore un peu," annonça-t-elle, l'espoir vibrant dans sa voix.

Miguan poussa un soupir de soulagement, mais il restait concentré. "On garde la tête basse. Ils sont presque là."

Les étoiles autour d'eux scintillèrent un instant avant que les vaisseaux alliés ne se matérialisent, chargeant sur le champ de bataille avec une détermination farouche.

"La flotte est là," confirma Vargas, un sourire rare sur son visage.

Miguan relâcha un peu la pression, mais pas complètement. "Lena, envoie les données à la flotte. Ils doivent savoir ce qu'on a découvert."

Déjà, elle était au travail, ses doigts dansant sur le clavier. "Fichier transféré. Ils ont tout."

Le croiseur ennemi, submergé par la soudaine force alliée, commença à battre en retraite. Miguan guida l'Alfa Jet vers l'arrière de la ligne alliée, la respiration enfin plus régulière.

"On l'a fait," murmura Vargas, encore sous le choc.

"Pour l'instant," rétorqua Miguan, sa voix rauque mais pleine de détermination. "La bataille pour sauver la Colonie ne fait que commencer."

Ils se lancèrent un regard, silencieux mais puissant. Ils avaient survécu à cette épreuve, mais ils savaient que d'autres défis les attendaient. La survie de la Colonie Centurion dépendait d'eux.

Et ils étaient prêts à tout pour la défendre.

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